Le « Piège de Doha » ou l’art de la Congolisation par procuration (John Ngombwa)

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L’interview récente du Président Paul Kagame marque un tournant stratégique majeur : le passage de l’agression militaire à la capture politique. En affichant un ton conciliant et une logique de compromis (« accepter 6 points sur 10 »), Kigali tente de parachever son plan de « congolisation » du M23/AFC.

1. Le « Parfait RP » : Transformer une rébellion en Alter Ego

Le message de Paul Kagame est clair : il ne s’agit plus d’une agression extérieure, mais d’un problème « entre Congolais ». En appelant Kinshasa à « prendre le taureau par les cornes », il joue les agents de relations publiques pour l’AFC/M23. L’objectif ? Forcer une reconnaissance diplomatique qui transformerait un groupe armé en un partenaire politique légitime.

2. Le Syndrome de Montreux : Un masque congolais sur un visage rwandais

Il ne faut pas s’y tromper. Derrière la rhétorique des « griefs légitimes », la réalité des délégations (comme celle vue à Montreux) montre une domination de cadres dont les attaches et les allégeances pointent directement vers Kigali. Cette « congolisation » est une manœuvre de blanchiment : utiliser des visages nationaux pour porter un agenda étranger.

3. L’EJVM+ et le Blocus de Mai : L’esquive diplomatique

Pourquoi ce ton si doux aujourd’hui ?

L’urgence de mai : Kigali cherche désespérément à donner des « signaux de paix » pour neutraliser les sanctions internationales prévues le mois prochain.

Le cheval de Troie institutionnel : L’obtention de la participation à l’EJVM+ est la première étape. En s’insérant dans les mécanismes de vérification onusiens, l’AFC/M23 ne cherche pas la paix, mais la validation internationale de son administration sur les zones occupées.

4. Le piège des FDLR

Le ton conciliant de Kagame sur les FDLR est le plus suspect. Il lie désormais la résolution du problème sécuritaire rwandais à la satisfaction des exigences politiques du M23. En clair : « Laissez le M23 devenir un acteur politique officiel, et ils s’occuperont de vos frontières. » C’est une offre de sous-traitance de la souveraineté congolaise.

En somme la RDC est à un carrefour dangereux. En acceptant le « progrès » vanté par Kigali à Doha, le risque n’est pas seulement de céder du terrain, mais d’intégrer organiquement l’influence rwandaise au cœur même de l’État congolais. La paix ne peut se négocier sur la base d’une parité factice entre un gouvernement souverain et un mouvement dont le cordon ombilical reste branché à l’autre côté de la frontière.

La vigilance reste le seul rempart contre une annexion qui ne dit pas son nom.

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