Pages d’opinions libres de Jean-Claude Katende : « Ce que je crains pour le Congo… »

0
IMG_202505146_142607003

Ce que je crains pour le Congo, c’est un coup de force d’où qu’il vienne. Qu’il soit destiné à conserver le pouvoir ou à le conquérir. Depuis la Constitution de 2006, le peuple congolais dans son ensemble a convenu que les élections restent le seul mode d’accéder au pouvoir et de le conserver.

Il y a quelques mois, avant la prise de Goma par l’AFC/M23, le Président Tshisekedi et ses amis ne juraient que par le changement de la Constitution. La détermination et la menace utilisées pour faire accepter à tous les congolais ce changement de la Constitution faisaient croire que le Président Tshisekedi voulait ce changement pour se donner la possibilité de rester au pouvoir au-delà de 2028, année de la fin de son deuxième et dernier mandat. Ce qui faisait craindre un coup de force constitutionnel.

Dans un meeting à Lubumbashi, le Président Tshisekedi disait ceci : « Je vous confirme encore ce que j’avais dit à Kisangani. L’année prochaine, je vais réunir une commission chargée de réfléchir sur la Constitution. Qui est celui-là qui va m’interdire, moi le garant de la nation, de modifier la Constitution ? ». Une déclaration d’un homme qui croyait avoir toutes les cartes entre ses mains pour faire ce qu’il voulait.

Le Président était allé loin en menaçant même ceux qui étaient opposés à ce coup de force constitutionnel : « Et je mets en garde tous ceux, politiques et autres qui voudraient aller dans le sens de manipuler notre population. Ils seront exposés à des poursuites… ».

Cette commission dont avait parlé le Président Tshisekedi devrait être mise en place au début de cette année 2025. C’est la prise de Goma par l’AFC/M23 qui a retardé le processus de changement de la constitution planifié par le Président de la République.

C’est avant-hier, après avoir écouté le discours de l’ancien Président, M. Joseph Kabila, que j’ai compris que chaque camp pense à un coup de force contre l’autre.

Si le Président Tshisekedi pense au coup de force constitutionnel pour conserver le pouvoir, l’ancien Président Kabila penserait à un autre type de coup de force, pour dire mieux, il pense à chasser le Président Tshisekedi et accéder au pouvoir ou y faire accéder quelqu’un de son camp.

Une analyse objective de son discours fait penser à cette hypothèse. C’est pourquoi quelques minutes après son discours, j’avais écrit sur mon compte X que « le discours du Président Kabila n’avait rien de républicain ».

Au vu des derniers développements, la dissolution envisagée de son parti politique le PPRD et la levée de ses immunités facilitant des poursuites contre sa personne, le Président Kabila a compris que le Président Tshisekedi veut le neutraliser politiquement.

Le Président Tshisekedi aussi sait que s’il veut changer la Constitution, le PPRD et le Président Kabila pourraient l’empêcher d’y arriver. Le PPRD a au moins une assise et des alliés dans le pays, et le Président Kabila a des moyens financiers suffisants pour organiser la résistance au plan du Président Tshisekedi. D’où le plan de chaque camp de neutraliser l’autre.

D’où la détermination du Président Kabila de neutraliser aussi le Président Tshisekedi. Cette thèse découle de certains éléments de son discours notamment :

– Le refus de citer le nom du Président Tshisekedi tout au long de son discours ;

– La dictature doit prendre fin… Mais comment ?

– Militaire j’ai juré de défendre la patrie jusqu’au sacrifice suprême…. Je demeure fidèle à ce serment…. Mais le Président Kabila n’est plus militaire à ce que je sache. Pourquoi il reprend sa casquette de militaire ? S’il redevient militaire, il doit savoir qu’il ne peut plus faire la politique.

Pourquoi il ne se rappelle pas le serment qu’il avait fait en tant que Président de la République, seulement celui fait en tant que militaire ?

Pourquoi penser à la mort alors que le changement, selon la constitution et les lois qu’il entend respecter ne peut être opéré que par la voie pacifique…

– Mobilisons-nous et profitons de tous les moyens mis à notre disposition pour rétablir l’unité nationale… En démocratie, les moyens mis à la disposition des citoyens sont limités…. En parlant de tous les moyens, il n’exclut pas un coup de force.

Il ressort de tout ça que le coup de force est envisagé de part et d’autre. Mais que devient le peuple dans ce bras de fer ? Il est totalement oublié par les uns comme par les autres alors que c’est à lui qu’appartiennent le pays et le pouvoir de choisir qui doivent être ses dirigeants.

Il est clair pour moi que le peuple doit prendre conscience que les deux camps en présence ne se battent pas pour lui, mais pour la préservation de leurs intérêts personnels ou pour leur survie politique.

Il faut que le peuple s’organise pour résister aux deux camps et trouver une autre voie qui préserve le Congo et ses intérêts.

La situation est grave et le pays en danger : c’est la raison de ma crainte.

Qui vivra, verra

Que Dieu protège notre pays et notre peuple.

Que tous les coups de force de part et d’autre échouent.

Que la démocratie triomphe à jamais au Congo.

Prière de partager largement cette page.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *