M23/RDF : Comment les rebelles ont ruine les deux provinces les plus riches de l’Est de la RDC

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Nord-Kivu et Sud-Kivu : de provinces prospères aux plus pauvres de la RDC – le M23/RDF a saccagé leur économie.

À Masisi, Marie, 42 ans, mère de cinq enfants et militante de la DC, nous a fait parvenir son témoignage. Elle ne va pas aux champs : les miliciens du M23/RDF y ont installé un checkpoint. Pour passer, il faut payer. Pour vendre trois régimes de bananes au marché, il faut payer. Pour ramener un sac de sel de Goma, il faut payer encore. « Nous ne sommes plus des humains, murmure-t-elle. Nous sommes devenus leur portefeuille. »

Ce témoignage, recueilli sur place, n’est pas une exception. Il incarne la réalité quotidienne que révèle, chiffres à l’appui, le rapport national JENFSA 2025 de l’Institut National de la Statistique (INS) – l’organisme officiel de la RDC chargé de produire les statistiques nationales. Publié le 3 mai 2026, il dresse un constat implacable : le Sud-Kivu affiche 87,7 % de ménages en pauvreté structurelle et le Nord-Kivu 73,6 %.

Les deux provinces les plus touchées du pays

Loin d’être une fatalité géographique, cette misère est le fruit direct d’une économie de predation parfaitement huilée par la rébellion M23/RDF et ses soutiens rwandais. Le M23/RDF ne cesse de vanter sa « bonne gouvernance ». Sur ses chaînes de propagande et dans les zones sous son contrôle, les rebelles se présentent comme des administrateurs modèles : checkpoints « organisés », taxes « pour la sécurité », quelques puits creusés, une administration parallèle qui délivre des permis. « Nous apportons l’ordre là où Kinshasa a échoué », clament-ils.

Mensonge cynique et dévastateur. Les rebelles ont purement et simplement détruit l’économie des deux Kivus.

Avant leur offensive majeure de 2025 et la prise de Goma puis Bukavu, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu figuraient parmi les provinces les plus dynamiques et productives de la RDC. En 2023, ils produisaient à eux seuls 33 558 tonnes de cassitérite, 1 918 tonnes de coltan, 812 tonnes de wolframite et plus de 5 000 kg d’or exportés pour 301 millions de dollars. Goma était un hub commercial florissant, le grenier agricole de l’Est tournait à plein régime avec bananes, café, élevage et pêche.

Malgré des conflits antérieurs, ces provinces généraient une richesse réelle grâce à l’agriculture, au commerce transfrontalier et à l’exploitation minière artisanale et semi-industrielle.

Aujourd’hui, cette économie vivante a été rasée

Le M23/RDF a bâti une administration parallèle qui remplace l’État congolais : checkpoints tous les dix kilomètres, taxes sur les ménages, sur le commerce, sur les récoltes, sur le transport. Même les permis d’exploitation minière sont délivrés par les rebelles. Rubaya, l’une des plus grandes mines de coltan au monde (15 % de la production mondiale), est devenue leur joyau. Selon les experts de l’ONU, le M23 y perçoit environ 800.000 dollars par mois rien qu’en taxes sur le coltan.

Et où va cet argent ? Directement vers le Rwanda. En 2024 déjà, 150 tonnes de coltan avaient franchi la frontière ; en 2025, jusqu’à 120 tonnes par mois. Kigali, qui ne dispose pas de tels gisements sur son sol, voit ainsi ses exportations de minerais exploser. Une économie non seulement détournée, mais littéralement détruite au profit d’un voisin qui finance, arme et commande.

Pour la population locale, le résultat est une chosification méthodique. On ne parle plus de citoyens, mais de contribuables forcés.

Un paysan qui refuse de payer la « taxe de sécurité » voit ses champs brûlés.

L’agriculture, pilier historique de ces provinces fertiles, est paralysée : qui oserait investir dans des semences quand une incursion peut tout ravager du jour au lendemain ?

Les routes sont coupées, les marchés désertés, les écoles fermées ou transformées en casernes. Résultat : impossible d’accumuler le moindre capital. La pauvreté devient structurelle, inscrite dans le quotidien comme une seconde nature.

Le cercle vicieux est infernal. L’insécurité empêche toute activité économique normale ; l’économie de prédation du M23/RDF a besoin de cette insécurité pour exister et se financer. Plus les rebelles taxent, plus les populations s’appauvrissent. Et pendant ce temps, à Kigali, les statistiques d’exportation de coltan et d’or flambent.

Tant que le M23 tiendra les clés de cette économie parallèle, les Kivus resteront les provinces les plus pauvres du pays alors qu’elles étaient parmi les plus riches.

Pas par manque de ressources. Mais parce que ces ressources, aujourd’hui, nourrissent une autre pays plutôt que les populations des deux Kivus, devenues les plus pauvres de la RDCongo.

Eugène Diomi Ndongala, Démocratie Chrétienne, DC

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