Alors que l’épidémie persiste en Ituri et au Nord-Kivu, l’UNICEF appelle à un financement urgent pour protéger les enfants laissés sans prise en charge.
Plus de 1900 enfants ont perdu l’un de leurs parents ou les deux, ou ont été séparés de leurs parents ou tuteurs à cause d’Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) depuis la déclaration de l’épidémie en mai, a annoncé aujourd’hui l’UNICEF.
Parmi ces enfants, 1 581 ont été recensés en Ituri et 322 autres au Nord-Kivu au 28 septembre. Les chiffres réels sont probablement plus élevés, car ils ne reflètent que les zones où l’UNICEF collabore avec la Division provinciale des affaires sociales (DIVAS).
« Pour les enfants, Ebola peut déclencher une réaction en chaîne aux conséquences graves », a déclaré Lucia Elmi, Directrice des opérations d’urgence de l’UNICEF, à l’issue d’une visite à Bunia, épicentre de l’épidémie. « Un parent tombe malade et l’enfant risque d’être exposé. Ce parent est ensuite hospitalisé ou décède, laissant l’enfant sans la personne dont il dépend, tandis que la peur de la contagion et la stigmatisation dissuadent les proches et les voisins d’intervenir. »
Par ailleurs, 214 enfants vivant et travaillant dans la rue à Bunia ont été identifiés comme ayant besoin de protection. En l’absence de tuteur, ces enfants courent un risque d’infection ; ils sont moins susceptibles d’être atteints par le suivi des contacts ou de recevoir des soins s’ils tombent malades, et ils sont davantage exposés aux risques d’exploitation et de violence.
Les enfants sont également touchés de manière disproportionnée par l’épidémie. Au 29 septembre, au moins 2 076 enfants avaient été testés positifs à Ebola et au moins 1 162 en étaient décédés, selon une analyse de l’UNICEF portant sur les données du ministère de la Santé incluant l’âge des patients. Les enfants représentent plus d’un cas confirmé sur quatre, mais environ un décès sur trois. Les plus jeunes sont les plus exposés au danger : sept enfants de moins de cinq ans sur dix atteints d’Ebola en sont morts, contre six sur dix il y a quelques semaines à peine. Beaucoup de ces enfants décèdent avant même de pouvoir accéder à un traitement.
« À Bunia, j’ai rencontré Lina*, un bébé de sept mois qui a survécu à Ebola après avoir perdu sa mère, emportée par la maladie », a déclaré Elmi. « Son histoire nous rappelle avec force que soigner un enfant atteint d’Ebola ne suffit pas. Des espaces dédiés aux tout-petits doivent faire partie intégrante de tout centre de traitement contre Ebola : ils protègent les enfants et rassurent les parents, qui sont ainsi plus enclins à se faire soigner, sachant que leurs enfants sont en sécurité et à proximité. »
À l’échelle nationale, au 29 septembre, un total de plus de 8 224 cas et 3 982 décès a été confirmé dans sept provinces. L’Ituri demeure la province comptant le plus grand nombre de cas tandis que des cas persistent au Nord-Kivu.
Avant même cette épidémie, les enfants de l’est de la RDC vivaient l’une des crises humanitaires les plus prolongées au monde. Le virus se propage dans des provinces qui accueillent environ 4,4 millions de personnes déplacées internes, où les conflits, les déplacements de population et la méfiance entravent la détection précoce.
L’UNICEF soutient 12 crèches situées à proximité des centres de traitement Ebola en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Ces crèches offrent une prise en charge sûre et adaptée aux jeunes enfants exposés au virus, non accompagnés ou dont les aidants sont en cours de traitement. Elles permettent également une surveillance étroite de l’apparition de symptômes et une orientation rapide vers des soins pédiatriques au sein du centre de traitement.
À ce jour, en collaboration avec la DIVAS, l’UNICEF a assuré la prise en charge des cas — incluant la recherche des familles, le regroupement familial et la mise en place de solutions de prise en charge alternative — pour les enfants touchés par l’épidémie. Les services soutenus par l’UNICEF ont touché 90 600 personnes grâce à des séances de psychoéducation, tandis que plus de 15 900 membres de familles ont bénéficié d’un soutien psychosocial à domicile.
L’UNICEF appelle le gouvernement, les donateurs et les partenaires à :
- Garantir de toute urgence la présence d’une crèche dans chaque centre de traitement Ebola ;
- Fournir des soins cliniques pédiatriques de qualité au sein des centres de traitement Ebola ;
- Déployer davantage de travailleurs sociaux et de personnel psychosocial dans les zones de santé les plus touchées ;
- Mobiliser des ressources pour les crèches, la prise en charge des cas, le regroupement familial, le soutien aux familles d’accueil et aux familles élargies, ainsi que pour le retour des enfants à l’école.
L’UNICEF sollicite 150,8 millions de dollars américains pour sa réponse à l’épidémie d’Ebola. La réponse en RDC nécessite à elle seule 113,4 millions de dollars, dont seulement 40,1 millions ont été mobilisés à ce jour. Combler ce déficit de financement est crucial pour renforcer la réponse en RDC et réduire le risque de propagation transfrontalière, tout en garantissant la préparation et la capacité de réaction de 11 pays voisins.
