Propos de Bosembe : Démêlé l’utopie à la réalité (Patrick Eale)

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Le débat actuel sur la véracité des propos du président du CSAC, qui a peint un tableau idyllique en affirmant l’absence d’actions illégitimes du pouvoir à l’encontre des journalistes, révèle une forme de méconnaissance ou de mauvaise foi, au‑delà du manque de nuance que M. Bosembe a manifesté, péchant davantage par la forme que par le fond. Évoquant l’inexistence d’arrestations, de tortures ou de meurtres de professionnels de l’information, Bosembe aurait dû préciser : « en lien direct avec leur profession ». Cette nuance, loin d’être anodine, aurait pu désamorcer une partie de la polémique, même si certains demeurent intransigeants.

Des voix critiques ont soulevé divers cas d’arrestations pour contredire les propos de Bosembe. Parmi eux, seul le cas de Bujakera s’oppose réellement à l’affirmation du président du CSAC. Ces arrestations interrogent doublement : ont‑elles eu lieu dans le cadre de l’exercice journalistique ? Et le pouvoir était‑il à l’origine des procédures, agissant en tant que plaignant ?

En l’espèce, seule l’affaire Bujakera engage la responsabilité de l’État : un journaliste y a été arrêté sur plainte du pouvoir public pour des faits directement liés à son métier, contredisant l’image angélique dressée par Bosembe.

En revanche, les autres arrestations évoquées donnent plutôt raison à Bosembe : elles résultent non d’une initiative étatique, mais de plaintes de personnes s’estimant lésées par des propos de journalistes. Il est frappant de constater que, dans la majorité de ces cas, les plaignants sont eux-mêmes des journalistes, invoquant principalement la diffamation ou l’imputation dommageable. Cette situation met en lumière le manque de mécanismes efficaces au sein de la profession pour régler les conflits entre confrères. Les affaires Israël Mutombo c. Buya, dans laquelle j’ai été impliqué, et Lusakweno c. Lokala en sont des illustrations éloquentes.

Enfin, un troisième volet, plus fondamental, interroge la confusion persistante entre liberté d’expression et licence de diffamer, entre liberté d’opinion et apologie de mouvements insurrectionnels. Imaginons un journaliste qui, se prévalant de sa profession et de la liberté de la presse, diffuse des informations dictées par un mouvement subversif qualifié de terroriste dans sa guerre médiatique pour déstabiliser le gouvernement ; ou des journalistes stipendiés par des acteurs politiques visant le renversement du pouvoir, qui, une fois « démasqués », s’exilent en se présentant en victimes privées de liberté de la presse : ces scénarios soulèvent la question cruciale des frontières à établir entre information légitime et manipulation.

Enfin, si le portrait dressé par le président du CSAC manquait indéniablement de nuance en occultant visiblement l’affaire de Bujakera, son affirmation selon laquelle l’État n’engage pas systématiquement de répression directe contre les journalistes n’est pas entièrement infondée. En effet, la plupart des interpellations récentes résultent de conflits internes à la profession, et non d’une volonté délibérée du pouvoir. Dès lors, M. Bosembe n’avait pas totalement tort : son propos reste valable pour l’essentiel des cas, même s’il aurait gagné à être nuancé par la mention « en lien direct avec leur profession.

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