Félix Tshisekedi : maître ou otage des horloges ? ( Une chronique de Xavier Bonane Ya Nganzi)

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Les montres ne votent pas. Les horloges ne manifestent pas.

Pourtant, en politique, elles renversent parfois plus de gouvernements que les urnes.

La plateforme C64 a posé son réveil : 15 août.

D’ici là, le Président de la République devrait signer une ordonnance convoquant un dialogue inclusif. À défaut, promet-elle, les rues reprendront la parole.

Le gouvernement rétorque avec assurance : « L’agenda du Chef de l’État ne dépend d’aucun ultimatum. »

Institutionnellement, la réponse est irréprochable.

Politiquement, elle mérite d’être discutée.

Car en science politique, il existe une règle élémentaire : celui qui fixe l’échéance oblige l’autre à se positionner.

Même lorsqu’il refuse de répondre, celui-ci répond encore… par son silence. L’opposition l’a parfaitement compris. Elle ne cherche peut-être pas seulement à obtenir un dialogue. Elle cherche d’abord à déplacer le centre de gravité du pouvoir : faire en sorte que chaque Congolais regarde désormais le calendrier de la C64 avant de regarder celui de la Présidence.

C’est une vieille technique de stratégie : prendre l’initiative sans prendre le pouvoir.

Et le piège est redoutable

Si le Président signe avant le 15 août, certains diront qu’il a cédé à la pression.

S’il signe après, les mêmes affirmeront qu’il a signé sous la contrainte.S’il ne signe pas, l’opposition prétendra que son ultimatum a révélé le refus du dialogue. Autrement dit, le débat ne portera plus sur le contenu de la décision, mais sur son horodatage. Voilà le véritable enjeu. Le gouvernement affirme que le Président est maître de son agenda.

Très bien. Mais un agenda n’est pas un simple carnet de rendez-vous. En politique, c’est un instrument de domination. Le chef n’est pas celui qui remplit son agenda ; c’est celui qui remplit celui des autres.

Or, depuis quelques semaines, chacun attend une date fixée… non par la Présidence, mais par l’opposition.

Voilà pourquoi la formule gouvernementale ressemble à ces passagers qui proclament, dans un autobus, qu’ils ne suivent personne…alors que c’est le chauffeur qui décide de tous les arrêts.

En stratégie, on appelle cela la bataille du tempo.  Celui qui impose le rythme n’a pas encore gagné la guerre, mais il oblige déjà son adversaire à danser sur une musique qu’il n’a pas choisie. Le plus ironique est que personne n’a encore obtenu ce qu’il réclame. Mais chacun parle déjà de la date imposée par l’opposition.

C’est la preuve que le combat s’est déplacé : on ne dispute plus seulement le pouvoir ; on dispute la montre. La politique ressemble parfois à une partie d’échecs où l’on ne perd pas parce que l’on a mal joué, mais parce que l’on a accepté de jouer avec l’horloge de son adversaire.

Sentence

En politique, celui qui donne l’heure ne détient pas toujours le pouvoir ; mais celui qui regarde sans cesse la montre des autres a déjà commencé à perdre le sien.

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