Kalehe 3 au bord du gouffre : la guerre étouffe les écoles, les familles fuient sans retour
Kalonge, Bunyakiri et une série de villages désertés : la sous-division scolaire Kalehe 3 s’enfonce dans une crise sans précédent. Les combats entre Wazalendo et AFC/M23 ont transformé les écoles en abris improvisés et les routes en couloirs de fuite.
Dans les hauteurs de Kalehe, la tension est devenue un quotidien. Les écoles qui, il y a encore quelques semaines, résonnaient de chants d’enfants, sont désormais des bâtiments silencieux. Les affrontements entre Wazalendo et AFC/M23, proches du parc national de Kahuzi-Biega, ont brisé le rythme de l’année scolaire. « Les élèves ont cessé de venir. Même nous, les enseignants, nous travaillons avec la peur au ventre », témoigne un professeur de Bunyakiri.
La paralysie s’est intensifiée lorsque les combats se sont rapprochés des villages. Les parents ont compris que l’école n’était plus un lieu sûr. « J’ai préféré partir avec mes trois enfants. On ne peut pas étudier sous la menace des armes », raconte un père de famille de Misinga, désormais hébergé chez des proches. La fuite s’est propagée comme une traînée de poudre.
Dans certains établissements, les salles d’examen n’accueillent plus que quelques survivants de la peur. Les responsables scolaires observent une hémorragie sans précédent. « Nous avions 400 candidats. Aujourd’hui, à peine 30 se présentent », rapporte une directrice de Kalonge, dévastée par la disparition progressive de ses apprenants. Même ceux qui tentent de revenir se heurtent à l’insécurité persistante dans les villages environnants.
Les villages de Cifunzi, Bumoga, Lusheni, Muvumo et Karama sont les symboles de cette catastrophe humanitaire. « On ne reconnaît plus notre communauté. Les maisons sont ouvertes, les rues sont vides, tout le monde est parti », explique un habitant resté sur place pour surveiller ce qu’il reste du village. Son récit s’ajoute aux multiples alertes lancées par des habitants désorientés et livrés à eux-mêmes.
Les enseignants ne cachent plus leur désespoir. « Nous demandons l’arrêt immédiat des hostilités. L’éducation est sacrifiée et nos vies sont en danger », lance un instituteur de Bunyakiri. Ce message revient comme un écho continu sur les hauteurs du territoire. Leurs voix se mélangent à celles des parents, frustrés et impuissants, qui craignent une année scolaire complètement perdue.
À Kalehe 3, les jours se ressemblent : les tirs, la panique, la fuite, le silence. Une crise scolaire se transforme lentement en crise humanitaire. Sans une intervention urgente pour apaiser les tensions, la sous-division risque de plonger dans une obscurité durable. Les habitants n’ont qu’un souhait : que la paix revienne pour que les enfants puissent reprendre le chemin de l’école.
