Mohammad Ishaq Dar et Wang Yi ont annoncé une proposition conjointe en cinq points visant à rétablir la paix et la stabilité dans la région
Pour quiconque réfléchit sérieusement aux bouleversements incroyables qui secouent l’ordre mondial – dont le système financier prédateur sur lequel il repose a saigné à blanc la plupart des économies mondiales depuis plus de cinquante ans – il apparait clairement qu’à un moment où l’humanité risque de franchir le seuil sans retour de la guerre nucléaire, nous sommes pourtant tout aussi proches de l’avènement d’un paradigme entièrement nouveau, régi par un ensemble de principes radicalement différents de ceux sur lesquels repose le « système de type Epstein » de Wall Street et de la guerre.
Des voix respectées sont de plus en plus nombreuses à constater que nous sommes en pleine restructuration de l’ordre mondial, dont il faut espérer qu’il mène à l’établissement d’un monde multipolaire durable et juste.
Pour le moment, cette transformation ressemble davantage à un effondrement généralisé bien que des efforts considérables se poursuivent pour empêcher cette effondrement de dégénérer en une spirale incontrôlable. Tout juste après une réunion avec ses homologues saoudiens, turcs et égyptiens à Islamabad, le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Mohammad Ishaq Dar, s’est rendu à Pékin mardi et a rencontré le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, pour discuter des moyens de faire reculer l’escalade de la guerre en Iran. À l’issue de la réunion, les deux nations ont annoncé une proposition conjointe en cinq points visant à rétablir la paix et la stabilité dans la région.
Le même jour, le président égyptien El-Sissi a lancé un appel urgent au président Trump pour qu’il mette fin à la guerre : « Au nom de l’humanité, et au nom de tous ceux qui aiment la paix… Je vous adresse ce message personnellement, en mon nom, au nom de toute la région et au nom du monde entier. Compte tenu des graves conséquences que la poursuite de cette guerre entraînerait, je vous prie de contribuer à y mettre un terme. Vous en avez les moyens. » El-Sissi a ensuite évoqué la crise énergétique qui s’abat sur l’économie mondiale, mettant en garde contre les répercussions dangereuses pour l’économie mondiale qui n’aboutiront qu’à « des pertes et à la destruction » pour tous.
De même, le pape Léon XIV, dans des propos tenus devant des journalistes le 31 mars, a déclaré : « On m’a rapporté que le président Trump avait récemment déclaré qu’il souhaitait mettre fin à la guerre. Espérons qu’il cherche une « issue ». Espérons qu’il cherche un moyen de réduire la violence et les bombardements, ce qui contribuerait grandement à éliminer la haine qui se crée et ne cesse de croître au Moyen-Orient et ailleurs. »
Selon certaines informations, le président Trump envisagerait de mettre fin à la campagne militaire contre l’Iran avant même d’avoir atteint l’objectif démentiel consistant à prendre le contrôle du détroit d’Ormuz. La raison invoquée serait de respecter le calendrier (sic…) de « quatre à six semaines » prévu pour la guerre, mais la réalité est que la résistance croissante à l’intérieur et à l’extérieur des États-Unis, ainsi que l’imminence d’un effondrement catastrophique tant de l’économie financière que de l’économie réelle, pèsent lourdement.
Comme on pouvait s’y attendre, le parti de la guerre n’apprécie pas : Suzanne Maloney, vice-présidente de la Brookings Institution, belliciste et co-auteure de la feuille de route vers la guerre en Iran, a dénoncé l’idée de mettre fin à la guerre comme étant « incroyablement irresponsable ».
Et pourtant, le changement de l’ordre mondial est inéluctable. Le système impérialiste ne peut perdurer et s’effondre légitimement sous le poids de sa propre perversité et de sa violation des lois naturelles.
Le biogéochimiste Vladimir I. Vernadski a décrit ce phénomène dans sa réflexion sur le développement de la civilisation humaine. Dans ses écrits de la première moitié du XXe siècle, Vernadski a observé que, en tant que seule espèce douée de raison, l’humanité apporte à la planète dans son ensemble un développement unique et d’un ordre supérieur, porté par l’application des principes découverts qui remodèlent profondément la géologie de la Terre — et au-delà. Il a appelé « noosphère » ce nouvel état de la planète, dans lequel l’esprit joue un rôle dominant dans les processus de modelage. L’unité croissante de l’humanité, qui se rassemble sous l’autorité de la vérité scientifique et s’efforce de créer des formes de gouvernement et de gouvernance cohérentes avec l’égalité démontrable de tous, est, insiste Vernadsky, un processus géologique naturel.
« L’humanité prise dans son ensemble est en train de devenir une puissante force géologique », écrivait Vernadsky en 1945. « Se pose alors le problème de la reconstruction de la biosphère dans l’intérêt d’une humanité libre de penser en tant que totalité unique… Ce nouveau processus géologique élémentaire se déroule en une période tumultueuse, à l’époque d’une guerre mondiale destructrice. Mais le fait important est que nos idéaux démocratiques sont en accord avec les processus géologiques élémentaires, avec la loi de la nature et avec la noosphère. C’est pourquoi nous pouvons envisager l’avenir avec confiance. Il est entre nos mains. Nous ne le laisserons pas nous échapper. »
Les dangers vertigineux auxquels se trouve confronté l’humanité mais également la perspective d’un nouveau parradigme seront au coeur de la table ronde d’urgence du lundi 6 avril, réunissant des voix de premier plan du monde entier.
