L’arrêt d’une guerre à l’appel de Washington !
La guerre à l’Est de la RDC n’est ni incontrôlable ni incompréhensible. Il faut le dire sans hypocrisie, elle a été pilotée, tolérée et rendue utile par des puissances qui ont besoin d’un Congo faible, pour accéder à ses ressources stratégiques sans contrainte de souveraineté.
Le basculement majeur intervient en 1994, date charnière dans la région des Grands Lacs. Depuis lors, la violence armée au Congo suit un rythme qui n’est pas congolais. Les groupes rebelles apparaissent, disparaissent, avancent ou se retirent non en fonction de la volonté des populations locales, mais selon des signaux géopolitiques extérieurs. Le M23, comme hier le RCD ou le CNDP, n’est pas une rébellion autonome. Il ne combat pas quand il veut, il combat quand on le lui permet.
La preuve brutale se traduit par des offensives qui cessent sans négociation, des villes évacuées sans conditions, les armes qui se taisent sans préalable. Un coup de fil suffit. Et ce coup de fil ne vient ni de Goma, ni de Bunia, ni de Kinshasa. Il émane des centres de décision qui structurent l’ordre sécuritaire et économique mondial.
Pourquoi cette guerre a-t-elle duré trente ans ? Parce qu’elle a servi à empêcher l’émergence d’un État congolais fort, souverain sur ses minerais, capable d’imposer des règles, des taxes et des partenariats équilibrés. Le chaos contrôlé est une stratégie. Il permet un accès indirect, discret et peu coûteux au cobalt, au coltan, à l’or et aux terres rares indispensables aux industries occidentales et asiatiques.
Le silence de l’Occident n’est donc pas une défaillance morale. C’est une posture stratégique. Les rapports des Nations unies sont connus, précis, documentés. Les circuits de pillage sont identifiés. Pourtant, aucune sanction sérieuse ne frappe les véritables parrains régionaux. On condamne en langage diplomatique, mais on tolère en pratique.
Pourtant, la diplomatie congolaise, longtemps sous-estimée, commence à produire des effets. Le sursaut stratégique des États-Unis, perceptible dans leur implication plus directe et leur pression accrue sur les acteurs régionaux, traduit une prise de conscience. L’instabilité chronique du Congo n’est plus soutenable, ni moralement, ni stratégiquement. La sécurisation des chaînes d’approvisionnement mondiales passe désormais par un Congo stable, souverain et partenaire, non par un Congo fragmenté.
L’histoire du Congo rappelle cependant une vérité inconfortable. L’Occident soutient des hommes, jamais des nations. Mobutu fut porté, puis abandonné. D’autres avant lui, d’autres après. Paul Kagame, aujourd’hui, en fait l’expérience et le message est constant. Tant que tu sers, tu existes. Le jour où tu déranges, tu tombes.
Dans ce jeu, les groupes armés ne sont que des pions jetables. Ils croient exister politiquement, mais sont effacés dès qu’ils deviennent encombrants. Leur disparition rapide, avec ou sans négociation, prouve qu’ils ne sont ni incontournables ni légitimes. Ils sont remplaçables.
La RDC a, désormais, fait un choix géostratégique majeur. Elle refuse de continuer à être un champ de bataille utile aux puissances. Elle ambitionne de devenir un acteur souverain capable de redéfinir ses alliances, de sécuriser ses chaînes de valeur et d’imposer le respect de son territoire.
La paix au Congo ne dépend pas des rebelles. Elle dépend d’une décision politique internationale, rendue possible par le rééquilibrage diplomatique en cours et par l’affirmation de l’État congolais sur la scène régionale et mondiale. Et cette vérité dérange, puisque les hostilités peuvent s’arrêter en un seul coup de fil, la guerre à l’Est n’a jamais été une fatalité, mais une construction.
Nico Minga
