Lors de la cérémonie de l’ouverture de la douzième Edition d’Expo Béton, l’honorable Rapporteur de l’Assemblée nationale a proposé la réinvention juridique de Kinshasa qui devait être subdivisée en cinq villes, gérées par les Maires avec un ou plusieurs gouverneurs en renforçant le pouvoir des Bourgmestres. Vu l’importance de cette communication, nous vous la proposons in-extenso ;
- Introduction
L’article 2 de la Constitution dispose : « la République Démocratique du Congo est composée de la ville de Kinshasa et de 25 provinces dotées de la personnalité juridique…Kinshasa est la capitale du pays et le siège des institutions nationales. Elle a le statut de province… »
La ville de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo couvre une superficie de 9 965 km2 et s’étend en arc de cercle de la rive sud du pool Malebo. Elle occupe une vaste plaine a faible relief avec une altitude moyenne d’environ 300 mètres ;
Géographiquement, Kinshasa est située entre les latitudes 4 degré et 5 sud et entre les longitudes 15 degré et 16.32 est.
Elle est délimitée :
- A l’est par les provinces de Mai-Ndombe, Kwilu et Kwango ;
- A l’ouest et au nord par le fleuve Congo qui marque la frontière naturelle avec la République du Congo ;
- Au sud par la province du Kongo central.

Le relief de la ville de Kinshasa présente la forme d’un amphithéâtre, avec la plaine qui constitue la partie basse et les collines du sud qui constitue la partie surélevée.
Kinshasa est donc la vitrine et l’image de notre pays, car elle est le siège des institutions nationales et le cœur des activités administratives, économiques et diplomatiques.
Cependant, la ville de Kinshasa fait aujourd’hui face à plusieurs défis qui rendent la vie difficile aux kinoises et kinois.
Pour répondre à la problématique de sa réinvention juridique, il convient d’aborder la question selon le plan ci-dessous :
Plan :
- Diachronie de la déstructuration : De Nshasa de Makoko, Kinshasa la belle à Kinshasa la poubelle
- Synchronie de la déstructuration : anomie dans la ville de Kinshasa sur fond du triangle de la mort
- Perspectives de réinvention juridique de la ville de Kinshasa
- Conclusion : l’impératif de la mise en œuvre d’une vision d’ensemble pour développer notre espace
- Diachronie de la déstructuration : De Nshasa de Makoko, Kinshasa la belle à Kinshasa la poubelle
- Genèse de la ville
- La ville de Kinshasa que nous avons aujourd’hui a commencé avec la création de Stanley Pool Station par Henry Morton Stanley en 1881. Elle a été par la suite renommée Léopoldville en l’honneur du roi Léopold II, avant de devenir Kinshasa à partir de 1966.
- Kinshasa ou N’shasa fut à l’époque le principal « lieu d’échange » de la rive méridionale du Pool où se pratique le troc avant même l’essor commercial de Kintambo. Le toponyme Nshasa dérive du verbe teke tsaya(tsaa) qui signifie « échanger ». Le substantif intsaya(insaa) désigne tout lieud ‘échange « marché ».
- Au départ, c’était donc le lieu où des courtiers teke, l’ivoire et les esclaves amenés en pirogue par les Banunu Bobangi confondus avec les Yanzi, échangent contre les articles de troc européens apportés par les zombo et les Kongo. C’était donc un centre commercial.
- Après quelques temps, émerge l’espace urbain rendu possible grâce à la création de deux stations ou postes commerciaux par Stanley. D’abord le poste de Léopoldville, anciennement appelé Stanley Pool Station, qui deviendra plus tard « Mont Léopold » (qu’on appelle aujourd’hui « Mont Ngaliema ») après les âpres négociations entre les chefs autochtones et Stanley. Ensuite le poste de Kinshasa, près du village Kinshasa après accord entre Stanley et le Chef du village. Cette partie occupe le bord du fleuve Congo. Les deux postes (Léopoldville et Kinshasa) étaient séparés par une vaste plaine(Kalina) et vont former plus tard une seule ville.
- Nous sommes donc partis d’un petit poste commercial qui s’est vite transformé en une grande ville.

