Face à la crise, l’AFBC de Néné Ilunga Nkulu avance ses solutions
La République Démocratique du Congo entre dans une séquence politique où la question centrale n’est plus celle de l’alternance, mais celle de la consolidation. Après des décennies de transitions incertaines, de coalitions conflictuelles et de gouvernabilité fragmentée, le pays se retrouve aujourd’hui dans une configuration institutionnelle rare : une convergence entre l’exécutif, la majorité parlementaire et les institutions républicaines autour d’un projet de restauration de l’autorité de l’État.
Cette cohérence, souvent sous-estimée dans les analyses classiques, constitue le socle stratégique de toute politique de redressement. Elle permet de dépasser les logiques de survie institutionnelle pour entrer dans une dynamique de projection nationale. Le Congo ne se contente plus de gérer l’instabilité : il commence à l’absorber, à la contenir et à la transformer en levier de réforme.
L’autorité de l’État, matrice de la gouvernance
L’un des marqueurs les plus significatifs de la période actuelle est la réaffirmation de l’autorité de l’État. Non pas dans une logique autoritaire, mais dans une logique de régulation. L’État n’est plus un arbitre passif entre forces centrifuges : il redevient le centre de gravité de l’action publique.
Les décisions prises dans les provinces – souvent perçues comme des gestes de fermeté – traduisent en réalité une volonté de mettre fin à l’impunité locale, à la prédation institutionnalisée et à l’atomisation des pouvoirs territoriaux. La gouvernance ne peut prospérer dans un État éclaté. La centralité institutionnelle est une condition de la démocratie, non son contraire.
Le conflit à l’Est : une guerre de souveraineté
La situation sécuritaire dans l’Est du pays ne relève plus d’une simple crise interne. Elle constitue une guerre de souveraineté, où s’affrontent des intérêts géoéconomiques, des puissances régionales et des réseaux transnationaux de prédation minière. Le Congo n’est pas en guerre contre lui-même : il est en guerre contre sa vassalisation.
La diplomatie congolaise, longtemps perçue comme réactive, est devenue proactive. Elle mobilise la SADC, interpelle l’Union africaine, engage des alliances militaires et expose l’implication d’États voisins. Cette stratégie de dévoilement transforme le rapport de force : le pays ne cède plus par silence, il construit des coalitions.
La guerre devient ainsi un révélateur de souveraineté. Elle oblige l’État à se redéfinir, à se durcir, à se structurer. Elle impose une doctrine de résistance nationale, fondée sur la fermeté.
Gouverner sous contrainte
Dans un contexte de guerre, de pression budgétaire et de tension sécuritaire, l’action publique congolaise demeure visible. Elle ne se mesure pas à l’abondance, mais à la cohérence. La gratuité de l’enseignement primaire, la construction d’infrastructures scolaires et hospitalières, la lutte contre la fraude minière et la fiscalisation accrue des ressources constituent des signaux clairs d’une volonté de gouverner.
Cette gouvernance par les actes contraste avec l’immobilisme structurel qui fut longtemps la norme nationale. Elle montre que l’État, même sous contrainte, peut produire du service public, du lien social et de la régulation économique.
La lenteur du progrès n’est pas un échec : elle est le rythme naturel d’un pays qui sort d’un demi-siècle de fragilité. Ce qui compte, ce n’est pas la vitesse, mais la direction.
Une opposition en quête de projet
L’un des paradoxes de la scène politique congolaise est la faiblesse doctrinale de l’opposition. Elle critique, mais propose peu. Elle mobilise, mais ne structure pas. Elle dénonce, mais ne démontre pas.
L’alternance démocratique n’est pas une finalité en soi : elle est un moyen de renouvellement politique. Encore faut-il qu’elle s’appuie sur un projet, une vision, une capacité à gouverner. Or, face à un gouvernement qui construit, une opposition qui s’éparpille ne constitue pas une alternative crédible.
La démocratie ne se résume pas à l’existence d’un contre-pouvoir : elle exige un contre-projet. Sans cela, l’opposition devient un bruit de fond, non une force de proposition.
Pistes pour consolider la dynamique institutionnelle
Renforcer la communication d’État : expliquer, convaincre, clarifier. La pédagogie politique doit devenir un outil stratégique ; Accélérer la réforme judiciaire : un État fort est un État juste. La justice doit incarner la souveraineté civile ; Pérenniser la diplomatie active : défendre la souveraineté à Kinshasa, mais aussi à Addis-Abeba, Pretoria et New York ; Encadrer les provinces et moderniser la gouvernance locale : la décentralisation doit rimer avec responsabilité, non fragmentation ; Ouvrir un dialogue politique républicain : non pour négocier le pouvoir, mais pour renforcer la cohésion nationale.
Conclusion stratégique
Changer de régime en pleine guerre reviendrait à récompenser la déstabilisation. L’histoire congolaise enseigne que les transitions précipitées ont souvent produit des régressions. La cohérence institutionnelle actuelle est un acquis rare. Elle doit être consolidée, protégée et valorisée.
Le pays avance. Lentement, certes, mais il avance. Et dans un continent marqué par les coups d’État, les effondrements institutionnels et les vassalisations géopolitiques, le choix de la RDC est clair : la stabilité par l’État, la souveraineté par la fermeté et le développement par la cohérence.
Par Didier Mbongomingi



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