Le Congo a besoin d’une refondation totale, pas d’un simple ajustement

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(* Une Tribune de Mme Elysée Mujinga Kalunga,

Présidente de l’Alliance pour l’Unité du Congo (AUC)

Depuis plusieurs années, notre pays traverse des crises profondes qui révèlent les limites graves de notre système institutionnel actuel. Insécurité persistante, corruption généralisée, injustice sociale, faiblesse administrative, dysfonctionnements des services publics, perte de confiance de la population envers certaines institutions : le moment est venu pour les Congolais de regarder la réalité en face. Oui, je soutiens le changement de la Constitution de la République Démocratique du Congo.

Mais, je refuse qu’il s’agisse d’un simple changement cosmétique ou d’un simple réaménagement politique. Ce que nous demandons, c’est une refondation profonde du système de l’État congolais.

Changer la Constitution pour changer le système

Pour l’intérêt supérieur du peuple congolais, nous acceptons que le changement de la Constitution ait lieu. Mais nous demandons avec beaucoup d’exigence que ce changement touche véritablement le système lui-même.

Le véritable problème du Congo ne se limite pas à quelques textes juridiques. Le problème réside dans la méthodologie même du fonctionnement de l’État, dans un système administratif devenu lourd, inefficace et parfois détourné de sa mission fondamentale.

Aujourd’hui, notre pays souffre d’un modèle de gestion dominé par des structures parallèles, des conflits permanents entre cabinets politiques et administration publique, des chevauchements de compétences et une confusion dans l’exercice de l’autorité administrative.

Dans plusieurs institutions, les cabinets politiques fonctionnent parfois comme des administrations parallèles, affaiblissant les structures techniques de l’État et marginalisant la fonction publique pourtant chargée d’assurer la continuité républicaine.

Cette situation produit :

– Lenteur administrative ;

– Désorganisation ;

– Favoritisme ;

– Gaspillage des ressources publiques, et ;

– Affaiblissement de l’autorité de l’État.

Le peuple congolais mérite une administration moderne, disciplinée, professionnelle et véritablement au service de la nation.

C’est pourquoi nous demandons que le changement constitutionnel permette également :

– De redéfinir clairement les rapports entre cabinets politiques et fonction publique ;

– De restaurer l’autorité administrative de l’État ;

– De professionnaliser davantage les services publics ;

– De limiter les interférences politiques dans la gestion technique des institutions ;

– De bâtir un appareil administratif stable, cohérent et efficace.

Une justice équitable pour tous les Congolais

Nous ne pouvons pas parler de refondation nationale sans aborder la question de la justice. Notre peuple souffre profondément d’un système judiciaire marqué par :

– La corruption ;

– Les traitements sélectifs ;

– Les décisions influencées, et ;

– Principe dangereux du “deux poids, deux mesures”.

Le Congo ne pourra jamais devenir un véritable État de droit si la justice continue à être perçue comme un instrument réservé aux puissants. Nous voulons :

– Une justice équitable ;

– Une justice indépendante ;

– Une justice accessible à tous, et surtout ;

– Une justice respectueuse des droits de l’homme.

La restauration de la confiance nationale passe inévitablement par la restauration de la crédibilité de notre appareil judiciaire.

La question sécuritaire exige des décisions fortes

L’un des drames les plus graves de notre pays reste la situation sécuritaire. Depuis plusieurs années, les Congolais vivent sous la menace permanente :

– Des groupes armés ;

– De l’insécurité ;

– Des infiltrations ;

– Des trahisons, et ;

– Des faiblesses opérationnelles de certaines structures sécuritaires.

Nous devons avoir le courage de dire la vérité. La trahison observée au sein de l’armée congolaise, combinée à la légèreté de certaines méthodes de gestion sécuritaire au niveau de la Police Nationale Congolaise, démontre l’échec d’un système qui nécessite aujourd’hui une rupture profonde. C’est pourquoi nous estimons que la réforme sécuritaire ne peut plus être superficielle.

Nous demandons une refondation complète des mécanismes sécuritaires de l’État, allant jusqu’à la dissolution des structures actuelles de l’armée et de la police telles qu’elles fonctionnent aujourd’hui, afin de permettre la reconstruction :

– D’une armée réellement républicaine ;

– D’une police véritablement professionnelle ;

– D’institutions disciplinées ;

– Patriotiques ;

– Modernes, et;

– Exclusivement au service du peuple congolais.

Il ne s’agit pas de fragiliser l’État. Il s’agit au contraire de sauver durablement sa capacité de protection nationale.

Le peuple doit être consulté. Une réforme d’une telle importance ne peut pas être imposée. Nous demandons que toutes les forces vives de la nation soient consultées :

– Partis politiques ;

– Société civile ;

– Jeunesse ;

– Femmes ;

– Experts ;

– Communautés locales ;

– Forces sociales et intellectuelles.

Nous sommes prêts à apporter notre contribution à cette refondation nationale. Le Congo possède suffisamment de compétences, d’intelligence et de patriotes capables de participer à la reconstruction de notre modèle institutionnel.

La question de la nationalité doit être clarifiée. Le débat sur la nationalité ne peut plus être évité.

Dans un contexte marqué par les crises sécuritaires, les tensions identitaires et les défis de souveraineté, nous estimons que la question de la nationalité congolaise doit être clairement réglementée et encadrée dans l’intérêt supérieur de la nation. La stabilité d’un État repose aussi sur la clarté de son identité juridique et politique.

Offrir au peuple congolais un héritage historique 

Le Président de la République a lui-même affirmé ne pas rechercher un troisième mandat, mais vouloir laisser au peuple congolais un héritage historique.

Si cette volonté consiste à permettre au peuple de repenser librement l’avenir institutionnel du pays, alors nous disons oui.

– Oui à une Constitution conçue pour les réalités actuelles du Congo.

– Oui à un État plus fort.

– Oui à des institutions plus efficaces.

– Oui à une justice équitable.

– Oui à une armée et une police véritablement républicaines.

– Oui à une souveraineté populaire assumée.

Pour une nouvelle République portée par le peuple

Le Congo mérite plus qu’une survie institutionnelle. Il mérite une véritable renaissance nationale.

Le temps est venu pour les Congolais de construire :

– Un nouvel élan ;

– Une nouvelle vision ;

– Une nouvelle gouvernance, et ;

– Une République véritablement fondée sur les intérêts du peuple.

L’histoire retiendra ceux qui auront eu le courage non pas de préserver les blocages du passé, mais d’ouvrir la voie à la reconstruction du Congo de demain.

Que vive l’avènement d’une nouvelle République !

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