Stanley Pool, site de naissance des villes de Kinshasa et Brazzaville. On l’appellera plus tard le Pool Malebo. Ce lac est considéré comme le berceau de deux capitales les plus rapprochées au monde.
- Evolution du statut de la ville Kinshasa : de kisasa poto moindo à kin la poubelle
- Sous l’Etat Indépendant du Congo(EIC) : Kinshasa, un district
- A l’origine, le pays était subdivisé simplement en districts sans autres subdivisions territoriales à la base. Le décret du Roi-Souverain du 1er aout 1888 divise l’Etat Indépendant du Congo(EIC) en onze districts dont Stanley-Pool, l’actuelle ville de Kinshasa (Il y avait aussi Banana, Boma, Matadi, Cataractes, Kasaï, Equateur, Ubangi-Uelé, Aruwimi-Uélé, Stanley-falls et Lulaba). Le district de Stanley Pool était donc une simple circonscription administrative déconcentrée, considéré comme un centre stratégique commercial.
- Sous le Congo-belge : Kinshasa, de district urbain à une ville
- 1914
Après l’annexion du Congo à la Belgique, les réformes territoriales et administratives intervenues à partir de 1910 jusqu’en 1959 ont conduit à l’évolution du statut de notre capitale. En 1914, le pays est subdivisé en 4 provinces (Congo-Kasai à l’intérieur de laquelle se trouve notamment le district de Léopoldville, Equateur, Province Orientale et Katanga).
- 1923
Un décret royal prévoit la possibilité de créer des districts urbains dotés de la personnalité juridique. Léopoldville accède à la même année au statut de district urbain dotée de la personnalité juridique et devient la capitale du Congo-belge.
- 1933
Le Congo est divisé en six provinces dont la province de Léopoldville, avec comme Chef-lieu le district urbain de Léopoldville. (Il y a notamment Coquilathville, Stanleyville, Constermansville, Elisabethville et Lusambo).
- 1941
Le district urbain de Léopoldville devient juridiquement une ville.
- Après l’indépendance
- Entre 1960 et 1966
Au cours de cette période, Léopoldville est une ville.
Le Congo accède à l’indépendance avec six provinces dont Léopoldville qui a comme chef-lieu la ville qui porte le même nom. Ces provinces étaient subdivisées en 16 districts de 1933 sans compter les villes autonomes ne faisant pas partie d’un district. Le district est subdivisé en villes et territoires, la ville en communes urbaines et zones annexes ; tandis que le territoire en communes, centres, chefferies et secteurs…
Le nombre de provinces avait évolué à partir de 1962. L’article 4 de la constitution de Luluabourg prévoit que le pays se compose de la ville de Léopoldville et 21 provinces. La ville est toujours subdivisée en communes.
- Entre 1967 et 1973
Kinshasa est une ville désormais dirigée par un Gouverneur de la ville et le nombre de communes est passé de 13 à 21.
L’article 1 de la Constitution du 24 juin 1967 dispose que la République comprend la ville de Kinshasa (la capitale) et les huit provinces administratives énumérées ci-après : Bandundu, Equateur, Kasaï occidental, Kasaï oriental, Katanga, Kivu, Kongo central, Province orientale.
- Entre 1973 et 1988
Kinshasa est la seule ville du pays. Elle est dirigée par un Commissaire urbain. Elle deviendra l’équivalent d’une région mais subdivisée en 24 zones urbaines conformément à l’ordonnance-loi n°82-008 du 25 février 1982 portant statut de la ville de Kinshasa.
A partir du 5 janvier 1973, le pays est divisé en régions, les régions subdivisées en sous-régions, les sous-régions en zones, les zones en collectivités et les collectivités en localités. Entre 1977 et 1982, le pays est toujours composé de la ville de Kinshasa et de huit régions. Pendant, cette période, Kinshasa demeure la seule ville du pays et est dirigée par un Commissaire urbain. Elle est subdivisée en sous-régions urbaines, en zones urbaines et en localités urbaines. Pendant cette période, les localités, les zones rurales, les sous-régions et les régions sont des simples circonscriptions administratives, c’est-à-dire des entités territoriales dépourvues de la personnalité juridique.
