×

La trahison présumée de Joseph Kabila : pour quelles motivations ? (Par Daniel Makila, Nationaliste de Gauche, Fils de Lumumbiste)

La trahison présumée de Joseph Kabila : pour quelles motivations ? (Par Daniel Makila, Nationaliste de Gauche, Fils de Lumumbiste)

La présente réflexion, loin de toute prétention de livrer des réponses toutes faites aux nombreuses questions que se pose l’opinion, essaie simplement d’analyser le mystère qui entoure l’implication présumée de Joseph Kabila dans la guerre d’agression contre la patrie. En effet, l’ancien président de la république de la République Démocratique du Congo est accusé de haute trahison en lien avec l’agresseur rwandais. Bien que devant répondre des faits retenus à sa charge devant la Haute Cour Militaire, il est légitime pour la conscience collective de s’interroger sur les raisons de l’alliance, invisible à ce stade, de Joseph Kabila avec le régime de Kigali dans une entreprise de déstabilisation de son propre pays, dont il a pourtant bâti la paix pendant 18 années d’intenses sacrifices.

 

En effet,

 

1. L’opinion congolaise ne le souligne pas assez, durant ses mandats successifs, et même lors du règne de son père, M’zee Laurent-Désiré Kabila, Joseph Kabila n’avait jamais mis pied à Kigali. Mieux, il ne s’y est jamais rendu à l’effet de s’incliner au mémorial du génocide rwandais. Bien que rarement évoqué, cette posture de refus marque un signal idéologique et diplomatique fort qui résiste dans le temps contre toute forme d’idée reçue attribuant à Joseph Kabila une proximité de quelque nature que ce soit avec le régime de Paul Kagame. Cependant, qu’est-ce qui peut avoir fondamentalement changé entre-temps, si tel serait le revirement ?

 

2. Allons plus loin. Le mouvement insurrectionnel AFC/M23, réputée création avérée de Kigali, participe également de cette politique rwandaise de déstabilisation de ses voisins, d’expansion de son influence, mais aussi d’exportation de sa politique machiavélique exploitant de manière intéressée la protection d’une certaine minorité ethnique. Il est de notoriété publique que Joseph Kabila en a fait les frais pendant tout son règne par suite des expéditions de l’armée rwandaise sur notre sol, le poussant par ailleurs à déclarer que la RD-Congo avait d’excellents rapports avec tous ses neuf (9) voisins, sauf un (allusion faite visiblement au Rwanda).

Cette amère expérience de belligérance à plusieurs reprises à travers le RCD, le CNDP et le M23 n’est pas à jeter dans l’oubli au détriment de la conscience patriotique et de la vérité historique. D’où l’intransigeance diplomatique qu’a maintenu Joseph Kabila vis-à-vis du régime rwandais. Sauf à étaler avec objectivité un avis contraire, rien n’inspire un démenti sur la continuité de la vraie position de l’ancien président face au régime de Kigali.

Car, il sied de rappeler que le Président Paul Kagame a toujours fondé sa légitimité intérieure etextérieure sur le génocide rwandais de 1994. Être chef d’Etat voisin du Rwanda pendant 18 ans et n’avoir jamais posé un seul geste au mémorial du génocide rwandais est caractéristique de rejet de cette idéologie génocidaire.

Joseph Kabila est-il le genre d’homme qui peut aussi légèrement et sans motif défendable changer de position idéologique face à une situation aussi cruciale que celle liée à la paix dans son pays ?

 

3. Les congolais ont-ils la mémoire courte pour croire aussi facilement à une alliance totalement contre nature ? En décembre 2018, alors que la CENI avait proclamé Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo Président de la République Démocratique du Congo, le Président Paul Kagame, président en exercice de l’Union Africaine au moment des faits et entouré de certains chefs d’Etat africains, dont le président Denis Sassou Nguesso, ont tenté de remettre en cause l’élection du président Félix-Antoine Tshisekedi, régulièrement proclamé par la centrale électorale nationale.

