Le Fonds spécial de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en République démocratique du Congo (FRIVAO) a franchi une nouvelle étape dans la mise en œuvre de son mandat en ouvrant, ce lundi 27 juillet 2026 à Kinshasa, une session extraordinaire de son Conseil d’administration. Pendant une semaine, les administrateurs, experts et représentants des institutions concernées examineront plusieurs dossiers majeurs destinés à consolider le processus de réparation en faveur des populations affectées par les crimes et les pillages reconnus par la Cour internationale de Justice.
Au centre de cette rencontre figure l’examen et la validation du manuel de procédures d’identification et d’indemnisation des victimes, un document stratégique appelé à encadrer l’ensemble des futures opérations de réparation. Son adoption devrait permettre au FRIVAO de disposer d’un cadre harmonisé définissant les critères d’identification des bénéficiaires, les modalités de traitement des dossiers ainsi que les mécanismes garantissant l’équité, la transparence et la traçabilité du processus d’indemnisation.
L’ouverture des travaux a été marquée par l’intervention du président du Conseil d’administration, Dismas Kitenge, qui a rappelé que la mission du FRIVAO répond à une exigence de justice et de reconnaissance envers des milliers de Congolais ayant subi les conséquences des conflits et des activités illicites menées dans l’Est du pays. Il a insisté sur la responsabilité des administrateurs de mettre en place un dispositif crédible, capable de restaurer la confiance des victimes et de garantir une gestion exemplaire des ressources destinées aux réparations.
Le président du Conseil d’administration a également salué les orientations données par le Président de la République en faveur de la justice réparatrice ainsi que l’accompagnement du Ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, dont l’implication a contribué à la relance des activités du Fonds et à la consolidation de sa gouvernance.
Cette session intervient après plusieurs mois d’activités préparatoires conduites sur le terrain. Les équipes du FRIVAO ont multiplié les campagnes d’information auprès des communautés concernées, organisé des consultations avec les différentes parties prenantes et engagé des échanges dans plusieurs provinces afin de mieux cerner les attentes des victimes et d’adapter les mécanismes de réparation aux réalités locales. Ces consultations ont notamment permis d’élaborer les premiers cahiers des charges destinés à accompagner les futures interventions du Fonds.
Les administrateurs auront également à évaluer le niveau d’exécution des résolutions adoptées lors de la précédente session du Conseil d’administration. Les rapports issus des consultations relatives aux réparations collectives seront analysés afin de définir les priorités qui guideront les prochaines étapes du programme. Une attention particulière sera portée aux mécanismes susceptibles de bénéficier non seulement aux victimes individuelles, mais également aux communautés durablement affectées par les violences.
Les questions financières occuperont elles aussi une place importante dans les échanges. Les membres du Conseil examineront les différents rapports de gestion ainsi que les projections budgétaires nécessaires à la poursuite des activités du Fonds. L’objectif est d’assurer une utilisation rigoureuse des ressources disponibles et de renforcer les dispositifs de contrôle interne afin de préserver la crédibilité de l’institution.
Les travaux permettront également d’aborder les défis opérationnels liés au déploiement des équipes dans les provinces de l’Ituri, du Haut-Uele et du Bas-Uele. Les responsables du FRIVAO devront adapter leur plan d’intervention au contexte sanitaire, notamment en tenant compte des mesures de prévention imposées par l’épidémie d’Ebola qui touche certaines zones concernées. Cette situation nécessite une planification minutieuse afin de garantir la continuité des opérations tout en protégeant les populations et le personnel engagé sur le terrain.
Au-delà des aspects techniques, cette session extraordinaire constitue une étape déterminante dans la consolidation de la gouvernance du FRIVAO. Les administrateurs examineront plusieurs questions relatives au fonctionnement interne de l’établissement, à la gestion des ressources humaines ainsi qu’au renforcement des capacités institutionnelles, dans la perspective d’assurer une mise en œuvre efficace et durable de sa mission.
La première journée des assises s’est poursuivie sous la conduite de l’administratrice Cécile Tshibanda Lepira, chargée de coordonner les échanges entre les différents participants. Les débats devraient se poursuivre jusqu’au 3 août avec l’ambition d’aboutir à des décisions concrètes permettant au Fonds de disposer de tous les instruments nécessaires au lancement des prochaines phases d’identification et d’indemnisation.
À travers cette session, le FRIVAO entend confirmer sa volonté d’inscrire le processus de réparation dans un cadre institutionnel solide, transparent et conforme aux exigences de bonne gouvernance. Pour les milliers de victimes concernées, l’adoption des différents outils examinés représente un pas supplémentaire vers la reconnaissance de leurs droits et l’espoir d’une réparation effective, conformément aux engagements pris par l’État congolais.
Corinne Ontande
