Martin Fayulu a tort. Pas à moitié. Il a tort sut toute la ligne (Jean-François Le Drian)

En exigeant que le dialogue intercongolais accueille le M23, l’AFC et Joseph Kabila, il ne propose pas une solution de paix.

Il propose de reconduire le plus vieux marché de la guerre congolaise : prendre les armes, occuper le territoire, tuer, administrer illégalement, puis exiger une chaise, une amnistie et, demain, un poste.

C’est exactement ce que le pays a déjà payé. C’est exactement ce qu’il faut casser.

Sa formule — « Je n’exclus ni Kabila, ni le M23, ni l’AFC » — n’a rien d’une hauteur d’État. C’est une capitulation déguisée en sagesse.

Dire que le M23 n’est « pas une opposition » tout en réclamant sa place à la table nationale, c’est se contredire.

Un groupe rebelle n’entre pas dans un dialogue souverain comme une composante politique.

Il y entre, si on le laisse faire, comme un chantage territorial.

Fayulu le sait : il dit lui-même que l’exclure donnerait un « prétexte à la balkanisation ».

Autrement dit, il accepte le chantage.

Il transforme l’occupation en argument d’inclusion.

C’est le contraire d’une politique. C’est une reddition intellectuelle.

« Dans le M23 il y a des Congolais » n’efface rien.

Il y a des Congolais dans presque toutes les milices qui ont saigné l’Est.

Cela n’a jamais fait de leurs chefs des interlocuteurs légitimes d’une refondation nationale.

Et l’appel à « parler aussi au Rwanda » achève le glissement : on passe d’un dialogue entre Congolais à une validation de l’agression.

On ne reconstruit pas un État en invitant ceux qui le démembrent.

Cette position n’est pas seulement faible.

Elle est dangereuse, parce qu’elle recycle le mensonge de la justice transitionnelle à l’congolaise : amnistier, intégrer, promouvoir, recommencer.

Depuis vingt ans, l’amnistie n’a pas supprimé la guerre. Elle l’a professionnalisée.

Grades, brassage, postes, puis défection, puis nouveau groupe, puis nouvelle table.

Les mêmes réseaux. Les mêmes crimes. La même impunité.

Human Rights Watch le documente sans détour : trop souvent, les responsables n’ont pas été jugés ; ils ont été récompensés.

L’impunité n’est pas un accident du processus. Elle en est le carburant.

La recherche le confirme. Les amnisties générales, surtout pour des crimes graves, ne « pacifient » pas durablement.

Elles abaissent le coût du crime

Elles enseignent qu’on peut massacrer, piller, administrer une ville volée, puis négocier son confort.

Une étude publiée dans le Journal of Global Security Studies montre que les lois d’amnistie sont associées à davantage d’impunité, et que ce type de dispositif fige les rapports de force au lieu de les réformer.

Trejo et d’autres ont montré que l’amnistie peut même accompagner une hausse de la violence, parce que le message envoyé est simple : faire du mal reste rentable.

Louise Mallinder résume le fond : pour une partie de la littérature, l’amnistie n’est pas un pilier de justice ; c’est une forme d’impunité qui nie le droit des victimes à la vérité, à la réparation et à la sanction.

Alors il faut le dire sans détour : Une « justice transitionnelle » qui ouvrirait aujourd’hui une voie d’amnistie au M23, à l’AFC ou à Kabila ne serait pas un instrument de réconciliation.

Ce serait un encouragement, pour dix ou vingt ans encore, à la rébellion armée contre Kinshasa.

Créer un groupe, tenir une ville, attendre le dialogue, s’asseoir, obtenir l’immunité : voilà le modèle que Fayulu refuse de briser.

Soit il ne raisonne pas

Soit il cherche surtout une rupture d’affichage avec Félix Tshisekedi, un espace politique à part, une existence par la différence.

Être dans l’opposition pour être dans l’opposition n’est pas une stratégie. C’est une vanité.

Tshisekedi a raison :

Exclure le M23 comme composante politique du dialogue national, refuser de convertir une conquête par la force en légitimité : c’est la seule ligne qui s’inscrit dans la durée.

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