Rdc : Stabilisation du taux de change, appréciation monétaire en 2025 et perspectives économico-financières et sociales. Qu’est-il arrivé, où va-t-on et que faire ? (Alexandre Nshue M. Mokime Novembre 2025)
Il n’y a pas de millionnaires en Dollar américain (USD) ou en Euro qui soient pauvres alors qu’il y a des millionnaires en Franc congolais (CDF) qui sont pauvres. Ceci montre combien la monnaie congolaise a perdu de la valeur et n’arrive plus à assurer certaines de ses fonctions essentielles, notamment celle de réservoir de valeur.
Pourtant, à la création du CDF en 1998, la parité était de 1 USD égal 1,3 CDF. A la suite de différents choix peu conséquents de politique économique, particulièrement de politique budgétaire et de politique monétaire, et de la survenue de divers chocs exogènes, la monnaie nationale s’est continuellement dépréciée. Début 2025, le taux de change était de 2800 CDF/ USD, soit une multiplication par 2153 en 27 ans qui a été accompagnée par une inflation moyenne de plus de 10 %.
Nonobstant la reprise de l’activité économique en 2002 et la poursuite de la croissance de manière continue et ininterrompue jusqu’à ce jour, les conditions de vie de la population sont restées difficiles à cause, entre autres, des mutations structurelles intervenues ainsi que des pressions inflationnistes erratiques et des tensions quasi récurrentes enregistrées sur le marché de change. Au vu de cette situation, les autorités du pays ont décidé de contrer la dépréciation monétaire et de réduire la cherté de la vie. En ce qui la concerne, la Banque Centrale du Congo (BCC) a fait plusieurs interventions et a ajusté sa politique à maintes reprises. De toutes les actions qu’elle a menées ces 22 dernières années, celles d’août-septembre 2025 ont le plus retenu l’attention car elles ont entraîné, pour la première fois de l’histoire récente du pays, une appréciation rapide et considérable du CDF.
Ce papier discute des facteurs à la base de cette appréciation rapide du CDF ainsi que des premières conséquences et des effets futurs ou probables sur l’économie et sur les conditions de vie de la population eu égard à l’évolution des prix des biens sur le marché intérieur et au comportement de la demande (solvable) et des avoirs patrimoniaux des agents économiques. Pour bien comprendre les enjeux de l’intervention de la BCC sur le marché de change et de la révision du dispositif de la politique monétaire de septembre – octobre 2025, les principaux problèmes monétaires et financiers du pays sont présentés ainsi que les facteurs qui, de manière structurelle, expliquent la dépréciation du CDF. Le papier s’achève par des recommandations visant à concilier les exigences monétaro-financiers aux exigences de l’économie et aux attentes de la population.
Aperçu de la situation monétaire : 1990 – 2024
De de son indépendance à ce jour, la RDC a connu plusieurs épisodes d’instabilité macroéconomique s’illustrant par une importante dépréciation monétaire et par l’accroissement rapide des prix intérieurs et dont le plus marquant est celui de la décennie 1990. Durant cette dernière période, le pays a réalisé annuellement une inflation moyenne de 843,2 % (en raison d’un important creusement du déficit public couvert par la planche à billet) et la monnaie nationale a, en cumul, perdu plus de 80 % de sa valeur (en raison d’une détérioration de la position extérieure nette). L’hyperinflation a exacerbé l’effondrement de l’activité économique en embrouillant les signaux émis par le marché ; elle a ainsi dépouillé la monnaie nationale de ses fonctions principales et a balayé la cohérence des mécanismes monétaires ainsi que la cohésion du système bancaire.
L’intermédiation financière a considérablement baissé dans le pays de 1990 à 2001 entrainant ainsi une faible réalisation des investissements privés. Cette évolution peu reluisante tient essentiellement aux faiblesses de la réglementation bancaire, au non-respect des normes de gestion prudentielle par les institutions financières, au dérèglement du cadre macroéconomique (qui , par le biais de l’hyperinflation, a réduit le pouvoir d’achat des ménages et rendu négatifs les taux d’intérêt réels), et aux effets pervers des jeux de placement (Nguma, Bindo Promotion, Panier de la ménagère, etc.) organisés au début des années 1990 et qui ont drainé une quantité importante d’argent en-dehors du système financier, entraînant ainsi une baisse des dépôts bancaires et une importante décote de la monnaie scripturale par rapport à la monnaie fiduciaire.
En 1993, une réforme monétaire a été menée pour remplacer le Zaïre par le Nouveau Zaïre (NZ), réduire l’inflation, contenir le coût de la politique monétaire et rétablir les équilibres globaux. Ainsi, il a été décidé de supprimer 6 zéros de l’ancienne monnaie, réajuster les parités interne et externe de la monnaie, réduire la quantité de monnaie en circulation. La parité adoptée en octobre 1993 était de 1 USD égal 9 millions d’ancien Zaïre, soit 3 NZ. La réforme a facilité la comptabilisation et le dénouement des transactions, réduit le coût d’impression des billets et permis une légère reprise de l’intermédiation financière. Elle a cependant ravivé l’inflation et la dépréciation monétaire pour des raisons internes (changement d’unité sans sous-multiples) et externes (spéculation, répression du marché parallèle, hausse du prix du carburant, décote sur l’ancien Zaïre).
