Janvier 2001 — Mon voyage à Kinshasa, au cœur d’un tournant de l’histoire économique de la RDC (Sénateur Prof Faustin Luanga)

Je me souviens encore d ce mois d janvier 2001 comme d’un temps suspendu, où chaque heure semblait porter le poids d l’histoire. Kinshasa vibrait d’une tension sourde, presque palpable, comme si la ville pressentait que quelque chose d’immense était sur le point d se produire. J’étais arrivé quelques jours plus tôt, appelé à la Présidence de la République pour une série d’échanges stratégiques avec le Chef de l’État, Mzee Laurent-Désiré Kabila.
48 heures avant l’événement tragique qui allait bouleverser la République, il m’avait reçu en audience. Le Président, dans son style direct et sans détour, m’avait confié son intention de me nommer à un poste de haute responsabilité dans le gouvernement qu’il s’apprêtait à remanier. Je connaissais son regard lorsqu’il avait déjà pris une décision : ferme, concentré, presque habité. Ce jour-là, ce regard était bien présent. Je sortis de l’audience avec la conviction que quelque chose de décisif se préparait, sans imaginer que le destin allait frapper si brutalement.
1. Les heures sombres de la transition
Lorsque la nouvelle de l’assassinat du Président Kabila se répandit, Kinshasa fut saisie d’un silence étrange. Une capitale habituellement bruyante, électrique, se retrouva comme figée. Je me trouvais au cœur de la machine institutionnelle, témoin direct de la stupeur, de l’urgence, et de la nécessité de maintenir l’État debout.
Dans les jours qui suivirent, j’eus la responsabilité de rédiger une grande partie du discours prononcé le 26 janvier 2001. Ce texte n’était pas seulement une adresse à la Nation : c’était un acte de continuité républicaine, un pont entre le chaos et la stabilité, un message destiné à rassurer un peuple meurtri et à affirmer que l’État, malgré la tragédie, demeurait debout.
Ce fut un moment de gravité, mais aussi de lucidité. Je compris que l’histoire m’avait placé là où je devais être.
2. La refondation économique : agir vite, agir juste
L’absence de Premier Ministre à cette époque conférait à la Présidence une centralité totale dans la conduite des affaires de l’État. Très rapidement, je fus appelé à piloter, au nom du Chef de l’État, l’ensemble des secteurs économiques et financiers : Ecofin, budget, mines, agriculture, télécommunications, énergies, infrastructures, portefeuille de l’État, (…) et même certains aspects de la sécurité économique. Cette concentration du pouvoir m’avait valu, à l’époque, le courroux et la vendetta d’une autre éminence grise, dont l’influence souterraine avait fini par me faire écarter du cercle décisionnel. Il a quitté ce monde depuis, emportant avec lui ses combats et ses certitudes. Paix à son âme.
Ce fut une période d’intense activité, où chaque décision devait être prise avec précision, courage et rapidité. Les réformes que nous avons engagées étaient fortes, parfois abruptes, mais indispensables pour sortir le pays d l’étau d la désorganisation macroéconomique.
Parmi ces mesures :
• L’unification du taux de change, mettant fin au double marché entre taux officiel et taux parallèle. Hugo Ntanzabi, d’heureuse mémoire, grand cambiste de l’époque me dira, leki obomeli biso musala – petit frère (car je suis ami et collègue d’université de son petit frère Jacquie Ntazambi), tu as tué/supprimé notre boulot.
• La libéralisation d prix des carburants, supprimant le différentiel entre le prix subventionné (25 cents USD le litre) et le prix réel du marché (1 USD le litre).
• La fin du monopole sur les diamants, annoncée par moi en direct à la RTNC à 20h00, un geste symbolique et politique d’une rare intensité.
• L’audit d la BCC et des entreprises publiques, suivi de la révocation de comités de gestion.
• Le premier programme de DDR, amorçant la stabilisation post-conflit.
• La formation d tout premier gouvernement d Président Kabila, (SUITE VOIR PARTIE 2)