A partir de 1982, la ville de Kinshasa est l’équivalent d’une région et est directement divisée en zones urbaines. Et à partir de ce moment, toutes les entités territoriales sont désormais décentralisées, sauf la sous-région, la cité, le quartier, le groupement et la localité qui sont de simples circonscriptions administratives.
- Entre 1988-2006
La ville de Kinshasa garde son statut spécial de région subdivisée, cette fois-ci en communes, la commune en quartiers et/ou en collectivités incorporées.
Toutes les entités territoriales sont décentralisées sauf la cité, le quartier, le groupement et le village. Par un décret-loi du 8 octobre 1997, la région devient la province. Après la prise du pouvoir par l’AFDL, le pays continue à être composé de la ville de Kinshasa et 10 provinces. Et sous la Constitution de transition du 04 avril 2003. La loi prévue à l’article 5, alinéa 3 de cette Constitution de transition avait modifié légèrement le décret-loi n°081 du 2 juillet 1998 en ce qui concerne la direction de la ville de Kinshasa et de la province. La ville de Kinshasa est dirigée par un Gouverneur de la ville, secondé par trois vice-gouverneurs dont une femme, tandis qu’une province est dirigée par un Gouverneur de province, assisté de deux vice-gouverneurs dont une femme.
- De 2006 à nos jours
Kinshasa est une ville avec un statut de province (article 2 de la Constitution). C’est donc une composante politique et administrative du territoire de la République.
Selon le rapport de la Commission d’enquête sur l’insalubrité, la ville de Kinshasa est dominée par le triangle de la mort. C’est une mégapole malade des dérives existentielles, qui nécessite des soins urgents et intensifs. Au cœur de cette désarticulation : la défaillance ou anomie régulatrice. En somme, il y a une multiplication d’échelles publiques d’intervention qui crée une impotence dans la prise de décision ; un enchevêtrement multilevel avec manifestement trois niveaux d’action qui entrent en conflit ou en concurrence. Il s’installe une cacophonie, comme l’illustre la gestion des déchets « avec des bisbslsilles entre le gouvernement central, l’hôtel de veille et les communes ; d’où un cadre institutionnel déresponsabilisant par manque de cohérence globale.
Il s’ensuit une dilatation anarchique de la ville, sur fond de désarticulation avec l’explosion démographique
Kinshasa est donc devenue cette mégapole qui a connu une croissance démographique explosive, principalement alimentée par un exode rural massif. Sa population est estimée à plus ou moins 20 millions d’habitants. Elle est donc classée parmi les plus grandes villes du monde.
De ses origines à l’après-guerre ‘1910 -1955, nous sommes dans une bourgade de 10.000 habitants en 1910. Kinshasa connait une croissance régulière mais maitrise avec un taux d’augmentation annuel de 1,5 % entre 1940 et 1945 dû l’essor économique lié à l’effort de guerre. Cette forte croissance se maintient jusqu’en1955.
On connait même une période de ralentissement et de reprise entre 1955 et 1970 : la croissance ralentit, en effet, de 1955 à 1960 en raison de refoulement de chômeurs, puis reprend de manière spectaculaire ente 19690 et 1970, il y aura accélération de Migrations en 1970 et 1980 plus au mois maintenue car la bonne tenue des cours des matières premières, la création de cités : Salongo, cité verte et autres Maman Mobutu…
Mais les crises consécutives à la zaïrianisation, les guerres du shaba, la dégradation et les tensions, suivie de la spoliation et les pillages (destruction des usines de Limete, des zones : Chanic-métal, Brikin et Utexafrica vont générer une explosion dermographique et paradoxe urbain sans précédent. De 1990 à 2026 ; la ville connait un taux de croissance de 5,2 % ; De 1990 à 1995 le tissus économique était complètement détruit avec une perte de plus 100 000 emplois ; Cette crise économique va de pair avec une explosion urbaine avec une inégalité spatiale, jamais rencontrée au monde : 96 % de la population, se concentre seulement sur 11 % de la superficie de la ville soit (1100 km2) tandis que le reste du territoire, principalement les communes de Nsele et Malauku ( 78 ;74 % de la superficie reste sous peuplé)

II. Synchronie de la déstructuration : anomie dans la ville sur fond de triangle de la mort (de l’urbanisation coloniale ségrégationniste à l’urbanisation chaotique)
