La Coalition Article 64 (C64), créée par des figures de l’opposition républicaine (Fayulu, Katumbi, Sesanga, Kabund) pour défendre l’ordre constitutionnel, se trouve face à un piège géopolitique redoutable. Alors qu’elle tente de focaliser le débat public sur la gouvernance interne et la Constitution, la stratégie de déstabilisation orchestrée depuis #Kigali constitue sa plus grande vulnérabilité.
Voici les trois leviers majeurs par lesquels l’agenda de Kigali fragilise et risque d’éclater la C64 :
1. Le piège de la polarisation « Patriotes vs Complices »
Pour Kigali, maintenir la RDC dans un état de division interne est une priorité stratégique. En soutenant l’Alliance du Fleuve Congo (#AFC_M23) et en déclarant ouvertement que « menacer le M23, c’est menacer le #Rwanda », Paul Kagame force une militarisation de toute la vie politique congolaise.
Toute contestation politique à Kinshasa est immédiatement exposée au risque d’être assimilée à une manœuvre de diversion au profit de l’agresseur.
En durcissant le conflit, Kigali réduit l’espace du débat démocratique. La C64 se retrouve coincée ; critiquer le pouvoir en temps de guerre la fragilise auprès d’une opinion publique ultrasensible à la souveraineté nationale.
2. L’amplification des contradictions internes de la C64
La C64 réunit des personnalités aux postures doctrinales divergentes sur la question sécuritaire et les alliances politiques.
La ligne souverainiste et intransigeante (ex. Martin Fayulu) rejette catégoriquement Kigali, le M23, Corneille Nangaa et toute forme de compromission avec l’ancien régime de Joseph Kabila.
La ligne du dialogue global (ex. Delly Sesanga) , préconise une inclusion maximale pour traiter les causes de la crise, quitte à aborder les questions taboues de la participation de toutes les forces politiques et des belligérants.
En parrainant des vitrines politico-militaires comme l’AFC de Nangaa, Kigali pousse à la surenchère. Plus Kigali exige une reconnaissance politique de ses relais, plus la fissure s’agrandit au sein de la C64 entre ceux qui refusent d’être associés de près ou de loin à l’agression et ceux qui prônent une table ronde sans exclusif.
3. L’instrumentalisation du Dialogue National
L’annonce d’un dialogue national et le récent report des manifestations par la C64 illustrent la complexité de l’échéchier, pour Kinshasa, le dialogue doit être un front commun sacré contre l’agression extérieure.
Pour Kigali, le dialogue idéal est celui qui diviserait les Congolais sur la légitimité des institutions et affaiblirait l’autorité de l’État et principalement celle du Chef de l’Etat congolais.
En tentant d’imposer son ombre sur le paysage politique congolais, Kigali instrumentalise les revendications légitimes de l’opposition. Dès lors qu’une partie de l’opposition exige des conditions d’inclusivité qui recoupent les intérêts de Kigali (réintégration de rébellions ou d’acteurs poursuivis pour trahison), la C64 perd son crédit d’alternative républicaine auprès de la population.
Kigali n’a pas besoin d’attaquer directement la C64 pour la neutraliser, il lui suffit d’entretenir un climat de guerre existentielle où la nuance politique devient inaudible. Pour survivre et garder sa pertinence, la C64 doit impérativement bâtir un cordon sanitaire moral et politique étanche vis-à-vis de Kigali et de ses proxies armés, sous peine de voir sa cohésion exploser au premier tournant stratégique.
