« Pour une Kinshasa réinventée : entre justice urbaine, audace politique et vision durable » Tribune de Serge Etinkum Anza, ancien candidat Gouverneur de la ville de Kinshasa

0
IMG_202505124_214639756

La ville de Kinshasa est à un tournant critique de son histoire. Son destin ne saurait se jouer dans l’improvisation, la sélection arbitraire ou les actions cosmétiques. C’est en homme politique soucieux de l’avenir de notre capitale, en citoyen profondément attaché à la dignité de nos concitoyens, que je prends la parole aujourd’hui pour interpeller, critiquer avec loyauté et proposer une voie ambitieuse mais réalisable.

De la démolition des constructions anarchiques : une justice à deux vitesses ?

Je salue avec sincérité la volonté du nouveau gouverneur d’engager la lutte contre l’anarchie urbaine. Le rétablissement de l’ordre est une exigence de survie pour Kinshasa. Cependant, je me dois de le rappeler solennellement : la justice urbaine ne doit jamais être sélective. Elle ne doit pas frapper uniquement les plus faibles tout en épargnant les puissants.

La démolition ne doit pas être un spectacle de répression sociale mais un acte de restauration de l’État de droit pour tous. La loi est une, indivisible, et son application doit être équitable et empreinte de dignité. Si l’on veut reconstruire la confiance entre l’administration et les Kinois, il faut bannir toute impression d’injustice ou de favoritisme.

Je resterai vigilant, aux côtés de notre peuple, pour veiller à ce que les principes de justice, d’humanité et de cohérence ne soient jamais sacrifiés sur l’autel d’une politique de façade.

De l’occupation de l’espace urbain : repenser Kinshasa pour demain

Notre capitale connaît une répartition spatiale dramatiquement déséquilibrée : 96 % de la population est concentrée sur 22 communes à l’ouest, tandis que Maluku et N’sele, couvrant pourtant l’essentiel du territoire, restent sous-peuplées.

Dans mon projet de société, j’ai insisté sur une idée forte : la modernisation durable de Kinshasa passe par une transformation audacieuse de son aménagement. Il faut penser Kinshasa comme une métropole moderne, résiliente et inclusive.

L’extension planifiée de la ville n’est plus une option : c’est une nécessité vitale. Nous devons préparer ces espaces avant qu’ils ne soient envahis anarchiquement, et éviter ainsi de nouveaux bidonvilles. L’autorité urbaine doit engager sans délai une politique de développement structuré, équilibré et anticipé.

Du transport urbain : réconcilier Kinshasa avec sa géographie

Les embouteillages chroniques asphyxient notre ville et sapent son économie. Il est temps de libérer Kinshasa du tout-routier défaillant en misant sur la multimodalité.

Kinshasa est une ville fluviale : le fleuve Congo et ses affluents doivent devenir nos autoroutes bleues. Le développement d’un réseau de transport fluvial moderne, couplé à un programme ambitieux de BRT (Bus Rapid Transit), de trains de banlieue et de routes structurantes, doit être une priorité.

Le Plan Directeur des Transports Urbains de Kinshasa (PDTK), élaboré avec l’appui de la JICA, est une base solide. Encore faut-il avoir la volonté politique de le mettre en œuvre pleinement, sans céder à la tentation de projets sans vision.

Avec une démographie galopante – 20 millions d’habitants attendus en 2030 – la modernisation des transports n’est pas un luxe : c’est une question de survie urbaine.

De l’assainissement : Kinshasa mérite un modèle intégré

Notre capitale génère chaque jour plus de 12 000 tonnes de déchets solides. Or, l’assainissement ne peut plus être traité de manière fragmentaire et artisanale.

Je propose un plan d’action clair :

• Création d’une Agence Métropolitaine de Gestion des Déchets, dotée de moyens juridiques, techniques et financiers solides ;

• Organisation de la collecte des déchets par secteurs, avec introduction de la collecte sélective et de centres de tri communautaires ;

• Valorisation des déchets par la promotion du recyclage et du compostage ;

• Participation communautaire active, avec des comités de quartiers, des campagnes de sensibilisation, et des programmes éducatifs ;

• Financement durable, en combinant redevance modérée, partenariats public-privé et financements internationaux (fonds verts, projets carbone) ;

• Suivi et innovation, grâce à la technologie numérique (suivi GPS des collectes, laboratoire urbain d’innovation environnementale).

Kinshasa peut devenir un modèle africain de gestion écologique et inclusive. Cela exige une volonté politique inébranlable, une vision claire et l’engagement collectif.

De la sécurité urbaine : soutenir une gouvernance de proximité

Je tiens également à saluer l’initiative du Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur, pour la mise en place des Comités Locaux sur la Gouvernance Sécuritaire à la base. Cette approche, qui a déjà démontré son efficacité dans d’autres contextes, marque un tournant important dans la manière de penser la sécurité : plus proche, plus participative, plus préventive.

Il est impératif que les autorités urbaines de Kinshasa s’approprient pleinement cette nouvelle politique. Elle offre l’opportunité de reconnecter les forces de sécurité aux réalités locales, de restaurer la confiance avec la population, et surtout de lutter efficacement contre la criminalité urbaine qui gangrène nos quartiers.

La sécurité de nos concitoyens est la première des libertés. Une gouvernance sécuritaire participative est la clef pour restaurer la paix dans nos rues, protéger les plus vulnérables et garantir à chaque Kinois un environnement de vie digne et serein.

Kinshasa mérite mieux. Kinshasa mérite l’audace. Kinshasa mérite la justice.

Je continuerai à me tenir aux côtés de notre peuple, non pas pour critiquer par amertume, mais pour proposer, construire et défendre l’idéal d’une capitale à la hauteur de ses habitants, et digne de ses ambitions.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *