Hommage émouvant de l’honorable Olivier Katuala à son père

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Aujourd’hui, le 13 août 2025, je me recueille pour ce qui aurait été le 76e anniversaire de mon père, le 1er Avocat Général de la République Joseph-Médard Katuala Kaba Kashala, parti trop tôt. C’était une figure incontournable de la justice en RDC, et son héritage continue de nous éclairer comme un phare d’excellence. Sa vie était un exemple vivant d’engagement, où il mêlait avec élégance une intelligence aiguisée et une intégrité à toute épreuve. Il a été un Haut magistrat de l’ancien Parquet Général de la République près la Cour Suprême de Justice (qui s’est depuis scindée en Cour constitutionnelle, Cour de cassation et Conseil d’État) et il a laissé une empreinte indélébile dans notre paysage judiciaire.

Son parcours était riche et varié : il a formé des générations de magistrats, aussi bien du siège (Juges) que du parquet (OMP), dirigé le service de documentation et d’études au Ministère de la Justice, conseillé juridiquement la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), été premier à occuper le poste de Secrétaire Exécutif de la Cellule Nationale des Renseignements Financiers (CENAREF), et enseigné le droit à l’Université Catholique du Congo. Lors de ses conférences internationales, il portait la voix du droit congolais avec une expertise qui captivait et inspirait tout le monde.

Ce qui le rendait vraiment spécial, c’était son talent d’écrivain. Ses livres sur le droit étaient précis, savants, mais rédigés avec une élégance qui les rendait accessibles et passionnants. C’étaient des guides vivants qui aidaient les magistrats et les étudiants à voir clair dans les complexités du droit. Dans son testament, papa révèle que son écriture prolifique n’avait pas vocation à la célébrité, mais à la SURVIE. En effet, conscient que le salaire des magistrats restait modeste, il se tourna très tôt vers l’écriture juridique afin de vendre ses ouvrages et assurer le nécessaire à sa famille. C’est dans cette optique qu’il cherchait à éviter les tentations qui guettent souvent le magistrat, contraint par l’indigence et la précarité…

Tout le monde admirait papa, ses mérites étaient évidents, et son ambition légitime : devenir Procureur Général de la République, au sommet du Parquet général de la République de l’époque. Pourtant, malgré ses qualifications impressionnantes, des barrières politiques invisibles l’ont bloqué. Sa carrière (plus de 30 ans) fut régulièrement entravée par l’absence de promotions et de postes à responsabilités. Des collègues qu’il avait lui-même formés, moins expérimentés mais mieux connectés, l’ont souvent dépassé et ont pris des postes supérieurs. C’est un exemple flagrant de comment les « relations » comptent plus que le « mérite ».

Dix ans après sa mort, je suis profondément touché qu’aucune reconnaissance officielle ne lui ait été accordée (comme une nomination posthume au grade de PG près la Cour de cassation) et ce, malgré les efforts constants de sa famille, notamment les nombreuses lettres envoyées aux autorités judiciaires et politiques. Or, une société qui oublie ses modèles d’excellence met en péril son propre avenir. Quand la compétence et l’intégrité passent après les considérations d’appartenance à un cercle, les bases du progrès s’effritent.

Ça résonne particulièrement avec ma position de Député national. Trop souvent, on voit les postes les plus importants du pays aller non pas à ceux qui ont l’expertise, l’intégrité ou l’expérience nécessaires, mais à ceux qui sont proches de certains réseaux. Ça pose une question fondamentale : « quel exemple donnons-nous aux jeunes générations quand on préfère la « loyauté » à la « capacité » ?

Une nation qui ne célèbre pas ses esprits les plus brillants, qui ne valorise pas ceux qui visent l’excellence, risque de perdre ses chances d’un avenir meilleur. Le message est simple : le mérite, l’intégrité et la compétence doivent être au cœur du « leadership », sinon on sacrifie la promesse d’un demain prospère.

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