Le sport, catalyseur de paix et passerelle entre générations
Par Nico Minga, Économiste, Auteur et Géostratège
Nous vivons une époque traversée par de profondes fractures. Les conflits armés, les rivalités géopolitiques et les inégalités croissantes sont observés un peu partout dans le monde. Dans ce contexte, il existe pourtant un langage universel, simple et puissant, capable de franchir toutes les frontières et de rassembler au-delà des idéologies, le sport.
Bien plus qu’un divertissement, le sport est une école de valeurs. Respect des règles, solidarité, fair-play, résilience et modestie. Autant de principes qui, transposés aux relations internationales, deviennent des instruments de paix et de gouvernance. Là où la diplomatie échoue, le sport parvient souvent à créer une trêve et à rapprocher les peuples.
L’histoire en témoigne. En 1995, Nelson Mandela transforma la Coupe du Monde de Rugby en outil de réconciliation nationale. Le simple fait de voir un président noir arborer le maillot des Springboks, longtemps symbole d’exclusion raciale, pesa davantage que des années de discours politiques. En RDC, les victoires des Léopards à la CAN en 1968 et 1974, ou encore le légendaire « Rumble in the Jungle » entre Ali et Foreman à Kinshasa, illustrent la capacité du sport à suspendre le bruit des armes et à offrir une fierté collective.
Mais le sport n’est pas qu’un symbole : il est aussi une diplomatie douce. La Coupe du Monde 2022 au Qatar a rassemblé plus de 1,5 million de visiteurs venus de 160 pays et généré près de 20 milliards de dollars d’impact économique, prouvant qu’un ballon pouvait unir davantage que de nombreux sommets politiques. La Coupe d’Afrique des Nations, elle, demeure un espace de fraternité continentale, où l’unité se construit autour du jeu malgré les rivalités.
Le sport est également une école de gouvernance. Le fair-play renvoie à la justice, l’esprit d’équipe à la coopération et la résilience à la capacité de surmonter les épreuves. Selon l’UNESCO, les jeunes intégrés dans des programmes sportifs présentent 40 % de risques en moins de basculer dans la criminalité. Investir dans le sport, c’est investir dans la stabilité sociale et la paix.
C’est aussi une économie. L’industrie mondiale du sport pèse plus de 800 milliards de dollars, soit un peu moins de 1 % du PIB mondial. En Afrique, la CAN 2019 en Égypte a généré 83 millions de dollars de recettes directes et des milliers d’emplois. Le sport est donc une filière d’avenir capable de diversifier les économies.
La RDC, avec plus de 60 % de sa population âgée de moins de 25 ans, détient un potentiel exceptionnel. Infrastructures modernes, textile et équipement local, tourisme sportif, professionnalisation des métiers, autant de leviers pour transformer le sport en pilier de croissance et en outil de résilience, au-delà de la dépendance aux matières premières.
Ce rôle fédérateur s’est encore illustré récemment. En marge de la 47ᵉ Assemblée générale de la CAF, accueillie pour la première fois à Kinshasa, le Président Félix Antoine Tshisekedi a reçu les anciens Léopards de 1968 et 1974, champions d’Afrique et mondialistes, aux côtés de figures emblématiques comme Kibonge, Mayanga, Buanga, Kidumu et Mana, accompagnés du ministre des Sports Didier Budimbu. À leurs côtés, la présence du judoka français Teddy Riner, dix fois champion du monde, a donné à cette rencontre une portée symbolique forte, le sport comme héritage vivant, passerelle entre générations et vitrine d’une RDC ouverte sur le monde.
Le sport n’est donc pas un simple jeu. C’est une promesse, celle d’unité, de coopération et de prospérité partagée. Pour la RDC, investir dans le sport revient à investir dans la paix et dans l’avenir. Là où d’autres brandissent les armes, elle peut brandir le ballon. Et si demain Kinshasa devenait, au-delà d’une capitale politique et culturelle, la capitale africaine du sport et de la réconciliation ? Ce n’est pas une utopie, mais une voie stratégique à emprunter avec lucidité et audace.



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