Quelles suites à la main tendue par Martin Fayulu au président Tshisekedi ? (Rfi)

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En République démocratique du Congo, Martin Fayulu a surpris en annonçant ce lundi 2 juin sa volonté de rencontrer le président Tshisekedi. Une main tendue qui a surpris de la part de l’opposant, surtout après avoir cosigné, il y a un mois à peine, un communiqué avec Joseph Kabila appelant à un dialogue national. Pour certains observateurs, Martin Fayulu chercherait à se positionner dans le gouvernement d’union nationale que Félix Tshisekedi envisage de former. Que signifie ce geste ? Et comment Felix Tshisekedi a-t-il réagi, lui qui est en froid avec l’opposant depuis la présidentielle contestée de 2018 ?

Pour certains observateurs, Martin Fayulu chercherait à se positionner dans le gouvernement d’union nationale que le président de la RDC, Félix Tshisekedi, envisage de former. D’autres lui attribuent même l’ambition de devenir Premier ministre. Des rumeurs que l’opposant balaie d’un revers de main, qualifiant ces spéculations « d’insulte à sa personne et à son combat ».

Concernant la rencontre qu’il souhaite avoir avec Félix Tshisekedi, son équipe précise qu’il ne s’agira pas d’un simple dialogue privé entre les deux hommes. Sur RFI, Martin Fayulu lui-même explique que son initiative vise à débloquer la situation actuelle, constatant que Félix Tshisekedi refuse jusque-là de rencontrer les religieux qui ont proposé un dialogue national.

Fayulu ne joue pas en solo

Martin Fayulu insiste : il ne joue pas en solo. Il rappelle avoir informé les évêques, il y a deux mois, de son intention de rencontrer Félix Tshisekedi pour surmonter le blocage. La semaine passée encore, il aurait échangé encore avec les religieux, qui étaient informés de sa démarche.

Il a également réitéré cette position il y a deux semaines à Faure Gnassingbé, médiateur désigné par l’Union africaine. « Si Tshisekedi ne veut pas. Je m’approcherai de toute personne qui est contre la balkanisation de notre pays », affirme Martin Fayulu à RFI.

Côté présidentiel, l’équipe de Félix Tshisekedi a été surprise par cette main tendue, disent ses proches. Cependant, selon plusieurs sources, la rencontre entre les deux hommes pourrait avoir lieu d’ici à une semaine. À la présidence, certains sont même favorables à ce que Félix Tshisekedi fasse le déplacement jusque chez Martin Fayulu. Des proches du chef de l’État estiment que cette initiative pourrait permettre d’élargir le bloc anti-Joseph Kabila.

La proximité avec Kabila avait interrogé

Joseph Kabila avec qui Martin Fayulu avait cosigné un communiqué appelant au dialogue national, il y a un mois à peine. L’opposant a longtemps hésité à s’afficher aux côtés de Joseph Kabila. Invité par ce dernier l’année dernière à Addis-Abeba, il avait d’abord hésité avant de finalement refuser.

Ce n’est qu’après des échanges indirects que les deux hommes ont fini par se mettre d’accord pour signer ensemble, aux côtés notamment de Moïse Katumbi et Delly Sesanga, un communiqué commun.

Cependant, chacun semblait avoir sa propre vision. Du côté de Jospeh Kabila, cette signature commune avec Martin Fayulu était perçue comme un moyen de donner une image d’inclusivité à la démarche anti-Tshisekedi, afin de ratisser large, de l’est à l’ouest du pays.

Pour sa part, Martin Fayulu a expliqué à RFI qu’il avait signé le document avant tout parce qu’il était opposé au deal minier en négociation entre Kinshasa et Washington, qu’il qualifie de « projet de bradage » des ressources minières congolaises.

Pas de contact depuis avec Joseph Kabila

Depuis cette signature, aucun contact direct n’a eu lieu, d’après plusieurs sources. Le camp Fayulu explique avoir eu l’impression que Joseph Kabila et Moïse Katumbi avaient déjà un plan établi. Martin Fayulu affirme n’avoir plus été tenu informé, ni par Katumbi ni par Kabila, et ne pas avoir été au courant des déplacements de Joseph Kabila à Goma et à Kigali.

Il ajoute que la ligne rouge a été franchie. Pour lui, il n’est pas question de s’allier avec les agresseurs, encore moins avec le M23, qu’il associe à un projet de balkanisation.

Du côté de Joseph Kabila, on dit comprendre que Fayulu n’a jamais digéré le fait que le pouvoir lui ait échappé et qu’il n’accepte pas l’idée d’être sous le leadership de Kabila. Toutefois, on n’exclut pas la possibilité que les chemins des deux hommes puissent se recroiser. Mais Joseph Kabila et ses partisans insistent : avec ou sans Fayulu, ils entendent « mettre fin à la dictature ».

Avec notre correspondant à Kinshasa, Patient Ligodi

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