McCarthy, l’élève de Mourinho, orchestre un braquage tactique historique du Kenya contre le Maroc

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Quand le coup de sifflet final a retenti à Nairobi, le vacarme était assourdissant — non seulement dans les tribunes du stade Moi International Sports Centre, mais aussi à travers tout le continent africain, abasourdi par ce qu’il venait de se produire.

Le Kenya, qui faisait ses débuts dans le Championnat d’Afrique des Nations (CHAN), venait de terrasser le Maroc, double champion en titre, sur le score de 1-0 — et ce, après avoir disputé toute la seconde mi-temps à dix contre onze.

Ce n’était pas juste une surprise. C’était un casse tactique, une masterclass défensive, pensée et exécutée par Benni McCarthy — un homme qui a appris les « arts sombres » de la survie tactique auprès du maître en la matière : José Mourinho.

De Kasarani aux manuels de la Ligue des champions

L’instant décisif est survenu à la 42e minute, quand Ryan Ogam a surgi sur un ballon mal dégagé et l’a expédié dans les filets d’El Mehdi Al Harrar. Le stade a explosé de joie.

Mais à peine deux minutes plus tard, le match basculait. Le milieu Chrispine Erambo, d’abord averti pour un tacle sur Anas El Mahraoui, voyait finalement son carton transformé en rouge direct après intervention du VAR.

Le Kenya allait devoir tenir tout le second acte en infériorité numérique face à l’une des équipes les plus titrées du CHAN. Pour la plupart des entraîneurs, cela aurait été un cauchemar. Pour McCarthy, c’était un scénario bien connu, tiré tout droit du manuel de Mourinho.

«J’ai joué sous les ordres d’un certain José Mourinho — le maître de la gestion de match dans ce genre de situation », a confié McCarthy en conférence de presse d’après-match.

« Jouer à dix, c’est un enfer. Mais avec lui, c’était presque devenu une routine. J’ai appris où resserrer, qui sacrifier… »

Le « Mourinho style », à la sauce Kenyane

McCarthy n’est pas un inconnu des grandes batailles défensives. Il a soulevé la Ligue des champions avec Porto sous Mourinho et vécu d’innombrables rencontres où le mental et la discipline prenaient le pas sur le spectacle.

«Ce n’est pas toujours beau à voir pour les supporters, mais parfois il faut s’accrocher à son avance, coûte que coûte », expliquait-il.

« Les défenseurs doivent parfois faire le travail des milieux ou des attaquants. Mourinho disait : « Tu perds un joueur ? Tu retires un attaquant, tu laisses un seul guerrier devant, et derrière tu gares le bus. » Nous, on a carrément garé un train ET un bus !»

Et c’est exactement ce qu’a fait le Kenya. Bryne Omondi, déjà impérial lors du match nul 1-1 contre l’Angola, s’est transformé en mur humain face aux assauts marocains.

Derrière lui, Sylvester Owino et Mike Kibwage ont gagné tous les duels aériens. Sur les côtés, Siraj Mohammed et Lewis Bandi ont muselé les menaces marocaines.

Bis repetita après le chaos contre l’Angola

Fait incroyable : c’est la deuxième fois d’affilée que les Harambee Stars doivent évoluer à dix. Contre l’Angola, Marvin Nabwire avait lui aussi vu son carton jaune transformé en rouge, obligeant l’équipe à batailler pour un point.

«Croyez-moi, j’aurais préféré finir avec onze sur le terrain », a soufflé McCarthy.

« Deux matches de suite, c’est dur. Aujourd’hui, c’était encore plus cruel — le joueur voulait dégager, il a complètement manqué le ballon et a heurté le Marocain au tibia. Un accident. »

Malgré cela, le Kenya reste invaincu dans cette phase de groupes du CHAN : deux victoires et un nul en trois matchs.

Le spectacle attendra

McCarthy sait que son style pragmatique ne fait pas l’unanimité, mais il assume.

« Notre objectif, c’est de faire briller le pays, pas de séduire tout le monde », affirme-t-il.

«Quand tu mènes, tu protèges ton avantage, peu importe ce que ça coûte. »

Ses choix de joueurs ont suscité des débats, mais là aussi, il reste droit dans ses bottes :

«Ce sont des joueurs que j’ai vus à l’œuvre, que je connais. Tu ne prends pas quelqu’un juste parce qu’il a brillé deux ou trois fois. Tout le monde ne sera pas satisfait… mais moi, je sais reconnaître le talent.»

Une page d’histoire à écrire

Cette victoire place le Kenya aux portes d’une qualification historique pour les quarts de finale, dès sa première participation. Une victoire face à la Zambie dans le dernier match assurerait la première place du groupe A. Un nul pourrait même suffire.

Le Maroc, de son côté, devra rebondir pour éviter une sortie précoce, lui qui restait sur 14 matchs sans défaite au CHAN.

Pour McCarthy, cette victoire a aussi un goût personnel. En 1998, il avait marqué contre le Maroc en Coupe d’Afrique. Aujourd’hui, près de 30 ans plus tard, il vient peut-être de changer à jamais la trajectoire du football kényan.

«C’est l’art que j’ai appris avec Mourinho », a-t-il conclu en souriant.

« Ça nous a bien servi sur les deux derniers matchs. Mais contre la Zambie… s’il vous plaît, pas de cartons jaunes, pas de rouges ! »

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