II 1. Le schéma d’occupation et d’urbanisation coloniale
- Durant la période coloniale, la gestion de la ville de Léopoldville est dominée par une politique de ségrégation raciale et spatiale. C’est en fait une ville au service de la métropole. On parle d’une « ville divisée ». On y trouve :
- La ville des européens, l’actuelle commune de la Gombe(Kalina), qu’on appelait « la ville ». Cette partie de la ville bénéficiait plus ou moins d’un plan d’aménagement moderne (plan en damier moderne, des avenues arborées, de réseaux d’eau courante, d’électricité et d’infrastructures administratives et résidentielle ;
- La ville africaine qu’on appelait « cités », avec Barumbu, Ngiri-ngiri, Kasa-vubu. On y trouve des habitations plus denses et des infrastructures limitées ;
- Une zone tampon a été mise en place pour marquer la séparation entre la ville des européens et la cité des indigènes. Elle était constituée d’espaces non résidentiels. On y trouvait des complexes sportifs (stade tata Raphael), des zones industrielles et des espaces verts (jardin botanique), des camps militaires (camp kokolo)
- Entre 1950 et 1960, la ville connait une forte expansion qui va conduire à la création de nouvelles cités pour loger les populations. C’est par décret du 26 mars 1957 les villes et les communes sont organisées pour tous les habitants du Congo. Onze communes sont créées : Bandalungwa, Barumbu, Dendale, Kalamu, Kalina, Kinshasa, Kintambo, Limete, Ngaliema, Ngiri-ngiri et Saint-Jean.
Matete et Ndjili en 1958 ; Lemba en 1966 et les autres communes en 1968
II .2 la désarticulation post coloniale
- A partir de 1960, la distribution des parcelles a commencé à se faire de manière désordonnée, sans contrôle réel des services d’urbanisme. L’occupation de l’espace est spontanée. On dit que la ville de Kinshasa a davantage été construite par sa population que par ses dirigeants. La plupart des quartiers lotis depuis 1960 l’ont été sans intervention des autorités supérieures et ce sont souvent les habitants qui assurent eux-mêmes les travaux nécessaires de protection de l’environnement et de lutte contre les érosions.
- Malgré cela, Kinshasa était considérée pendant de longues années « Kin-la-belle » pour sa beauté urbaine, son ordre, sa propreté, son architecture et son animation culturelle surtout entre les années 1950 et 1070.
- A partir des années 80, la ville a commencé à se dégrader. La situation s’est aussi accélérée avec les pillages de 1991-1993.
Les tentatives de planification
- Sur le plan de la planification urbaine, il faut noter que plusieurs tentatives ont vu le jour, notamment :
- Plan Auguste Arsac de 1967 pour un développement planifié de la ville
Ce plan a été produit par une Mission française d’urbanisme sous la conduite de l’architecte Arsac. L’objectif était de maitriser l’extension urbaine par la densification du périmètre urbanisé. Il fut proposé de limiter la ville dans la plaine. Ce plan d’aménagement avait programmé la création d’un nouveau centre-ville, des centres secondaires et des cités satellites dans divers horizons de la ville. Cependant, il n’avait pas intégré les pratiques locales qui émergeaient dans le cadre de l’habitat. S’il a conduit au passage de 11 à 24 communes, ce plan n’avait produit aucune action tangible sur le terrain.
- Schéma directeur d’aménagement urbain de 1976
Malgré sa cohérence d’ensemble, ce plan ne fut pas appliqué. Il n’a pas permis d’avoir une véritable politique d’urbanisation. La croissance de Kinshasa est restée incontrôlée. La ville s’étendait, élargissant sans cesse sa périphérie…
- Plan de développement urbain de 1985
La grande majorité des spécialistes opine que ce plan n’avait pas produit les résultats escomptés. Au lieu de freiner l’expansion anarchique, ce plan n’avait pas permis de résoudre les problèmes pour lesquels il a été conçu. Kinshasa a continué sa métamorphose hors de tout contrôle.
- Schéma d’orientation stratégique de l’agglomération kinoise de 2015(SOSAK)
C’est un document cadre pour la gestion de l’espace et l’expansion urbaine à l’horizon 2030. Il définit notamment les zones constructibles, celles inconstructibles et celles d’extension pour prévenir, entres autres, les problèmes d’inondation et de croissance anarchique de la ville. Les spécialistes disent que ce plan n’a pas encore atteint la majorité de ses objectifs.
