L’Europe vacille, l’Afrique s’affirme face aux appétits stratégiques mondiaux (Par Nico Minga, Économiste, Auteur et Géostratège)
L’Europe chancelle
Une croissance anémique de 0,9 % en 2025, un appareil industriel essoufflé, une dépendance énergétique toujours criante : le Vieux Continent se débat avec ses propres contradictions. Pire, il reste englué dans un passé où il dictait les règles du commerce mondial, alors qu’aujourd’hui il subit celles des autres.
Un choc tarifaire américain ou une flambée du gaz russe suffirait à ramener la croissance autour de 0,5 %. Rien d’apocalyptique, mais suffisant pour rappeler une vérité brutale : l’Europe n’est plus la référence. Elle glisse doucement vers la périphérie du jeu mondial.
L’Afrique, nouvelle frontière stratégique
Pendant que Bruxelles s’inquiète de ses statistiques et que Berlin compte ses machines en panne, l’Afrique s’impose comme la nouvelle ligne de front stratégique.
Le cuivre, le cobalt, le lithium, le gaz : ce ne sont pas des options, mais des nécessités mondiales. Sans ces ressources africaines, la transition énergétique n’est qu’une illusion. Et au centre de cette équation, la RDC : 70 % des réserves de cobalt, une part décisive du cuivre mondial. Kinshasa n’est plus seulement une capitale africaine, c’est un pivot géoéconomique.
États-Unis, Japon, Inde : la diplomatie des minerais
Washington a compris le message. Avec son deal USA–RDC, les États-Unis veulent sécuriser leurs batteries loin de la sphère chinoise. Ce n’est pas de l’aide, ni de la coopération : c’est de la survie stratégique.
Le Japon, via la TICAD9, tente de revenir dans la partie. L’archipel, dépendant de ses importations, cherche à verrouiller son accès à l’Afrique pour sauver son industrie high-tech.
L’Inde, elle, ne se cache plus : stratégie offensive, investissements directs, corridors maritimes, alliances politiques. New Delhi veut briser le duopole sino-occidental et s’imposer comme la troisième force du jeu africain.
Pékin verrouille la logistique
Pendant ce temps, la Chine est déjà là. Non seulement premier partenaire commercial, mais aussi maître des routes. Chemins de fer, ports, mines : Pékin verrouille les corridors logistiques.
Ce n’est plus une compétition pour acheter du minerai, mais une bataille pour contrôler les routes et les flux. En clair : la Chine ne dépendra jamais du bon vouloir des autres pour accéder aux richesses africaines.
RDC, la grande équation
Coincée entre la volatilité des cours mondiaux et la convoitise des grandes puissances, la RDC est vulnérable et centrale à la fois. L’Europe, en retrait, n’apparaît plus comme un acteur décisif. Ce sont Washington, Tokyo, New Delhi et Pékin qui comptent.
Le vrai choix pour Kinshasa n’est plus « avec qui signer », mais comment transformer. Soit continuer à exporter du minerai brut et rester otage des prix mondiaux, soit imposer une montée en gamme industrielle et faire payer les puissances pour accéder à une véritable valeur ajoutée.
Tandis que l’Europe, engourdie par ses crises internes, continue de regarder l’Afrique comme une variable secondaire, les États-Unis, la Chine, l’Inde et le Japon considèrent déjà le continent comme la pièce maîtresse de la recomposition mondiale.
La RDC n’est plus un fournisseur parmi d’autres. C’est le terrain de la nouvelle guerre froide des ressources. Et si Kinshasa sait manœuvrer, la prétendue récession européenne ne sera qu’un bruit de fond. Le véritable théâtre des grandes transitions du 21e siècle se joue déjà ailleurs, au cœur de l’Afrique.
