Pendant que Bertrand Bisimwa implique l’Est swahiliphone dans les revendications du M23, Kinshasa semble capter mal le message !
Hier, l’homme réclamait les terres appartenant, à l’en croire, à la communauté rwandophone avant la formalisation de la reconnaissance de l’Etat Indépendant du Congo en 1885. Aujourd’hui, il se fait défenseur de l’Est swahiliphone partageant les frontières communes avec le Soudan du Sud, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie et la Zambie avec pour épicentre le Kenya !
Numéro 2 de la coalition M23-AFC, Bertrand Bisimwa se (re)met ainsi au centre de la polémique en reparlant de Berlin II sans toutefois évoquer à haute voix ce forum. Au cours d’une intervention sur une chaîne de télévision, il a fait la déclaration selon laquelle « _’Le Congo nous a trouvés sur nos terres. Lorsqu’on a créé le Congo 1885, nous étions sur notre sol. Si le Congo ne veut plus des Baswahili, le Congo doit partir et nous laisser nos terres. Si le Congo ne veut plus des Batutsi dans cet espace où ils étaient, le Congo doit partir et leur laisser leur terre ».
D’abord une affaire de terres, une affaire foncière…
Y a-t-il quelque chose de nouveau dans cette prestation de mars 2025 comparée à celle de septembre 2023 ? Oui et Non.
Oui en ce que, cette fois-ci, la revendication des terres s’étend aux Swahiliphones, euphémisme désignant les ressortissants de la partie Est du pays allant de l’Orientale au Katanga via le Kivu, du moins dans la configuration du Congo post-indépendance avec ses six provinces. Les trois autres sont de l’Ouest (Équateur, Léopoldville et Kasaï), même si ce dernier préfère se positionner au Centre.
Non en ce que dans sa prestation de 2023, Bertrand Bisimwa limitait la revendication aux terres qu’il continue de qualifier de « rwandophones ».
Bien entendu, cette revendication est la même que celle de Paul Kagame en 2023 et de Pasteur Bizimungu en 1998.
La constante est là comme pour nous le signifier : la question prioritaire est foncière avant d’être politique et économique.
Or, une affaire de terre, dans la culture Kongo par exemple, ne se traite jamais avec le fusil ou le couteau. Ça requiert intelligence et sagesse. On va en conciliabule (kinzonzi). Et souvent, le conciliabule a lieu la nuit (entre initiés) pour en garantir l’efficacité et la discrétion.
Que voulons-nous dire par là ?
Empêcher le Kivu d’être amputé d’une partie de ses terres
Dans ce pays où l’hypocrisie consiste désormais à chercher à qui faire porter le chapeau en cas de balkanisation, le Kivu passe pour le prétexte favori. Raison pour laquelle Félix Tshisekedi est prié d’user de tous les moyens à sa portée pour empêcher l’amputation d’une partie de ses terres au risque, par effet d’entraînement, de voir toutes les autres provinces lui emboîter le pas.
Pour ce faire, il lui faut le soutien unanime des Kivutiens, toutes catégories et toutes tendances confondues.
C’est ici que la sagesse lui est utile pour l’édifier sur le fait qu’on ne peut pas ignorer Vital Kamehre au profit d’Antipas Mbusa, choisir Modeste Bahati au détriment de Julien Paluku, adopter Denis Mukwege pour rejeter Bertrand Bisimwa, jeter son dévolu sur Emmanuel Shadary pour envoyer paître Justin Bitakwira dès lors qu’ils se considèrent tous du Kivu !
Sans les Congolais de l’Est le pays aurait cessé d’exister
Or, qu’est-ce qui se constate sur le terrain ? Aujourd’hui, il se développe à partir de Kinshasa un discours anti-swahili que les Pouvoirs publics doivent absolument arrêter, et encore vite !
Fait gravissime : ce discours fait passer pour Rwandais tout compatriote de l’Est suspecté souvent pour des vétilles. Des vidéos existent. Les auteurs et les victimes sont identifiables. Pour peu qu’ils en aient la volonté, les appareils sécuritaire et judiciaire peuvent appréhender les premiers et approcher les secondes pour constituer une documentation qui justifiera des poursuites judiciaires.
Car, sans en mesurer les conséquences, les « Kinois » commencent à jouer le jeu des forces internes et externes déterminées à balkaniser depuis 1960 le Géant Congo.
Au cours de ces 35 dernières la menace va crescendo.
C’est l’occasion, ici, de saluer l’attachement des compatriotes de l’Est à la Cause nationale. Autrement, avec tous les coups de massue, tous les coups de Jarnac que leur assène « Kinshasa », ils auraient déjà basculé dans la balkanisation.
En janvier 1997, pour rappel, ils avaient exprimé leur ras-le-bol avec le cri « Pouvoir à l’Ouest, Mort à l’Est ».
Au regard de la situation actuelle, on peut dire des effets (lisez les faits) qu’ils sont réellement têtus.
Leaders de la trempé de JASON Sendwe
Leçon à tirer : plus on les pousse à la faute, plus les incite-t-on à croire dans une autre voie de sortie, une voie de survie « parallèle ».
A partir de cet instant, on devrait soupçonner ceux qui sont dans le schéma de la discrimination d’être, en réalité, les acteurs véritables de la balkanisation.
C’est de cette race de vipères qu’on entend aujourd’hui des reparties du genre « soki oboyi, kenda na Brazza, eza kaka Congo », ou « Soki oboyi, sala mboka na yo ». Reparties qu’on balance pendant des débats une fois on se retrouve en manque d’arguments.
C’est avec ce langage que les « Kinois » :
– présentent les Katangais en Zambiens ou en Tanzaniens,
– transforment les Kivutiens en Burundais ou en Rwandais et
– font passer les Orientaux pour des Ougandais ou des Soudanais (du Sud).
Sont surtout vexés et affectés les Congolais des territoires frontaliers avec les États de l’Est, toutes les provinces frontalières avec les États voisins comprises.
On ne peut alors pas engager le pays dans une campagne de mobilisation autour de la thématique « Cohésion Nationale » et ne pas dénoncer à haute voix ceux des acteurs ayant pignon sur rue mais qui se livrent à ce genre de dérives.
C’est d’ailleurs faire preuve de naïveté que de croire dans une crise de leadership au sein du M23-AFC entre Corneille Naanga qui dit niet à la balkanisation et Bertrand Bisimwa qui dit oui si on ne reconnaît pas aux Baswahili le droit de disposer de leurs terres ancestrales. L’enjeu est le même : l’Est du pays qui est swahiliphone de bout en bout.
En réalité, la balle est du côté de Kinshasa où on semble distrait face à cette menace pourtant réelle.
Il est bon de rappeler que les leaders de la trempe de Jason Sendwe opposés à la sécession katangaise en juillet 1960, ça court de moins en moins la rue. C’est une espèce en voie d’extinction, si elle n’est plutôt pas éteinte !
De ce fait, on risque de pas les trouver dans l’une ou l’autre des 26 provinces actuelles du pays si le contexte reste caractérisé par la méfiance, le soupçon, la méchanceté, l’ethnotribalisation, la désunion, l’injure facile, le mépris, bref autant d’ingrédients démobilisateurs.
Ce narratif, il faut le combattre avec vigueur et rigueur si on veut réellement « castrer », pardon stériliser celui de Bertrand Bisimwa.
Ne le perdons pas de vue : à l’instar des Occidentaux, les Orientaux du Congo ne changeront pas des voisins. A commencer par les Kivutiens condamnés par la nature à vivre avec des Ougandais, des Rwandais et des Burundais.
Omer Nsongo die Lema