Un programme de désinflation rapide (PDR) a été décrété en 1995 afin de décélérer la formation des prix intérieurs, redynamiser l’intermédiation financière et reprendre la coopération avec les institutions financières internationales. Ainsi, la mise en œuvre du PDR s’est fondée sur une gestion rigoureuse des finances publiques.
La philosophie qui a présidé à sa mise en œuvre était celle de réduire considérablement le déficit public et le recours aux avances de la Banque centrale. Pour ce faire, il a été convenu que les dépenses de l’Etat seraient exécutées sur base des recettes effectivement mobilisées et qu’il n’y aurait plus une multiplicité des centres d’ordonnancement des dépenses publiques. Un gel des rémunérations dans la fonction publique a été envisagé ainsi qu’une faible réalisation des investissements publics pour dégonfler le déficit public.
Après exécution du PDR, le taux d’inflation s’est situé à 370 % alors qu’il était de 9796,9 % une année avant. Cette amélioration était le fait des efforts du Gouvernement pour réduire le déficit public et limiter le recours aux avances de la BCC quand bien même il a été observé certains revirements par rapport à la politique annoncée. Il convient de relever que le gouvernement avait décidé de libéraliser le taux de change tout comme le taux d’intérêt pour raviver l’intermédiation financière et garantir un meilleur financement de l’économie. Cependant, la consécration de l’autonomie de la BCC par une révision de ses statuts n’a pas été envisagée. Après le PDR, la situation a continué de se détériorer, plusieurs établissements financiers ont été confrontés à une crise de liquidité et la monnaie scripturale a connu une forte décote par rapport à la monnaie fiduciaire.
En 1998, une autre réforme monétaire a été entreprise avec comme objectifs principaux : assainir l’environnement monétaire et financier ; accroître le taux de liquidité de l’économie en vue de financer la croissance ; restaurer les mécanismes de paiements et les rendre fiables et efficaces ; stabiliser la monnaie et unifier l’espace monétaire nationale ; favoriser la relance de l’activité économique. Excepté l’unification de l’espace monétaire, tous ces objectifs n’ont pas été atteints à cause, d’une part de la persistance des contraintes structurelles liées à l’état des infrastructures économiques de base, et d’autre part de la guerre qui a secoué le pays depuis août 1998. A ces facteurs, il faut ajouter l’effritement de la demande solvable, la concurrence des produits importés et la contraction de l’offre de devises.

De mai 2001 à mars 2002, la RDC a exécuté le Programme intérimaire renforcé (PIR) qui, dans son volet monétaire, visait à contenir la liquidité intérieure pour casser l’hyperinflation et permettre de tempérer les tensions ainsi que la spéculation sur le marché de change et la répression sur le marché financier, notamment par une libéralisation du taux de change nominal et du taux d’intérêt. Pour ce faire, la politique monétaire a consisté à limiter le taux d’accroissement de la masse monétaire à 30 % et à arrêter l’octroi des avances à l’Etat (y compris les entreprises publiques) par la Banque Centrale. Le rythme de création monétaire a décéléré grâce, entre autres, à la discipline observée au plan budgétaire. En arrêtant le fixing et en rentrant vers un régime de change flottant, la RDC a pu unifier les taux de change officiel et parallèle.
Pour consolider les résultats du PIR, le gouvernement a élaboré un programme économique triennal (PEG 2002– 2005). Au plan monétaire, le PEG prônait une politique restrictive pour rapprocher les flux réels et monétaires.
A fin 2004, l’Etat a cependant tourné la planche à billets, ce qui a ravivé l’inflation et déprécié la monnaie. Quoiqu’il ait été décidé une exécution stricte du plan de trésorerie de la BCC, la situation monétaire a connu des revirements au 2nd semestre 2004. Le CDF qui, de septembre à décembre 2003, s’était apprécié de 7,3 %, a reçu un coup de torchon en novembre – décembre 2004, s’échangeant à 433 CDF/USD contre un objectif de 420 CDF.
Ceci a poussé l’inflation à 9,2 % à fin 2004 contre 4,4 % en 2003. L’insécurité à l’Est du pays a exercé une pression sur le crédit net à l’Etat en 2005 et 2006, ce qui a porté l’inflation à 22,7 % en 2005 et 18,2 % en 2006.
Grâce au Programme relais de consolidation (PRC) de 2006, l’inflation a considérablement baissé en 2007. Mais avec la survenue de la crise financière mondiale et la reprise de la guerre à l’Est du pays, la situation s’est à nouveau détériorée. L’inflation qui était de 9,8 % en 2007 s’est établie à 27,2 % en 2008. Pour lutter contre l’instabilité macroéconomique en 2008, la BCC a opté pour une politique monétaire restrictive. Elle a accru son taux d’intérêt de 22,5 à 24 % et le taux de stérilisation des avoirs des banques de 4 à 5 %. Ceci a permis de retirer de la circulation 30 milliards de CDF dont 25 milliards via les billets de trésorerie (BTR) et 5 milliards par les réserves obligatoires. L’action monétaire a été relayée par des efforts d’assainissement des finances publiques, mais le déficit du Trésor a subi l’influence négative des dépenses sécuritaires.