Ces chefs d’Etat avaient obligé le Président Joseph Kabila de faire surseoir à la proclamation des résultats définitifs de la présidentielle par la Cour Constitutionnelle, au motif qu’il y a eu des fraudes. L’histoire retiendra que le président sortant, Joseph Kabila, avait bouché ses oreilles et a souverainement laissé la Cour Constitutionnelle faire son travail sans la moindre interférence. Qui peut honnêtement penser que ce camouflet historique soit passé inaperçu dans le cœur du Président Paul Kagame ? De ce qui précède et au regard des guerres d’agression menées par le Rwanda contre la RD-CONGO depuis le 2 août 1998 sous Laurent-Désiré Kabila et sous Joseph Kabila, qui peut aujourd’hui dire que Paul Kagame face à qui Joseph Kabila a résisté face à ses intentions expansionnistes porte en estime ce dernier pour qu’il soit possible que les deux entrent en alliance contre notre la patrie ? Et pour quelle raison et quel intérêt ?

En réfléchissant à fond, aucune logique ne permet d’imaginer ce scénario totalement irresponsable et impensable.

4. Et ce n’est pas tout, qui mieux que Joseph Kabila sait que la guerre d’agression que nous subissons à l’Est soit le fait des impérialistes de droite pour les intérêts miniers qui les attirent en RD-Congo, les mêmes qui l’ont combattu à travers les négociations sur le nouveau code minier ? Et puis, qui ferait dire à Massad Boulos, l’officiel américain de haut rang le mieux informé sur les questions africaines, autre chose que sa déclaration récente sur Joseph Kabila, à savoir que celui-ci n’a pas d’influence sur la situation actuelle en RDC ?

Notre Ministre d’Etat, Ministre des affaires étrangères de la République Démocratique du Congo n’a pas dit autre chose, s’exprimant librement sur ce sujet ? Enfin, nul ne peut négliger la position du Général fils du président Museveni qui a tout récemment déclaré sans ambages que Joseph Kabila est son ennemi et que Paul Kagame son oncle. Y-a-t-il d’aveu plus significatif d’un acteur majeur de la crise de l’Est du pays indiquant que l’ancien président de la Rdc n’est pas impliqué dans le camp de la tutsi-power ?

5. Par ailleurs, il est évident qu’être hôte de marque d’un État normal impose une certaine rigueur dans le respect des principes d’hospitalité. Les pays de la SADC qui ont accueilli Joseph Kabila et lui déroulent le tapis rouge à des occasions officielles ne lui accorderont jamais d’être chez eux avec un statut d’ancien chef de l’Etat assigné à l’obligation de réserve et en même temps un chef insurgé contre son propre pays avec lequel ces pays hôtes sont en relation bilatérale et multilatérale.

Les dirigeants de ces pays traitent les questions diplomatiques en s’en tenant aux principes. Assurément, les pays de la SADC suivent les faits et gestes de leur hôte et savent ce qu’il fait et ce qu’il ne peut se permettre de faire.

6. Aussi, d’autant plus que les faits affichant visiblement la participation de Joseph Kabila à la rébellion du M23/AFC restent à rechercher jusqu’à l’évidence du contraire, comment établir honnêtement que l’ancien Président de la République dispose d’une autorité de chef militaire ou celle de chef hiérarchique sur cette force négative, dans les rangs desquels se trouvent des anciens officiers militaires qu’il a envoyé en prison en son temps pour cause justement de rébellion contre la république ? Ou encore dans une situation différente Joseph Kabila aurait quelle motivation d’entretenir une complicité morale et/ou matérielle avec les chefs déclarés et connus officiellement de ce mouvement, auteur de plusieurs atrocités sur des populations civiles ?

7. Quelle inconséquence politique et idéologique tant que joseph kabila assumerait ouvertement un paradoxe aussi incompréhensible qu’insensé, ne lui ressemblant sur aucun détail ? Quel serait le choix de Joseph Kabila entre l’opprobre de conduire une salle rébellion antipatrie et la constance de capitaliser les acquis de la démocratie restaurée dont il est le maître d’œuvre ? Qui mieux que lui-même sait combien l’alternance pacifique a apporté à l’histoire du pays et à son honneur personnel ?

Que ferait-il du tapis rouge d’ancien chef de l’Etat, ayant démocratiquement quitté le pouvoir, dont il bénéficie les privilèges dans toutes les places huppées du monde ? En attendant d’en dévoiler les contours de vérité vraie, vérifiée et vérifiable par toutes les voies, des tels questionnements restent encore énigmatiques à ce jour, l’intéressé ayant vigoureusement rejeté l’accusation de connivence avec la rébellion. De plus, les principaux chefs rebelles de leur côté sont restés catégoriques. Joseph Kabila n’est pas compté parmi les leurs.

Laisser un commentaire