L’erreur permanente des adversaires de Félix Tshiseked  (Par Nico Minga, Économiste et Géostratège)

Depuis 2019, la plus grande erreur des adversaires de Félix Tshisekedi a été de le sous-estimer. À son arrivée au pouvoir, certains lui accordaient quelques mois seulement avant l’effondrement de son pouvoir. En 2020, ils annonçaient qu’il ne survivrait pas à la coalition avec le FCC.

En 2021, ils affirmaient que l’Union sacrée ne tiendrait pas. En 2023, ils prédisaient sa défaite électorale. En 2025, ils annonçaient que les crises sécuritaires de l’Est allaient emporter son régime. Pourtant, malgré les crises sécuritaires, les tensions internes et les turbulences économiques mondiales, il demeure aujourd’hui l’acteur central de la vie politique congolaise.

Cela ne signifie pas que tout a été parfait. Cela signifie simplement qu’une partie de la classe politique congolaise continue de commettre la même erreur, celle d’analyser Félix Tshisekedi à travers les schémas du passé alors qu’il évolue selon une logique politique qui lui est propre. Ceux qui l’ont observé à travers le prisme de son style discret ont souvent confondu patience et faiblesse. Sa trajectoire révèle plutôt une capacité à lire les rapports de force, à attendre son moment et à agir lorsque les circonstances lui sont favorables. La rupture des anciens équilibres politiques et la consolidation progressive de son pouvoir en témoignent.

Tshisekedi ne se joue pas uniquement sur le terrain politique

Aujourd’hui, le débat sur une éventuelle révision de la Constitution nourrit les passions et exacerbe les tensions politiques. L’opposition se mobilise, les critiques se multiplient et les procès d’intention occupent l’espace public. Au-delà des controverses, une question fondamentale mérite d’être posée. Les institutions conçues il y a vingt ans sont-elles encore adaptées à un pays de plus de cent millions d’habitants, confronté à des défis sécuritaires, démographiques et économiques sans précédent ?

Cependant, l’avenir de Félix Tshisekedi ne se joue pas uniquement sur le terrain politique. Il se joue surtout sur le terrain économique.

Dans le monde actuel, la légitimité durable d’un dirigeant dépend moins de ses victoires électorales que de sa capacité à améliorer concrètement les conditions de vie de sa population. C’est là que se trouve le véritable défi de son second mandat.

Depuis plusieurs années, la RDC affiche des performances macroéconomiques relativement solides. La croissance demeure parmi les plus élevées d’Afrique, l’inflation a été significativement réduite, les réserves de change se sont renforcées et la stabilité du franc congolais s’est améliorée.

Ces résultats constituent des acquis importants dans un environnement régional marqué par l’instabilité. Mais ils restent insuffisants pour une grande partie des Congolais qui attendent encore que cette croissance se traduise par davantage d’emplois, de revenus et une amélioration du pouvoir d’achat.

C’est précisément ici que la vision de Félix Tshisekedi semble se distinguer. Contrairement à une lecture purement politique de son action, il apparaît de plus en plus comme un dirigeant qui cherche à repositionner la RDC dans les grandes chaînes de valeur mondiales. L’intérêt de son gouvernement pour les corridors stratégiques, les infrastructures régionales, la transformation locale des minerais, les partenariats industriels et la diplomatie économique traduisent une compréhension d’une réalité essentielle. La souveraineté d’un État se mesure autant à sa puissance économique qu’à sa puissance militaire.

Cette orientation explique également son activisme diplomatique. Washington, Pékin, Bruxelles, New Delhi, Ankara, Doha ou Abu Dhabi ne sont pas seulement des partenaires politiques. Ce sont aussi des sources d’investissements, de technologies, de marchés et de financements. Dans un monde où les rivalités géopolitiques se traduisent de plus en plus par des rivalités économiques, le Congo est devenu un acteur que les grandes puissances ne peuvent plus ignorer.

C’est sans doute là que réside sa principale intuition stratégique. Dans un monde où les minerais critiques redessinent les rapports de puissance, la RDC est devenue un acteur incontournable. Ses ressources stratégiques placent le pays au cœur de la nouvelle géopolitique mondiale. Là où beaucoup voient uniquement des matières premières, Félix Tshisekedi semble voir les fondations d’une puissance économique capable de peser davantage dans les affaires du monde.

Les défis restent immenses, la guerre endeuille encore à l’Est du pays, la pauvreté, le déficit d’infrastructures et la faible transformation locale des ressources demeurent des obstacles majeurs. Mais le Congo n’est plus perçu comme un simple spectateur de l’économie mondiale. Il est progressivement devenu un enjeu stratégique.

C’est pourquoi ceux qui annoncent régulièrement la fin politique de Félix Tshisekedi devraient faire preuve de prudence. Depuis sept ans, ils se sont souvent trompés sur sa capacité de résilience et sur sa compréhension des mutations en cours.

Au fond, son véritable pari n’est pas seulement de conserver le pouvoir. Il est de faire passer la RDC du statut de géant géologique à celui de puissance économique. C’est sur ce terrain, bien plus que dans les querelles politiques du moment, que l’histoire finira par le juger

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