- Le plan directeur des transports urbains de Kinshasa de 2018(PDTK)
C’est une feuille de route qui vise à moderniser la mobilité kinoise à l’horizon 2040, en intégrant la multimodalité dans la ville de Kinshasa. Reste à savoir si nous avançons dans la bonne direction.
- PAUK débaptisé PREAU
- Plan urbain de référence(PUR) de la ville de Kinshasa
Ce plan est en cours d’élaboration, avec l’appui de la Banque mondiale à travers le projet de Résilience aux Inondations Urbaines en RDC. Les termes de référence prévoient la mise en place d’un document de planification stratégique visant à orienter le développement de la capitale sur une période de 15 ans, en promouvant une croissance urbaine maitrisée, inclusive, résiliente et durable.
En définitive, il sied de noter que l’échec dans la mise en œuvre de ces différents documents de planification urbaine réside le plus souvent dans le déficit de gouvernance urbaine et la faible implication des décideurs politiques.
II.3 Le triangle de la mort comme expression de la défaillance de l’autorité de l’Etat
La ville de Kinshasa se caractérise par les constructions anarchiques, l’insalubrité et la saturation de son réseau routier (embouteillages). On parle d’une désorganisation de la société globale ; une anomie.

- Les constructions anarchiques
Les constructions anarchiques à Kinshasa résultent d’une combinaison de causes profondes, de facteurs aggravantes et de contraintes institutionnelles. Parmi les causes fondamentales, on note une défaillance de l’autorité de l’Etat, caractérisée par une incapacité à réguler efficacement les constructions. Ce phénomène est renforcé par un biais de normalisation, où les occupations illégales sont perçues comme acceptables, ainsi que des pressions démographiques et une migration incontrôlée vers la ville. L’absence de planification urbaine intégrée et la faible sensibilisation des populations aux conséquences des constructions illégales exacerbent ces défis, tandis que la surveillance institutionnelle reste insuffisante.


- L’insalubrité
L’insalubrité est le résultat d’un ensemble complexe de causes structurelles, de facteurs aggravants et de contraintes institutionnelles. Elle trouve ses origines dans la défaillance de l’autorité publique, qui se manifeste par un manque de contrôle et d’application des lois, ainsi que dans la normalisation de comportements nuisibles tels que le jet de déchets dans les rues. L’absence d’infrastructures adaptées, combinée à une croissance démographique rapide et incontrôlée, complique davantage la gestion des déchets.
L’insalubrité dans la ville de Kinshasa constitue donc un défi majeur, affectant non seulement la qualité de vie des habitants mais également les perspectives de développement durable de notre capitale. Ce phénomène, exacerbée par une urbanisation rapide et désordonnée, reflète des enjeux systémiques multidimensionnels qui nécessitent une analyse holistique.


- La saturation du réseau routier (les embouteillages)
La saturation du réseau routier et les embouteillages à Kinshasa découlent d’un enchevêtrement de facteurs causaux, aggravants et des contraintes institutionnelles. L’insuffisance des infrastructures routières, combinée à un manque de planification du trafic et à une urbanisation rapide et incontrôlée, constitue le socle des problèmes. Le transport en commun insuffisant, l’occupation anarchique des espaces routiers et la concentration des activités économiques au centre-ville contribuent également à la congestion.

Il va s’en dire que la problématique du « triangle de la mort » va donc au-delà de simples désordres urbains. Elle est l’expression de la faillite de l’Etat et de la déshérence normative. Elle constitue une véritable question de sécurité nationale. Elle concerne directement la vie des populations et affectent les questions essentielles telles que la santé publique, l’économie, la cohésion sociale et l’environnement. Ainsi, elle nécessite donc une réponse structurée, concertée, et adaptée à la complexité des enjeux.
III Perspectives de réinvention juridique de la ville de Kinshasa
Tous les facteurs explicatifs des maux qui rongent la ville de Kinshasa reviennent sur la défaillance de l’autorité de l’Etat, le déficit de gouvernabilité et la faiblesse institutionnelle. Il n’est donc pas possible d’améliorer les conditions de vie dans la ville si la question de la gouvernance globale de la ville n’est pas suffisamment prise en charge.
