Et si les pays riches en ressources redessinaient l’ordre économique mondial ? (Par Nico Minga, Économiste, Auteur et Géostratège)
Alors que l’attention mondiale se concentre sur les batailles visibles pour le contrôle de l’énergie et de la technologie, un autre combat, plus discret mais tout aussi déterminant, se joue autour des ressources naturelles stratégiques. Le cobalt, le nickel, les minerais critiques, les forêts primaires : ces richesses naturelles, longtemps considérées comme de simples matières premières, sont devenues les véritables piliers de la transition énergétique et numérique globale.

Face à cette réalité, nous ne pouvons plus agir isolément.
Premier fournisseur mondial de Cobalt, la République Démocratique du Congo a fait le choix, en février dernier, de suspendre ses exportations face à l’effondrement brutal des prix. Cette décision, difficile mais nécessaire, a contribué à une reprise immédiate des cours, démontrant combien la maitrise de l’offre reste un levier déterminant.
Mais cette action isolée a également révélé ses limites. Les défis sont globaux ; nos réponses doivent l’être également. C’est pourquoi, aujourd’hui, la RDC appelle à une alliance structurée entre les pays riches en ressources naturelles, une coopération proactive pour défendre la valeur de nos produits, assurer des prix justes et soutenir un développement durable et équilibré.
Apprendre de l’histoire, innover pour l’avenir
L’histoire nous enseigne que lorsque les producteurs agissent de concert, ils peuvent rééquilibrer des marchés biaisés. L’OPEP a montré, malgré ses défis, qu’une gouvernance collective peut influencer durablement les dynamiques mondiales.
À l’heure où les matières premières de la transition verte deviennent plus précieuses que jamais, pourquoi les Nations du Sud, riches en ressources, n’auraient-elles pas elles aussi leur voix propre ? Une voix respectée, une voix qui négocie d’égal à égal avec les industries et les marchés qui dépendent de nos ressources.
La volatilité n’est pas une fatalité
Le cobalt illustre tragiquement la volatilité à laquelle nous sommes exposés : deux envolées spectaculaires au-delà de 80 000 dollars la tonne, suivies de chutes vertigineuses en dessous de 30 000 dollars. Cette instabilité appauvrit nos États, démobilise les investissements et pénalise nos populations.
Il est temps de sortir de ce cycle de dépendance passive aux fluctuations exogènes. Il est temps de mettre en place des mécanismes de coordination entre producteurs, de promouvoir la valorisation locale et de créer des outils d’ajustement face aux chocs de marché.
Un appel à l’audace collective
Au Forum de Crans Montana, à Casablanca, Daniel Mukoko Samba, Vice-Premier Ministre et Ministre de l’Économie Nationale de la RDC, a eu l’occasion de le redire avec conviction au média Global South World : « notre avenir dépend de notre capacité à nous unir. La RDC a engagé des discussions stratégiques avec l’Indonésie. D’autres Nations devraient rejoindre cette dynamique. Non pas pour ériger de nouvelles barrières, mais pour construire des passerelles d’équité, pour défendre la souveraineté économique de nos peuples dans un monde globalisé”.
Au fond, il ne s’agit pas seulement de stabiliser les prix des matières premières. Il s’agit de redéfinir la place de la RDC et d’autres pays producteurs dans l’économie mondiale. Et cette fois, il ne s’agit pas d’attendre qu’on nous invite à la table des décisions : il s’agit d’y prendre place avec dignité, lucidité et détermination.