En riposte aux affres de la crise financière internationale, le gouvernement a mis en place, en 2009, avec l’accompagnement de partenaires extérieurs, le Programme d’urgence d’atténuation des impacts de la crise financière (PUAICF). Au plan monétaire, le PUAICF visait à faire passer l’inflation de 28 % en 2008 à 12 % en 2009 et à 11,5 % en 2010. Aussi, il était question de se déployer pour que les réserves officielles brutes en mois d’importation passent de 0,9 semaine en 2008 à 2,6 semaines en 2009 et 3,2 semaines en 2010. Les effets du choc ont été si violents qu’en 2009, l’inflation s’est située à 54,3 %. Grâce à la reprise de la croissance, l’année 2010 s’est terminée avec une inflation de 9,8 %, soit moins que prévu. Ceci a résulté des appuis reçus tant au niveau de la balance de paiements que du budget dans un contexte de renforcement du contrôle des dépenses.
Pour un bon dénouement des transactions en monnaie nationale et une maitrise des coûts de la politique monétaire, la BCC a élargi en juillet 2012, son éventail fiduciaire en émettant des billets de banque à valeur faciale adaptée : 1000, 5000 et 10.000 CDF. Alors que le lancement de ces nouveaux billets avait nourri des fortes spéculations, les mesures d’encadrement qui ont accompagné cette opération (injection progressive, alignée sur le taux de croissance, à travers les banques) ont permis d’éviter une montée de l’inflation et une dépréciation monétaire. L’inflation fin période qui était de 15,4 % en 2011 a été ramenée à 9,9 % en 2012. Cette inflation tenait essentiellement au comportement des prix des produits alimentaires (66,02 %) et des produits énergétiques : eau, gaz, et électricité (18,89 %). Le taux de change s’est quant à lui, stabilisé autour de 925 CDF/USD.
De 2012 à 2014, la situation monétaire a été sous contrôle. L’inflation a été en moyenne de 1 % car l’accroissement de la base monétaire a été conforme aux besoins réels. Ceci tient aussi au désengagement progressif de l’Etat vis-à-vis de la BCC. Sur toute la période, le crédit net à l’Etat a été négatif, ce qui atteste de l’arrêt de la dominance de la politique budgétaire sur la politique monétaire. Avec la crise intervenue en 2016, la base monétaire s’est rapidement accrue, passant de 1267,7 milliards à 3049,7 milliards de CDF entre 2015 et 2019. Cet accroissement était justifié entre autres par le recours de l’Etat aux avances de la Banque Centrale pour financer son déficit. En effet, la positivité et l’accroissement du crédit net à l’Etat depuis 2016 traduit la monétisation des déficits publics, ce qui a conduit la base monétaire et l’inflation au-delà du niveau programmé.
La situation monétaro-financière du pays a été très préoccupante depuis 2016. De fortes spéculations ont été entretenues sur le marché de change suite à l’incertitude politico-institutionnelle persistante et à l’effritement des réserves. Le dérèglement du marché de change après 4 années de stabilité procède d’une rupture brutale de l’équilibre entre l’offre et la demande. L’offre a baissé de fin mai 2015 à fin mai 2016 en raison de la baisse des cours des matières premières avec une incidence sur les recettes extérieures et publiques : les avoirs en devise du système (banque centrale et banques privées) sont passés de 1,9 à 1,025 milliard USD, soit une baisse de 46,3% ; les réserves ont baissé de 28,4 %, passant de 1651,9 à 1182,5 millions USD ; les recettes en devise de la BCC ont affiché un recul de 68,3 %, passant de 331,51 à 105,03 millions USD.
Au regard du comportement attendu des marchés mondiaux et des cours du cuivre et du cobalt (qui représentent plus de 80 % des recettes d’exportation), et partant, de l’activité économique, la Banque Centrale avait maintenu, pour 2018, son objectif d’inflation à moyen terme de 7,0 %. Elle entendait ainsi préserver la stabilité du taux de change et en conséquence procéder à des assouplissements des conditions d’accès à l’argent grâce à la baisse de son taux directeur autour de 10 %. Si en 2017, ce taux était revu à la hausse, passant de 7 à 20 %, pour faciliter la régulation courante de la liquidité à travers les adjudications des Bons de la Banque Centrale, sa réduction de moitié en 2018 a été envisagée dans le but de rétablir les potentiels de relance de la croissance par l’accélération de l’investissement et de l’activité des entreprises.
En 2019, la BCC a mis en œuvre une politique monétaire proactive et prudente. Pour préserver la stabilité macroéconomique tout en procédant à la désinflation, elle a opté pour la réduction de son taux directeur, le faisant passer de 14 % à 9 %. Les bons BCC ont été utilisés en fonction du comportement de la liquidité bancaire.
Ceci a permis une ponction de la liquidité bancaire de 12,5 milliards de CDF, portant son encours à 55 milliards de CDF à fin 2019. Les coefficients de la réserve obligatoire sont restés inchangés. Les taux appliqués aux dépôts à vue et à terme en monnaies étrangères et ceux en monnaie nationale ont été respectivement de 13 % et 12 %, ainsi que de 2 % et 0 %. La réserve obligatoire a permis de ponctionner de la liquidité à hauteur de 224,97 milliards de CDF. Des injections massives de liquidité ont été faites pour financer le déficit public.
