Et si on reprenait le contrôle de nos routes ? (Par Nico Minga, Économiste, Auteur et Géostratège)
Kinshasa étouffe. Nos villes suffoquent. Chaque jour, des milliers de Congolais perdent des heures précieuses, coincés dans des files interminables de véhicules, sous la chaleur, le bruit, la pollution… et parfois, dans une résignation silencieuse. Les embouteillages ne sont plus un simple désagrément. Ils sont devenus un handicap national, une urgence économique, sociale et sanitaire.
La question mérite d’être posée : est-ce un problème de routes ou un problème d’hommes ?
À Kinshasa, comme ailleurs, nos routes sont fatiguées, étriquées, abîmées, souvent squattées par des marchés de fortune, des garages improvisés, ou des vendeurs en quête de survie. Les artères censées structurer le trafic sont bloquées par des arrêts de bus mal pensés, des poids lourds mal programmés, des taxis stoppés en pleine voie pour embarquer des passagers. La fluidité a disparu, l’improvisation règne.
Mais au-delà de l’infrastructure, il y a le facteur humain. Le non-respect du code de la route, les dépassements hasardeux, le refus de priorité, la complaisance des policiers, l’impatience des conducteurs, l’arrogance de certaines personnalités. Le conducteur congolais ne conduit pas toujours : il négocie, il force, il improvise. Et le résultat est connu : paralysie, chaos, frustration.
Ce désordre a un coût. Un coût économique colossal. Chaque embouteillage, chaque minute perdue, c’est de la productivité qui s’évapore. Des travailleurs arrivent épuisés avant même de commencer leur journée. Des rendez-vous sont manqués, des livraisons retardées, des opportunités gâchées. Le carburant brûle à vide, la pollution asphyxie nos poumons, le stress ronge nos esprits. Et ces pertes, nous ne les récupérons jamais. À l’échelle nationale, cela représente des milliards de francs congolais qui s’envolent chaque année.
Ce que nous perdons sur la route, nous ne le rattrapons nulle part ailleurs.
Il est temps d’agir. Et vite. Un plan d’urgence existe pourtant :
Dégager les chaussées envahies.
Réorganiser les arrêts de bus.
Interdire les poids lourds aux heures de pointe.
Ouvrir des routes secondaires, créer des voies réversibles.
Renforcer les brigades mobiles de désengorgement.
Surtout, il faut changer les comportements. Sans ce sursaut civique, aucune réforme ne tiendra. Les autorités locales doivent également faire respecter les règles. Les agents de circulation doivent redevenir des garants de l’ordre, et non des acteurs du désordre. Les bourgmestres doivent libérer l’espace public. Et chaque citoyen doit reprendre conscience que l’espace commun est un bien collectif, à respecter. Car ce que nous appelons « embouteillage » n’est souvent que le reflet d’un échec collectif. Si nous n’arrivons pas à gérer nos routes, comment gérerons-nous nos villes et leurs flux économiques ?
Reprendre nos routes, c’est reprendre notre avenir. C’est redonner de la valeur au temps des citoyens, de la dignité à nos villes, et de la cohérence à notre gouvernance. Ce combat est celui de tous. Il commence maintenant. Et il commence, symboliquement, à la prochaine intersection.
