Mon opinion (Avis du cabinet juridique des LÉGALISTES) 

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L’histoire récente de la politique étrangère américaine révèle une vérité simple : chaque Président défait ce que son prédécesseur a construit. Obama a misé sur le multilatéralisme, le climat, l’Iran et l’OMS ; Trump I a tout renversé ; Biden a tout remis en place ; Trump II défait à nouveau. Cette diplomatie à géométrie variable, où chaque mandat efface le précédent, produit des accords fragiles, éphémères et surtout opportunistes.

C’est dans ce désordre stratégique qu’apparaît l’accord RDC–Rwanda signé sous l’impulsion de Trump II. Un accord qui n’engage ni le Congrès américain ni le Parlement congolais : il repose uniquement sur la volonté d’un président qui signe des textes comme il tweete, sans vision de long terme et sans cadre institutionnel solide. Demain, un autre président américain pourra simplement l’annuler d’un trait de plume. Et à Kinshasa, aucun député, aucun sénateur n’a eu à se prononcer sur un engagement pourtant présenté comme majeur pour la paix dans les Grands Lacs.

La vérité est que cet accord n’apporte pas la paix, parce qu’il ne traite pas du cœur du problème : la présence des troupes rwandaises sur le sol congolais. Comment parler de paix quand un pays voisin, officiellement, officieusement, militairement, se maintient en territoire congolais ? Comment prétendre résoudre un conflit sans exiger le retrait immédiat, total et vérifiable de forces étrangères ? L’accord n’impose aucune contrainte au Rwanda, ne fixe aucun mécanisme de contrôle, ne prévoit aucune sanction en cas de violation. C’est un texte vide, un simple emballage diplomatique offert à Trump pour afficher un succès artificiel dans une région qu’il ne comprend pas.

Ce qui choque, dans cette séquence, c’est la posture de capitulation implicite qui s’en dégage. Accepter un accord où le Rwanda ne cède rien, ne change rien, ne promet rien, revient à légitimer la présence de facto de ses troupes au Kivu. C’est entériner une agression en prétendant la résoudre. C’est offrir une victoire politique à Trump et une carte blanche à Kigali, tout en demandant au peuple congolais de croire qu’un document sans garanties pourrait ramener la paix.

La RDC, pays souverain, ne peut plus se permettre de signer des accords qui ne protègent ni son territoire ni sa population. La paix ne viendra jamais d’un texte improvisé dans un bureau à Washington, encore moins d’un arrangement diplomatique qui ignore les réalités militaires au sol. La paix viendra d’une position ferme, assumée, exigeante : reconnaître les causes, nommer les responsabilités et imposer le respect non négociable de la souveraineté nationale.

En attendant, l’accord RDC–Rwanda restera ce qu’il est : un geste opportuniste destiné à flatter la communication de Trump, sans valeur juridique solide, sans légitimité institutionnelle et sans impact réel sur la sécurité des Congolais. Un accord fragile, contestable et voué à disparaître avec le prochain changement de pouvoir à Washington. Autrement dit, un mirage diplomatique de plus.

 

DR TAMBWE MBUYI THÉOPHILE

HAUT CADRE DE L’UDPS

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