L’inflation est passée de 7,7 % en 2018 à 3,9 % en 2019 avant de s’établir à 20,5 % en 2020 sous les effets de la Covid-19. Le CDF s’est déprécié par au USD de 15,2 % en 2020 contre une dépréciation de 2,2 % en 2019. Suite à la Covid-19, le cadre de conduite de la politique monétaire a été revu en mars 2020. La BCC avait opté pour les mesures suivantes : poursuite de la fourniture de la liquidité aux banques pour qu’elles offrent aisément leurs services ; baisse du taux directeur de 9 à 7,5 % pour réduire le coût du crédit ; mise en place d’un guichet spécial de refinancement d’une maturité de 3 à 24 mois afin de conforter les ressources des banques et permettre un financement assoupli de l’économie nationale ; baisse du coefficient de réserve sur les dépôts à vue en monnaie nationale afin de libérer la liquidité ; et suppression des pénalités de retard sur les créances en souffrance.

En 2022, l’inflation est passée de 4,2 % à fin 2021 à 11,1 %. Ceci procède essentiellement des effets de la crise russo-ukrainienne sur certains segments du marché mondial. La baisse de l’offre du pétrole et du gaz a exercé une forte pression sur le prix des produits énergétiques. Plusieurs pays importateurs de pétrole comme la RDC ont connu des ruptures dans l’approvisionnement du carburant avec des conséquences sur le prix du transport.
En pesant aussi sur le marché des produits alimentaires, la crise russo-ukrainienne a nourri l’inflation. Les prix alimentaires ont augmenté de plus de 40 % en RDC. Les prix des biens de grande consommation comme la farine de froment, la farine de maïs et le riz ont affiché une montée vertigineuse qui a réduit le panier de consommation de plusieurs ménages.
L’année 2023 a vu une montée rapide et importante des prix, ce qui a conduit à une inflation de 23,8 %, soit un accroissement de 10,7 points par rapport à 2022. Cette inflation a été supérieure à celle atteinte après la Covid19. Il a résulté de la conjugaison des facteurs internes et externes : faiblesses dans la conduite et la coordination des politiques macroéconomiques, coûts de production élevés des entreprises, effets de la crise russoukrainienne sur les marchés alimentaires et pétroliers. Cette inflation a aussi été nourrie par la dépréciation du CDF. Avec des importations structurellement élevées et une économie très dollarisée, les prix ont augmenté rapidement sous l’effet d’une importante dépréciation monétaire : 2668,9 CDF/USD contre 2015 CDF en 2022.
Les finances publiques n’ayant pas énervé le marché de change, l’inflation a été ramenée à 11,7 % à fin 2024.
2. Problèmes monétaro-financiers de la RDC
Quoiqu’elle ait pu briser en 2002, l’hyperinflation et réduire depuis, l’amplitude des fluctuations du taux de change (par rapport aux années 1990), la RDC reste confrontée à un ensemble de problèmes monétaires à caractère récurrent. Ceux-ci découlent principalement de l’incapacité de la monnaie nationale à assurer ses fonctions essentielles, à savoir celles de réservoir de valeur, d’unité de mesure (ou de compte) et d’intermédiaire des échanges. Cet état de choses a érigé l’instabilité monétaire en norme et la stabilité en exception. Il en résulté une forte dollarisation de l’économie et de l’activité financière, qui a ainsi fait perdre au pays sa souveraineté monétaire et à la BCC certains leviers de son action en tant qu’autorité monétaire, notamment le contrôle et la régulation du volume d’instruments de paiement circulant dans l’économie.
En perdant constamment et rapidement sa valeur durant la décennie 1990, la monnaie congolaise – malgré la décélération du rythme de sa dépréciation depuis 2002 – est de moins en moins utilisée pour constituer un stock d’actifs ou un patrimoine financier. Il s’en est suivi un accroissement de la demande et des avoirs en devises. Ce phénomène de substitution monétaire exerce des pressions sur le marché de change. Aussi, à cause de l’instabilité continue de la valeur de la monnaie, les opérateurs économiques préfèrent fixer les prix des biens en USD pour éviter le coût en menu de l’inflation. Pour des transactions exigeant des montants importants, plusieurs agents préfèrent le USD afin d’éviter l’encombrement qui résulterait de l’utilisation du CDF. Il appert ainsi un phénomène de complémentarité monétaire qui agit sur le volume d’instruments de paiement.

La perte de confiance en la monnaie nationale provoquée par l’inflation et la dépréciation monétaire dans les années 1990 dans un contexte de recul prononcée de l’activité économique avait entamé de manière profonde la cohérence et le fonctionnement du système financier. La négativité des taux d’intérêt réel – due à l’hyperinflation – a pesé sur le déroulement et la rémunération des activités financières. La reprise de la croissance et l’amélioration de l’environnement macroéconomique depuis 2002 ainsi que différentes réformes menées par les autorités nationales (Gouvernement et BCC) avec l’appui des partenaires extérieurs ont permis de rebâtir le secteur financier. D’importants progrès ont été réalisés par le secteur financier de 2002 à 2024 mais le pays reste confronté à quelques problèmes financiers qui affectent son développement.

