Fiscalité harmonisée à l’épreuve de la crédibilité

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À compter du 1er janvier 2026, la RDC engage une réforme fiscale décisive avec l’entrée en vigueur de la fiscalité dite harmonisée et la généralisation de la facture normalisée électronique. Sur le papier, l’ambition est claire.

Il s’agit de moderniser l’administration fiscale, d’élargir l’assiette d’imposition et de renforcer la mobilisation des recettes internes dans un pays où les besoins sociaux demeurent immenses et les marges budgétaires étroites.

La refonte de la fiscalité directe autour de l’Impôt sur les Sociétés et de l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques vise à corriger les faiblesses d’un système historiquement fragmenté, peu lisible et source d’insécurité juridique. De même, la facture normalisée, devenue obligatoire depuis décembre 2025, constitue un outil central de sécurisation de la TVA, qui représente près de 30 % des recettes fiscales projetées pour 2026. Les chiffres budgétaires confirment l’enjeu, plus de 20 000 milliards de francs congolais de recettes fiscales attendues, dont près de 5 800 milliards issus de la TVA.

Mais au-delà des textes et des projections, la réforme pourrait se heurter à une réalité structurelle incontournable. L’économie congolaise demeure largement informelle. Une part significative des échanges échappe encore aux circuits de facturation et de déclaration.

Dans ces conditions, le risque est réel de voir la réforme peser principalement sur les acteurs déjà formalisés, accentuant un sentiment de pression fiscale inéquitable, sans élargissement rapide de l’assiette. C’est dans cette perspective que les efforts d’intégration progressive du secteur informel, amorcés par le Ministère de l’Économie nationale, revêtent un caractère à la fois urgent et salutaire. À cela s’ajoute la question de la capacité d’exécution.

La facturation électronique suppose des équipements, une connectivité minimale et des compétences techniques qui restent inégalement réparties, en particulier en dehors de Kinshasa. Sans accompagnement ciblé, la modernisation fiscale peut se transformer en contrainte administrative supplémentaire pour les petites et moyennes entreprises, au détriment de la dynamique économique.

Enfin, la réussite de cette réforme dépendra d’un facteur souvent sous-estimé, la confiance.

La conformité fiscale durable ne se décrète pas uniquement par la loi ou la technologie. Elle repose sur la perception, par les citoyens et les entreprises, d’un usage crédible et visible de l’impôt.

Tant que le lien entre contribution fiscale et amélioration concrète des services publics restera fragile, l’adhésion volontaire demeurera limitée.

La fiscalité harmonisée offre à la RDC une opportunité réelle de renforcer sa souveraineté budgétaire. Mais elle constitue aussi un test de crédibilité pour l’État.

Si elle s’accompagne d’un effort sérieux d’intégration de l’informel, de réduction du coût de conformité et de transparence dans l’utilisation des recettes, elle peut devenir un levier de transformation. À défaut, elle risque de n’être qu’une réforme techniquement ambitieuse, mais économiquement et socialement inaboutie.

Nico Minga

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