Monique Ngock, de ses larmes d’enfant au rêve de sacre avec le Cameroun

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À 21 ans, la milieu des Lionnes Indomptables s’apprête à disputer la première finale de TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations Féminine de sa carrière. Dix ans après avoir pleuré devant la défaite du Cameroun face au Nigeria à Yaoundé, elle veut écrire l’histoire de son pays.

Le destin a parfois une mémoire étonnante.

Lorsque le Cameroun disputait sa dernière finale de la Coupe d’Afrique des Nations féminine, en décembre 2016, Monique Ngock n’avait que 12 ans, deux mois et seize jours. Une enfant parmi des millions de supporters, installée devant sa télévision, persuadée que cette soirée allait changer le football féminin camerounais.

Dix ans plus tard, c’est elle qui conduira les Lionnes Indomptables vers une nouvelle tentative de conquête continentale, dimanche face au Malawi, à Rabat.

Yaoundé 2016, le souvenir fondateur

Cette finale reste gravée dans la mémoire collective du Cameroun. Pays hôte, les Lionnes avaient renversé toutes les attentes jusqu’à retrouver l’intouchable Nigeria dans un stade Ahmadou Ahidjo incandescent. Les tribunes débordaient de vert, de rouge et de jaune bien avant le coup d’envoi. Le pays tout entier croyait enfin à un premier sacre.

Sur le terrain, les Camerounaises de Christine Manie ont résisté, poussé, dominé par séquences. Puis, à quatre minutes du terme, Desire Oparanozie a réduit Yaoundé au silence.

Ngock, elle, n’a jamais oublié ce moment.

« J’ai pleuré toute la soirée. Pour moi, cette victoire aurait pu changer beaucoup de choses. Je me disais que si le Cameroun devenait champion, peut-être que ma famille finirait par croire qu’une fille pouvait réussir dans le football. »

À l’époque, sa passion est loin de faire l’unanimité à la maison. Le ballon rond apparaît davantage comme une rébellion que comme un avenir.

Une génération qui a vacillé

Les Lionnes poursuivent leur quête deux ans plus tard, au Ghana. Elles tombent encore face au Nigeria, cette fois en demi-finales aux tirs au but, avant de décrocher le bronze et leur billet pour le Mondial 2019.

En France, le Cameroun atteint les huitièmes de finale grâce notamment au doublé d’Ajara Nchout contre la Nouvelle-Zélande. L’avenir semble prometteur.

Il ne le sera pas.

Pour la première fois depuis la création de la CAN féminine en 1998, le Cameroun manque deux éditions consécutives. Une crise sportive inédite secoue tout le pays.

Puis survient ce que les joueuses appellent aujourd’hui « le miracle de novembre ».

L’élargissement du tournoi de 12 à 16 équipes offre une seconde chance aux Lionnes, repêchées grâce au classement mondial.

« Quand j’ai appris la nouvelle, j’étais sous le choc. Je savais que ma première CAN arrivait enfin. C’était notre occasion de prouver que le Cameroun avait toujours sa place parmi les grandes nations africaines », raconte Ngock.

La revanche d’une enfant

À 21 ans, la milieu défensive mesure le chemin parcouru.

« Après la finale de 2016, je m’étais promis qu’un jour, si Dieu m’en donnait l’occasion, je ramènerais ce trophée au Cameroun. Aujourd’hui, jouer cette finale ressemble à un rêve. »

Le parcours des Lionnes rend cette aventure encore plus improbable.

Jamais annoncées parmi les favorites, elles ont pourtant éliminé trois des quatre demi-finalistes de la précédente édition : le Ghana en phase de groupes, le Nigeria en quarts, puis le Maroc, pays organisateur, en demi-finales après une séance de tirs au but maîtrisée.

Une épopée bâtie sur la solidarité bien plus que sur le statut.

« Beaucoup se demandent comment une équipe qui n’était même pas censée participer au tournoi se retrouve en finale. Nous savons d’où nous venons. Nous n’avons rien à perdre, et c’est notre plus grande force. »

Le cœur du jeu camerounais

Au milieu de terrain, Ngock est devenue le véritable métronome du Cameroun.

Récupératrice infatigable, capable de casser les lignes par la passe comme par la conduite, elle incarne l’équilibre de cette sélection. Son influence dépasse désormais le rectangle vert.

Lors de la demi-finale face au Maroc, lorsque Colette Ndzana quitte la pelouse, c’est à Ngock que revient naturellement le brassard de capitaine.

Un symbole.

« Représenter le Cameroun est le plus grand honneur de ma carrière. Au début du tournoi, en accompagnant Gabrielle Aboudi Onguéné en conférence de presse, j’ai aperçu le trophée dans les couloirs. Je l’ai touché en me disant : ce serait extraordinaire de repartir avec lui. »

Jouer pour celles qui viendront après

Si cette finale revêt une dimension aussi personnelle, c’est parce qu’elle dépasse le football.

Privée de soutien lorsqu’elle était enfant, Ngock veut aujourd’hui devenir le modèle qu’elle n’a jamais eu.

« Nous ne jouons pas seulement pour nous. Nous voulons que les petites filles regardent cette équipe et se disent : un jour, moi aussi, je peux y arriver. »

Dimanche soir, au stade Moulay El Hassan de Rabat, Monique Ngock retrouvera le rendez-vous qui a façonné son enfance.

Cette fois, elle ne regardera plus la finale depuis son salon. Elle en sera l’une des actrices principales, avec une seule obsession : offrir enfin au Cameroun le premier titre continental qui lui échappe depuis toujours.

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