Nonobstant cette reprise de l’activité financière, les dépôts à vue représentent 78 % du total des dépôts bancaires. Ceci atteste d’une méfiance latente des agents économiques envers le système en raison notamment des germes de fragilité qui caractérise la gouvernance économique du pays en général et la surveillance du secteur financier en particulier (compte tenu également d’un ensemble d’effets de mémoire). Pratiquement 90% des dépôts sont libellés en USD. Cette préférence pour le dollar est la résultante d’une attitude de précaution ou prévention par rapport à une éventuelle dépréciation importante de la monnaie nationale qui ferait perdre aux avoirs une part considérable de leur valeur et par rapport à une probable hausse exagérée des prix intérieurs qui laminerait le pouvoir d’achat des revenus. Pour ces mêmes raisons, les crédits sont à 96 %, libellés en USD.

Quoique le volume de crédits à l’économie ait augmenté considérablement dans le pays au cours de ces 25 dernières années, passant de moins de 2 % du PIB en 2000 à plus ou moins 7 % en 2023, il reste dominé par les crédits à court terme et son poids relatif demeure faible en comparaison à la moyenne de l’Afrique subsaharienne (ASS). En 2023, le crédit intérieur accordé au secteur privé a représenté 11,8 % du PIB contre une moyenne subsaharienne de 27,7 % et il a été libellé à plus de 60 % en USD. Ceci atteste également d’une certaine méfiance envers l’économie nationale (y compris sa monnaie) et montre qu’il y a encore des efforts à fournir en ce qui concerne la crédibilité des politiques macroéconomiques, l’environnement des affaires et le financement de l’économie nationale.

Le dynamisme affiché de manière continue par le secteur financier congolais au cours de ces 25 dernières années a permis d’accroître considérablement le taux d’inclusion financière du pays. Ce dernier est passé de moins de 1% en 2002 à 39,4 % 2024. Il faut cependant noter que d’importantes disparités s’observent à ce sujet en raison d’une forte concentration de l’activité financière dans essentiellement 4 zones du pays (Kinshasa, Matadi, Goma et Lubumbashi). Ces disparités sont en partie, justifiées par le déficit en infrastructures. Dans certains coins du pays, il se pose un problème de faible pénétration de la monnaie, d’où la persistance d’une économie de troc.
Dans les zones limitrophes, on note une faible circulation de la monnaie nationale comparée aux monnaies de certains pays voisins toujours en raison de la méfiance exprimée vis-à-vis du CDF.

L’accès aux services financiers pose encore problème en RDC. Ceci s’explique entre autres, par le niveau élevé des taux d’intérêt appliqués par les institutions financières. Quoiqu’ils aient baissé ces dernières années, les taux d’intérêt en vigueur dans le pays demeurent parmi les plus élevés de la région ASS. En moyenne, le taux d’intérêt pratiqué sur les prêts est passé de 46,44 % en 2006 à 25,96 en 2020, soit une diminution de 20 points. Mais malgré cette évolution à la baisse, le pays se positionne parmi les derniers de la région ASS. La cherté des prêts en RDC tient à un niveau relativement élevé de risques, notamment des risques macroéconomiques découlant d’une exposition de l’économie à d’importants risques de change et à des pressions inflationnistes à caractère récurrent entretenue par de dérapage dans la gouvernance des finances publiques.

3. Facteurs à la base de la dépréciation du Franc Congolais
Le taux de change nominal est la valeur ou le prix d’une monnaie par rapport à une autre. Il est déterminé par le rapport de forces entre l’offre et la demande de devises. Comme on peut le voir à travers la figure ci-dessous, les variations du taux de change dépendent du comportement de l’offre et de la demande de devises sur le marché.
Quand la monnaie nationale devient rare par rapport aux autres devises, elle s’apprécie sur le marché, et vice-versa. Pour bien comprendre le comportement du taux de change, il serait dès lors important de savoir identifier tous les facteurs qui exercent une pression ou une certaine influence sur l’offre et la demande de devises pour savoir quelles actions pourraient être menées pour stabiliser. Les graphiques ci-après donnent des indications sur les situations pouvant être rencontrées selon la nature et le poids des pressions exercées.

(a) Le taux d’équilibre est fixé au point de rencontre de l’offre et de la demande
(b) A offre inchangée, l’accroissement de la demande accroît la quantité de devises et le taux
(c) La diminution de la demande réduit la quantité de devises et le taux
(d) La diminution de l’offre entraîne une baisse de la quantité et une hausse du taux
(e) L’accroissement de l’offre entraîne un accroissement de la quantité et une baisse du taux
(f) Un accroissement de l’offre et de la demande de même ampleur ne modifie pas le taux
(g) Une diminution de l’offre et de la demande de même ampleur ne modifie pas le taux
(h) Un accroissement de la demande contré par une baisse de l’offre, entraîne une hausse du taux
(i) Une baisse de la demande contrée par un accroissement de l’offre, entraîne une baisse du taux
Structurellement, la dépréciation monétaire en RDC tient – en grande partie – au fait que son économie subisse, de manière permanente, d’importantes pressions provenant du marché de change. Au regard de la structure de son économie et du volume des importations qu’elle réalise régulièrement chaque année, dont celles des produits alimentaires se chiffrant à plus de 2 milliards USD par année, la RDC doit mobiliser des quantités relativement importantes de devises pour acheter des biens et services à l’étranger. Ceci exerce une pression soutenue sur la demande de devises, contribue à la dépréciation du CDF, et nécessite des interventions quasi permanentes de la BCC sur le marché pour un lissage du taux alors que généralement ses réserves de change sont relativement faibles.
