La Rdc demande au Conseil de sécurité d’imposer des sanctions ciblées contre les responsables militaires et politiques de l’agression
Ce Conseil doit agir pour que ces droits ne restent pas théoriques, mais deviennent enfin une réalité. C’est pourquoi la République Démocratique du Congo appelle ce Conseil à : mettre en œuvre intégralement la résolution 2773 ; imposer des sanctions ciblées contre les responsables militaires et politiques de l’agression ; instaurer un embargo total sur les minerais exportés comme rwandais ; révoquer le statut de contributeur de troupes du Rwanda aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies et établir un régime de notification systématique pour tout transfert d’armes vers le Rwanda.
« La situation en République Démocratique du Congo » était au menu de la 10063e séance du Conseil de Sécurité des Nations Unies, à New York, le 12 décembre 2025. Dans son intervention, Mme Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, Coopération internationale, Francophonie et Diaspora, a expliqué que le 4 décembre dernier, à Washington, les Présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont signé un Accord de paix facilité par les États-Unis d’Amérique, sous le leadership du Président Donald J. Trump. Cet accord, soutenu par les garants régionaux et internationaux, portait et porte l’espoir d’un tournant historique.
Pourtant, moins de vingt-quatre heures après cette signature, les faits ont contredit les engagements pris : bombardements, drones explosifs, avancées coordonnées autour d’Uvira et dans la plaine de la Ruzizi. Il n’est pas acceptable qu’un accord solennel soit ainsi récusé dès le lendemain par ceux qui s’y étaient engagés. Ces actes remettent en cause la dynamique née à Washington et confirment ce que le rapport du Secrétaire général souligne : le cessez-le-feu exigé par la résolution 2773 n’est pas appliqué ; les attaques contre les civils persistent ; l’accès humanitaire est entravé et la situation continue de se détériorer malgré les efforts diplomatiques.
Et de poursuivre, la Rdc a volontairement choisi la voie de la diplomatie. Ce choix n’est ni une concession, ni un signe de fragilité. Il reflète notre maîtrise, notre sens des responsabilités et notre foi en des mécanismes multilatéraux qui, s’ils sont pleinement assumés, peuvent encore ramener la paix.
« Nous avons fait ce choix parce que nous croyons : en l’engagement des États-Unis, facilitateur principal du processus de Washington ; en la constance de l’État du Qatar, garant du processus de Doha et en la valeur normative du Processus de Luanda, dont les principes continuent de guider l’action de l’Union africaine désormais conduite par la République Togolaise », dit-elle.
La RDC a agi de bonne foi. La RDC continue d’agir avec bonne foi. La diplomatie n’est pas pour nous un choix par défaut : elle est l’expression de notre responsabilité d’État et de notre respect du droit international.
Depuis le 4 décembre au soir, les positions autour de Gatogota, Ruvunge, Kaziba, Rurambo, Luvungi et le long de l’axe Kamanyola–Uvira ont été visées par des bombardements provenant des positions RDF–M23. Des drones kamikazes ont frappé des zones civiles.
Plus de 500 000 personnes ont été nouvellement déplacées. Le Sud-Kivu, déjà en fragilité, atteint un seuil de rupture. Ces faits sont documentés par les mécanismes humanitaires et confirmés par OCHA.
Uvira n’est distante que de trente kilomètres de Bujumbura
Ils créent également un risque majeur de régionalisation : des tirs ont déjà touché le Burundi. Uvira n’est distante que de trente kilomètres de Bujumbura. Aucun pays voisin ne peut être exposé à de telles attaques sans risque d’escalade.
La stabilité régionale ne peut reposer sur la normalisation de violations aussi graves.
Moins d’une semaine après la signature des Accords de Washington, certains acteurs ont choisi de s’écarter des engagements librement acceptés. Le recours à des narratifs inversés et à une désinformation systématique pour attribuer à la République Démocratique du Congo la responsabilité des attaques commises par la coalition RDF–M23 est une stratégie désormais bien documentée par les mécanismes internationaux.
« Nous ne pouvons accepter que la manipulation devienne un instrument de politique régionale. Les faits sont têtus. Les résolutions de ce Conseil le sont davantage. La vérité n’est pas négociable et le droit international ne peut être dévoyé pour légitimer l’agression », explique Thérèse Kayikwamba, avant d’ajouter que les violations constatées contreviennent à la résolution 2773 ; à l’Accord du 27 juin ; à l’Accord signé à Washington le 4 décembre ; à la Déclaration de principes et l’Accord cadre de Doha et aux conditions même de la mise en œuvre du Cadre d’intégration économique régionale aussi signé à Washington.
Aujourd’hui, c’est la crédibilité de tous ces processus — et de leurs garants — qui est en jeu. Neuf mois après l’adoption unanime de la résolution 2773, le constat est implacable. Une nouvelle ville est tombée. Une administration parallèle s’est consolidée. Des milliers de familles supplémentaires ont fui.
D’autres ont été tués, violés, terrorisés. Et même la MONUSCO —Casques bleus, personnel civil, leadership — a été prise pour cible.
Pendant ces neuf mois, ce Conseil n’a pris aucune mesure concrète pour faire respecter sa propre résolution et pour défendre sa propre Mission. Des appels, des avertissements… mais aucun acte.
Ce vide d’action a permis au Rwanda de poursuivre et d’étendre ses opérations, dans un environnement où les violations ne rencontrent aucune conséquence.
Le moment est venu pour ce Conseil d’affronter une question essentielle : comment, en trois décennies de crise, l’absence de mesures coercitives a-t-elle contribué à la persistance de ces
La résolution 2773 demeure la boussole de l’engagement onusien. Elle doit être appliquée dans toute sa portée, sans ambiguïté ni exception.
Pour un mandat robuste
La RDC appelle à un mandat robuste, cohérent, adapté aux réalités du terrain — et protecteur de l’autorité même de ce Conseil.
Le mandat renouvelé doit garantir la protection des civils ; réaffirmer le retrait des forces étrangères ; soutenir les opérations humanitaires ; inclure explicitement la protection des Casques bleus, du personnel civil et du leadership de la MONUSCO ; condamner toute attaque contre eux ; et empêcher tout contournement des décisions du Conseil.
Car en effet, l’obstruction du mandat des Nations Unies par le Rwanda et le M23 ne peut jamais justifier son affaiblissement. Ce Conseil ne peut céder face à ceux qui le défie et défient son autorité.
La RDC est un pays africain. Elle fait aussi pleinement partie de la communauté internationale. Nous respectons les « solutions africaines aux problèmes africains », mais cela ne peut devenir un relativisme juridique permettant de contourner les normes universelles.
Il n’existe pas de version régionale des droits de l’homme ou de la souveraineté. Toute solution durable doit s’appuyer sur les principes universels de la Charte des Nations Unies.
Le peuple congolais a choisi la paix. Il l’a demandée, il l’a négociée, il l’a signée. Il ne doit pas payer le prix de la mauvaise foi de ceux qui tournent le dos à leurs engagements.
La paix ne peut reposer sur des promesses non tenues. Le peuple congolais a droit à la sécurité, à la justice et au respect du droit international.
Les garants de Washington, de Doha, et de la facilitation africaine doivent également assumer leurs responsabilités : ces accords ne survivront qu’à la condition d’une fermeté collective et cohérente.
Il appartient désormais à la communauté internationale de faire respecter les engagements pris et de permettre, enfin, l’avènement d’une paix durable dans l’Est de la République Démocratique du Congo et dans toute la région des Grands Lacs.
