Mukoko Samba veut protéger le petit commerce sans fermer l’économie (Par Nico Minga, économiste et géostratège)

Mukoko Samba veut protéger le petit commerce sans fermer l’économie  (Par Nico Minga, économiste et géostratège)

La bataille du commerce de détail est devenue un enjeu de souveraineté économique en RDC. À compter de la fin septembre 2026, le gouvernement entend faire appliquer avec davantage de rigueur la législation réservant cette activité aux nationaux.

À Kinshasa, près de 2 700 opérateurs étrangers ont déjà été recensés et géolocalisés dans les 24 communes. S

elon le Vice-Premier ministre, ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, moins de 10 % relèvent des catégories autorisées. Plus de 2 400 opérateurs pourraient ainsi être appelés à se mettre en conformité, à réorienter leurs activités ou à quitter le segment du commerce de détail.

Mais l’enjeu dépasse largement les boutiques de proximité. Il s’agit de savoir qui contrôle le dernier kilomètre de l’économie congolaise, qui capte les marges commerciales et où s’accumule le capital issu de millions de transactions quotidiennes.

La base juridique n’est pas nouvelle. La loi du 5 janvier 1973 réservait déjà certaines activités commerciales aux Congolais, principe réaffirmé par l’ordonnance-loi du 8 septembre 2022 relative à l’entrepreneuriat.

Le gouvernement cherche aujourd’hui à redonner toute sa portée à cette préférence nationale après plusieurs décennies de dérogations, de tolérances et de contournements.

La démarche portée par Daniel Mukoko Samba n’est toutefois pas synonyme de fermeture au capital étranger. Les activités à forte intensité de capital, telles que les supermarchés, la logistique, la pharmacie, l’automobile, l’électronique, l’hôtellerie ou les stations-service, restent accessibles sous certaines conditions.

Favoriser leur première accumulation de capital L’approche se veut donc équilibrée et elle réserve aux entrepreneurs congolais les espaces susceptibles de favoriser leur première accumulation de capital, tout en orientant l’investissement étranger vers les segments où il apporte financement, technologie, infrastructures, emplois et valeur ajoutée. C’est cette articulation entre préférence nationale et ouverture économique qui donne à la réforme sa cohérence.

Le Recensement général des entreprises avait identifié environ 384 000 unités commerciales, soit près de 65,5 % des unités économiques recensées. Une très large majorité évoluait encore dans l’informalité.

Le défi est donc considérable et exige courage politique, constance et capacité d’exécution : faire respecter la loi tout en permettant aux Congolais d’occuper durablement les activités qui leur sont réservées.

C’est là que réside également le principal risque. Pour réussir pleinement, la réforme devra également permettre aux entrepreneurs congolais d’accéder au fonds de roulement, au crédit fournisseur, aux grossistes, aux infrastructures de stockage et aux capacités logistiques. C’est à cette condition que la réforme pourra éviter une simple congolisation de façade fondée sur des prête-noms et produire, au contraire, un véritable transfert d’opportunités économiques.

Le benchmark africain va dans le même sens. Au Ghana, le petit commerce de marché, le colportage et la vente sur étal restent réservés aux nationaux. Depuis l’entrée en vigueur, le 15 juillet 2026, du nouveau Ghana Investment Promotion Authority Act, une entreprise étrangère de trading doit investir au moins 500 000 USD en capital et employer une main-d’œuvre composée à au moins 75 % de Ghanéens qualifiés.

Le Botswana réserve également 19 catégories de licences commerciales à ses citoyens. Depuis juillet 2025, la Tanzanie a renforcé les restrictions visant certaines activités exercées par des non-citoyens. La Zambie associe préférence nationale, financement et dispositifs d’autonomisation économique.

Plus récemment encore, le président kényan William Ruto a ordonné, le 2 septembre 2026, une offensive contre les étrangers actifs dans le colportage et le petit commerce, tout en appelant à accélérer l’adoption d’un nouveau cadre légal de contenu local.

La souveraineté commerciale ne se décrèt

La RDC s’inscrit ainsi dans une tendance africaine plus large : mieux structurer le marché intérieur sans renoncer à l’investissement étranger.

La souveraineté commerciale ne se décrète pas, elle se structure. C’est tout l’intérêt de l’approche défendue par Daniel Mukoko Samba. Elle poursuit trois objectifs complémentaires : faire respecter la loi, prévenir le recours aux prête-noms et renforcer les capacités économiques des entrepreneurs congolais afin qu’ils puissent réellement occuper les segments qui leur sont réservés.

Le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Économie nationale, préconise également plusieurs mesures destinées à éviter une perturbation de l’offre. La réorganisation de centaines de commerces pourrait créer des tensions sur le riz, l’huile, le savon ou d’autres produits essentiels. La réforme s’accompagne d’un suivi étroit des prix, des stocks et des circuits d’approvisionnement afin de protéger le consommateur autant que l’entrepreneur.

Le succès ne se mesurera donc pas au nombre de boutiques fermées après septembre, mais au nombre d’entrepreneurs congolais capables de reprendre ces activités, de les développer et, demain, de passer du détail au gros, de la distribution à la transformation, puis à l’industrie.

L’ambition est de faire du commerce la première école d’accumulation du capital national. En ce sens, Daniel Mukoko Samba ne cherche pas à opposer souveraineté économique et investissement étranger. Il cherche à organiser la place de chacun dans la chaîne de valeur. Aux entrepreneurs nationaux les espaces nécessaires à leur émergence et aux investisseurs étrangers les secteurs où leur capital renforce réellement les capacités productives du pays.

Une économie souveraine n’est pas une économie fermée C’est une économie qui sait protéger ses entrepreneurs, orgwaniser son marché et accueillir le capital extérieur là où il contribue durablement à la puissance économique nationale.

 

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junior

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