Il est arrivé à plusieurs reprises, que la BCC ne puisse pas être en mesure de rencontrer les exigences du marché faute de devises. Il se pose un problème du rapatriement de devises par les exportateurs de minerais, en violation des dispositions du code minier et de la réglementation de change. En raison d’un manque de contrôle sévère, plusieurs entreprises ne rapatrient pas les devises comme le veut la loi, et pourtant la BCC devrait y veiller avec beaucoup d’intérêt car le rapatriement permet de conforter le marché de change. Il convient par ailleurs de relever que le pays connait souvent une sortie frauduleuse de devises sous l’œil impuissant ou complice de l’Etat. A titre illustratif, un opérateur économique peut souscrire à une licence d’importation pour un encours de 100 millions USD mais ses importations réelles sont de 30 millions. Ainsi, en terme net, il sort 70 millions USD.
Les dérapages observés de manière répétée dans la gouvernance des finances publiques ainsi que les faiblesses dans la programmation des dépenses de l’Etat sont souvent à la base de certaines perturbations enregistrées sur le marché de change congolais. En effet, les dépassements budgétaires qui, autrefois étaient couverts par la planche à billets, ont rendu le CDF abondant sur le marché et l’ont par conséquent déprécié par rapport au USD.
Il est aussi arrivé qu’une mauvaise programmation des dépenses publiques pèse sur le marché de change en entraînant une injection massive de CDF. En juillet – août 2023, la monnaie nationale s’est fortement dépréciée par le fait d’un paiement, en CDF, de l’équivalent de 300 millions USD effectué en faveur de la CENI. Cette dernière devant vite importer des Kits électoraux, a exercé une pression sur le marché de change.

Certaines pressions observées sur le marché de change procèdent des détournements des deniers publics et de la réinjection frauduleuse de billets impropres à l’usage. L’argent détourné des caisses de l’Etat est souvent rapidement converti en USD, moyennant même une surenchère à l’achat, ce qui accroît la pression sur la demande de devises et affecte le taux de change. Il est arrivé à plusieurs reprises, que l’opération de destruction des billets impropres ne se fasse pas correctement et entraîne un excès de CDF sur le marché. Ceci s’explique de la sorte. La BCC retire par exemple, des billets impropres pour une valeur de 100 milliards de CDF et les remplace directement pour éviter la déflation. Cependant, au moment de la destruction des billets impropres, on ne le fait que partiellement et réinjecte 60 milliards. Il s’en suit un excès et une dépréciation du CDF sur le marché.
Un vecteur qui favorise la spéculation est la mauvaise organisation du marché de change. Plusieurs intervenants ne sont pas répertoriés et n’exercent pas de manière à remonter les informations à la BCC qui doit pourtant connaître le volume d’instruments de paiement et savoir également l’ajuster en fonction des exigences de l’économie aussi bien en termes de transactions courantes que d’opérations de financement à réaliser.
Normalement, le marché ne devrait fonctionner qu’avec des cambistes ou maisons de change agréées par la BCC et observant une certaine déontologie pour permettre à l’autorité monétaire d’être au courant de l’évolution des opérations de change au jour le jour et de savoir orienter utilement son action. Le désordre observé facilite le blanchiment et la sortie frauduleuse de l’argent détourné ainsi que de devises.
4. Intervention de la BCC et révision de la politique monétaire en 2025
Dans un contexte international ponctué par une perte de la valeur du USD1, la BCC a procédé en août 2025, à une injection de 50 millions USD sur le marché de change (accroissement de l’offre de devises) de manière à tempérer les pressions sur le taux de change et contrer ainsi toute tendance à la hausse des prix intérieurs. Elle a revu le dispositif de la politique monétaire au mois de septembre (3ème échéance fiscale de l’année 2025), notamment en revoyant à la baisse le taux directeur (passage de 25 % à 17,5 %) et en actualisant la réserve obligatoire des banques afin de ponctionner la liquidité excédentaire. En novembre 2025, la BCC a injecté à nouveau 50 millions USD sur le marché. Il a résulté de la conjugaison du contexte international actuel et des actions de la BCC, une appréciation rapide et importante du CDF par rapport au USD ces 3 – 4 derniers mois.

La figure 11 ci-dessus met en séquence les effets des différentes actions menées par la Banque centrale pour faire apprécier la monnaie nationale à partir d’août 2025. Comme on le voit bien, la BCC a agi à la fois, sur l’offre et la demande de devises. En se rapportant à la situation du marché de change de décembre 2024, le CDF s’est apprécié à la première semaine de novembre 2025, de plus ou moins 30 % au cours indicatif et de plus ou moins 26 % au parallèle. L’ampleur et la vitesse de la baisse du taux de change tiennent également à l’échéance fiscale de septembre 2025 qui a ponctionné une quantité considérable de CDF sur le marché, soit plus de 1050 milliards de CDF du fait du paiement des impôts en monnaie nationale. Ainsi en septembre, le taux de change a baissé de 321 CDF et en octobre, de 286 CDF.