Partant les défis auxquels fait face la ville de Kinshasa aujourd’hui nécessite une réinvention, mieux une intelligence normative, qui doit prendre les dimensions géopolitiques, géostratégiques et géoéconomiques capables d’asseoir une gouvernance stratégique, participative, prospective et maitrisée qui exige à la fois la légitimité des gouvernants et la rationalité technobureaucratique ou managériale suffisamment puissante, efficace et efficiente.
- Sur le plan juridique : l’impératif d’une nouvelle ingénierie juridique pour améliorer la gouvernance urbaine
Si le statut juridique de la ville de Kinshasa n’est pas la véritable cause des maux vécus à Kinshasa, il peut être un début de solution pour permettre aux autorités provinciales de relever les divers défis auxquels la ville est confrontée aujourd’hui. Il y a aujourd’hui un vaste territoire de 9965 Km2 avec un schéma institutionnel à deux niveaux : le niveau provincial et le niveau communal. Cette architecture simplifiée nous met un face d’un vaste territoire, avec des problèmes complexes, organisé autour d’un pouvoir qui cumule plusieurs fonctions institutionnelles sans disposer d’un véritable niveau intermédiaire de gestion quotidienne du territoire capable de coordonner les grandes politiques urbaines.
Kinshasa est à la fois la capitale, une province et une ville, ses communes sont directement placées sous l’autorité du Gouverneur. Cette situation ne semble pas faciliter la gouvernance de la ville-province, car les problèmes complexes auxquels la ville fait face dépassent le territoire d’une commune.
Ainsi, pour assurer une gouvernance rationnelle d’une ville qui a vu sa population être multiplié par 40 depuis 1950, soit le 1/5 de la population nationale, qui prend en charge de manière efficace les défis quotidiens de l’espace territorial de Kinshasa, il convient donc d’appliquer l’architecture administrative de la province à cet espace. Faire donc de Kinshasa une véritable province dans son organisation devient un impératif. On parlerait désormais de la province de Kinshasa, subdivisée en 5 villes et celles-ci subdivisée en communes.
Une telle architecture permettrait de mieux assurer la gouvernance de la ville avec un niveau intermédiaire d’exercice de l’autorité urbaine ARTICULE sur un espace bien limité et sur des problèmes concernant le même espace. La carte de la ville peut donc se présenter de la manière suivante :

A titre illustratif, on peut partir des anciens districts pour en faire des villes à part entière : ville de Lukunga, ville de Funa, ville de Mont-amba, ville de Maluku-n’sele et une ville qui prend l’espace du reste de la Tshangu.
La création de ces villes doit tenir compte des critères ci-après :
- Le critère écologique et économique : mettre l’accent sur la morphologie urbaine, le mode d’implantation au sol comme facteur de l’urbanité. Tenir compte de la disposition spatiale en tant qu’élément déterminant pour la ville ;
- Le critère démographique : c’est-à-dire tenir compte de nombre d’habitants selon qu’il s’agit de la petite ville, la ville moyenne, de la grande ville ou de la très grande ville ;
- Le critère fonctionnel : c’est-à-dire les activités en exercice dans l’agglomération ;
- Le critère institutionnel, même si l’on considère que tout est devenu tributaire de la vie nationale
- Le critère culturel ; la ville reste un système avec ses valeurs, ses attitudes et comportement que l’on nomme « culture urbaine »
Chaque ville devrait avoir son identité propre au regard de ses spécificités et de ses atouts. On peut imaginer ce qui suit :
- La ville de Lukunga comme un pôle administratif et des affaires ;
- La ville de Funa comme un pôle culturel, artistique et sportif (stade de martyrs, tata Raphael, palais du peuple, musée, centre culturel ;
- La vielle de Tshangu autour de l’aeropolis de n’djili, et les sites touristiques autour du fleuve ;
- La ville de Mont-Amba avec un pôle d’excellence scientifique autour de l’unikin, Kimwenza et Mont-ngafula
- La Nouvelle ville de Maluku comme un pôle agro-industriel
Une telle architecture est d’ailleurs en phase avec le projet de construction de la nouvelle Kinshasa Kia Mona.
