Les auditions des candidats au poste de secrétaire général de la Francophonie, organisées devant les ministres des Affaires étrangères réunis en session extraordinaire de la Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF), ont permis de mesurer les attentes profondes des États membres quant à l’avenir de l’Organisation internationale de la Francophonie.
À l’issue de cet exercice, une tendance se dégage avec une certaine netteté : la grande majorité des États membres semblent désormais privilégier un leadership capable de faire franchir une nouvelle étape à la Francophonie, en structurant véritablement son pilier économique. Si la langue française, la diversité culturelle, l’éducation et les valeurs démocratiques demeurent les fondements de l’espace francophone, l’heure est manifestement venue de renforcer la dimension économique de cette communauté de plus de 90 États et gouvernements.
Cette évolution des attentes n’est pas anodine. Les pays francophones recherchent aujourd’hui des réponses concrètes aux défis de l’emploi, de l’entrepreneuriat, de l’industrialisation, de l’innovation, du commerce intra-francophone et de l’intégration des chaînes de valeur. Ils souhaitent une Francophonie qui crée davantage d’opportunités pour les jeunes, les femmes, les entreprises et les investisseurs, au-delà de son rôle traditionnel de coopération politique et culturelle.
Dans ce contexte, les candidats dont les propositions se sont éloignées de cette ambition économique gagneraient à réajuster leur approche. Une campagne électorale est aussi un exercice d’écoute. Les auditions ont fourni des indications précieuses sur les priorités des États membres. Les intégrer dans leur projet pourrait leur permettre de renforcer leur crédibilité et d’élargir leur base de soutien.
Le prochain secrétaire général ne sera pas seulement attendu comme le garant des valeurs de la Francophonie ; il devra également être un bâtisseur de partenariats économiques, un facilitateur des échanges et un catalyseur de prospérité partagée. C’est probablement sur cette capacité à donner une véritable impulsion à la Francophonie économique que se jouera une part importante de la décision des États membres.
L’élection à venir dépasse donc le choix d’une personnalité. Elle représente une occasion de redéfinir les priorités de la Francophonie pour les années à venir et de confirmer que la solidarité francophone peut aussi être un puissant levier de développement économique au bénéfice de tous ses membres.
Isidore KWANDJA NGEMBO
Directeur honoraire des IXes Jeux de la Francophonie