5. Attentes du peuple et retombées de l’action de la BCC
Au regard de l’incapacité du CDF à accomplir avec satisfaction les principales fonctions dévolues à une monnaie, la population congolaise a – au fil des années – jugé nécessaire de se réfugier derrière le USD. Cette attitude adaptative est totalement rationnelle, car un agent économique ne peut pas normalement accepter de perdre du pouvoir d’achat ou de supporter des charges superflues là où il peut les éviter. Cela n’empêche pas que les autorités (Gouvernement et BCC) puissent envisager des actions pour remettre le pays en général et l’économie nationale en particulier sur la bonne trajectoire. Rétablir la confiance dans la monnaie nationale est une chose importante mais il faudrait cependant, le faire avec beaucoup de tacts car le problème d’instabilité monétaire et de persistance de niveaux élevés d’inflation est structurel.
En cherchant premièrement à stabiliser la monnaie et ensuite à la faire apprécier rapidement ne garantit pas un regain ou un retour à la confiance parfaite du peuple. Il faut d’abord noter que les effets de mémoire jouent et qu’on ne peut les estomper que de manière progressive et qu’on ne pourra les effacer qu’à terme, notamment lorsqu’on pourra garantir la stabilité monétaire et contenir l’inflation dans la durée, grâce à une action bien pensée, coordonnée et efficace. Il serait donc trop hâtif de dire que la BCC a résolu ou vaincu le problème e la stabilité monétaire et de l’inflation en RDC ainsi que de conclure à un vrai début de la dédollarisation de l’économie et de la finance. On peut quand même noter que ce que la Banque centrale a fait montre que l’on pouvait éviter ou atténuer depuis longtemps la dépréciation que l’on a connue mais on n’a pas été conséquent.
La littérature et les expériences réussies établissent que la dédollarisation doit se faire de manière graduelle de peur que l’on fasse du mal à l’économie que l’on veut guérir car celle-ci a, durant une période de temps relativement longue, fonctionné suivant une certaine approche et présente des caractéristiques ne pouvant pas changer en un jour. On ne peut pas administrer à un patient 10 comprimés de quinine à la fois parce qu’on prétend vouloir le guérir rapidement d’un paludisme violant et persistant (alors que la prescription du médecin soignant était de donner le produit pendant 5 jours, à raison d’un comprimé le matin et un autre le soir). En ne respectant pas la prescription et en donnant en un coup les 10 comprimés, on peut carrément tuer le patient.
Ceci pour dire qu’il faudrait aller graduellement pour résoudre les problèmes monétaires et financiers de la RDC.
Dans une économie fortement dollarisée comme celle de la RDC (avec près de 90 % des avoirs en banque libellés en USD), une appréciation importante et rapide du CDF par rapport au USD quoique contribuant au renforcement de la souveraineté économico-financière du pays, laisse entendre une baisse de valeur des avoirs constitués en USD ainsi qu’une diminution du pouvoir d’achat des revenus libellés en USD. Avec des prix en hausse ou invariants, l’appréciation du CDF par rapport au USD à fin août – début septembre, a entraîné une baisse de la demande solvable. Les ménages se sont beaucoup plaints de cette situation, car contre toute attente, l’appréciation du CDF par rapport au USD n’a pas automatiquement entraîné une diminution des prix des biens de grande consommation.
Il est important de relever que la cherté de la vie ne tient pas qu’au taux de change nominal. Ce dernier influe plus sur les prix des biens importés (intrants et produits finis) et ne représente pas, dans certains cas, l’entièreté de la charge supportée. La littérature montre que le taux de change contribue plus à la baisse de l’inflation qu’a la diminution du niveau absolu des prix (viscosité). On ne peut donc pas prétendre baisser considérablement et structurellement le coût de la vie en jouant que sur le levier monétaire. Les prix de revient sont également élevés parce que la fiscalité pèse énormément sur les opérateurs économiques. Ces derniers sont par ailleurs confrontés à d’importants coûts de production [à cause de l’état des infrastructures de base (routes, énergie, etc.)] qui accroissent leurs prix de revient et partant les prix pratiqués sur le marché.

L’inflation annuelle qui s’était établie à 23,8 % en 2023, a amorcé une baisse depuis 2024 et devrait se situer autour de 7,8 % à fin 2025. L’action menée par la BCC à partir d’août 2025 a permis de ralentir l’inflation hebdomadaire (août – septembre) et a ensuite contribué à sa diminution (en octobre). Une légère remontée a été notée en début novembre. Sur le marché de Kinshasa, les prix de quelques denrées alimentaires ont baissé vers la fin du mois d’octobre. En terme relatif, cette diminution ne correspond pas encore à la perte de pouvoir d’achat occasionnée par l’appréciation du CDF et il se pose la question de la soutenabilité de cette révision à la baisse de ces prix. Il serait important de savoir si cette baisse tient à l’appréciation du CDF ou à l’allègement fiscal décidé en septembre 2024 mais qui semble ne pas avoir été suivi après la signature du décret.

En réduisant son taux d’intérêt directeur de 7,5 points de pourcentage, la BCC visait à réduire le coût d’accès au capital ou au financement. Il faut quand même noter que cette action est à portée très limitée car les banques commerciales recourent peu au guichet de refinancement de la Banque centrale. Nonobstant l’appréciation du CDF, les acteurs du secteur financier ont encore une perception assez mitigée de l’environnement macroéconomique national. Ceci est tout à fait logique car ce n’est pas en un jour qu’on peut effacer tous les effets de mémoire qui continuent à planer dans les esprits des agents économiques congolais. Cette méfiance et aussi renforcé par la précarité de la situation sécuritaire dans la partie Est du pays et de la lenteur avec laquelle les accords de paix semblent évoluer.