Autant le projet vise à résoudre les problèmes de congestion, d’urbanisation anarchique, de déficit chronique de logements, d’insalubrité et des inondations récurrentes, autant la nouvelle architecture faciliterait la prise en charge de ces questions par une gouvernance urbaine de proximité.

Il ne suffit donc pas d’étendre simplement la ville par la construction des infrastructures, mais de doter, notamment cet espace de Maluku, des moyens juridiques, humains, matériels et financiers de s’autogérer.
- Sur le plan institutionnel : la nécessité de mettre en place une agence métropolitaine pour la gestion urbaine
Il est essentiel de centraliser et d’harmoniser les efforts relatifs aux aménagements structurés et à la fluidité du réseau routier. On peut donc créer une Agence métropolitaine pour la gestion urbaine, dotée des ressources nécessaires pour jouer un rôle de coordination d’exécution.
Cette Agence serait placée au niveau provincial avec des antennes au niveau de chaque ville. Elle aura pour mission de :
- Centraliser les initiatives et éviter la fragmentation institutionnelle, tout en assurant une collaboration étroite avec les autorités urbaines ;
- Superviser directement des projets clés, tels que l’installation des infrastructures de collecte des déchets, la régulation des constructions et l’amélioration de la mobilité ;
- Organiser des formations et développer les solutions innovantes adaptées au contexte congolais ;
- Mener des campagnes de sensibilisation pour impliquer la population et changer durablement les comportements.
- Conclusion : l’impératif de la mise en œuvre d’une vision d’ensemble pour le développement de notre espace
Les opérations Coup de poing kin bopeteo, task force sont inefficaces par leurs aspects parcellaires. Il faut une vision globale à la fois juridique, économique, stratégique, car le triangle de la mort n’est que l’expression d’un phénomène total.
En fait, les questions relatives aux constructions anarchiques, l’insalubrité et les embouteillages ne sont que l’expression de la désarticulation normative et institutionnelle. Voilà pourquoi ce tas d’ordures n’est que l’expression des difficultés d’être d’un Etat de droit intériorisé. « Ce qui a de plus important à étudier dans une société, c’est le tas d’ordures » (J sostellle ) qui ne doit pas produire un tas de droits ,( constitution de 2006, la loi du 31 juillet 2008 portants principes fondamentaux de la libre administration des provinces, la loi organique portant composition, organisation et fonctionnement des entités territoriales décentralisées et leurs rapports avec l’Etat et l’ordonnance fixant les attributions des ministères)
En somme, le phénomène d’urbanisation rapide et ses conséquences, tout en étant un vrai drame écologique et sanitaire, peut-être une aubaine pourvu que le monde y prête attention et planifie en conséquence » David Bloom et Tarun Khanna)
Dans l’histoire des civilisations, les villes ont toujours joué le rôle majeur et moteur dans le processus de transformation et de développement, y compris politique. Les villes sont les lieux privilégiés de développement.
On peut être parfois pessimiste lorsqu’ on voit l’augmentation du chômage, le sous-emploi, le secteur informel, la détérioration des infrastructures, le désastre écologique avec plus de 800 têtes d’érosion, le manque de logement, le déficit d’accès aux services publics… Mais il faut une approche holistique qui met en œuvre une vision globale stratégique globale.
Kinshasa doit être une véritable province stratégique, le carrefour des échanges, comme à l’époque de Nshasa, entre l’ouest et l’est, le sud et le nord.
Au regard des défis à relever, il sied de souligner quelques avancées enregistrées dans le cadre de l’aménagement de notre espace. Il y a notamment la loi n°25/045 du 1er juillet 2025 relative à l’aménagement du territoire. Cette loi vise à moderniser l’aménagement du territoire. Elle vient remplacer le décret de 1957. Il y a aussi le Plan urbain de référence(PUR) en cours d’élaboration. C’est un document de planification stratégique qui vise à orienter le développement de la capitale en promouvant la croissance urbaine maitrisée, inclusive, résiliente et durable.
Ces efforts doivent être consolidés pour nous permettre de sortir du triangle de la mort et de construire le triangle de la vie.

Alain Botoko, Grand Reporter