La raréfaction du CDF dans le circuit bancaire et sur le marché qui a résulté de l’action de la BCC a entretenu la spéculation et a créé certains malaises dans les rapports entre les banques commerciales et leurs clients. Face une augmentation de la demande du CDF pourtant qui est devenu rare, certaines banques ont été amenées à contingenter les retraits de leurs clients en CDF pour ne pas connaître un assèchement rapide de liquidité en monnaie nationale. Avec les fluctuations observées sur le marché, chaque banque a eu aussi à appliquer le taux de change qui l’enchantait. La BCC s’est vue obligée d’intervenir en ouvrant un guichet au grand public pour des opérations de change et remplacement des billets abimés. Le paramétrage des terminaux de paiements électroniques (TPE) par les entreprises commerciales a connu aussi d’importantes disparités.
Il y a lieu de s’interroger enfin sur les impacts de l’appréciation du CDF sur la situation des finances publiques. La perception des impôts ne devrait pas être impactée pour les entreprises qui tiennent leur comptabilité et élaborent leurs états financiers en CDF. Cependant, pour celles qui le font en USD, il devrait y avoir une incidence négative sur la performance attendue des régies financières car leurs assignations budgétaires étaient faites quand le taux de change était de 2800 CDF/ USD alors que le paiement des impôts se fait au taux du jour. Sur le plan patrimonial, l’appréciation du CDF a profité à l’Etat dont les avoirs sont majoritairement libellés en CDF.
Mais en tant que consommateur, il fait également face à la viscosité des prix des biens sur le marché au même titre que les ménages.
6. Conclusion et recommandations
La RDC fait face à plusieurs problèmes monétaro-financiers qui demandent à être résolus dans les meilleurs délais et de manière satisfaisante pour permettre à son économie de mieux fonctionner et à sa population de mieux vivre. Ces problèmes étant persistants et ayant donc un caractère structurel, devraient être traités avec beaucoup de rigueur en tenant compte de tous les aspects qui les entourent. La BCC a montré sa volonté d’attaquer certains aspects des problèmes mais il aurait fallu que son action s’inscrive dans le cadre d’une politique économique discutée et définie avec le Gouvernement avec des cibles quantifiées à atteindre de manière séquencée et suivant des horizons temporels bien fixés. Ce manque de concertation avec le
Gouvernement a vite montré les limites en termes d’impact de son action sur le niveau de vie de la population.
De toute évidence, on ne peut pas résoudre les problèmes monétaro-financiers congolais qui ont un caractère structurel par une action conjoncturelle. Aujourd’hui que le taux de change nominal tend à se stabiliser autour de 2200 CDF/ USD, on devrait en faire un niveau de référence et chercher à ajuster tous les autres paramètres de l’économie en fonction de lui tout en veillant à ne pas énerver d’autres segments ou secteurs de la vie nationale. Après cet ajustement, il serait utile d’entamer des réformes profondes visant à changer le modèle économique du pays et à réduire sa dépendance vis-à-vis de l’extérieur en commençant par attaquer les importations alimentaires. Un programme de transformation et diversification de l’économie contenant un programme d’imports-substitution et à élaborer et exécuter efficacement.
Sans orthodoxie budgétaire soutenue, il est difficile voire impossible de garantir la stabilité monétaire et de contenir les pressions inflationnistes. Quoique des progrès aient été réalisés, il y a persistance de certains fantômes. Il faudrait nécessairement les chasser pour rassurer tant les entreprises que les institutions financières et les ménages. Des efforts continus et soutenus sont à déployer pour garantir à l’Etat un espace budgétaire suffisant, optimiser ses engagements envers l’extérieur, améliorer les modalités de programmation et exécution du budget, et rationaliser ses dépenses de manière à promouvoir le développement socioéconomique. Dans ce cadre, il faudrait renforcer les mécanismes de suivi budgétaire et de lutte contre le coulage des recettes publiques et le détournement des deniers publics qui nourrissent aussi la spéculation sur le marché de change.
Il y a nécessité de vite étendre la couverture monétaire nationale et de réorganiser le marché de change – selon les standards internationaux – pour permettre à la BCC de mieux contrôler le volume d’instruments de paiement et combattre le blanchiment de l’argent détourné des deniers publics ainsi que la sortie frauduleuse de devises.
Des dispositions sont à prendre par la BCC pour un meilleur suivi du rapatriement de devises, de l’octroi de licences (tant d’importation que d’exportation) et de la destruction des billets abimés. La surveillance du système financier est à renforcer pour une meilleure observance des normes de gestion prudentielle et un meilleur encadrement des opérations de change. Le développement du système national de paiement – grâce aux TPE – permettra de mieux gérer la liquidité dans l’économie et de contenir le coût de la politique monétaire.
La baisse structurelle du coût de la vie n’est pas que l’affaire de la BCC et ne peut pas être obtenue à la suite d’une action isolée de politique monétaire. Une meilleure coordination et une exécution concertée des politiques s’avèrent nécessaires autour de la Première ministre. Chaque acteur devrait jouer efficacement sa partition pour contribuer à l’atteinte des objectifs fixés. La non-application du Décret N°24/07 depuis sa signature montre qu’il y a un problème d’exécution et de suivi des décisions. Pourtant l’observance de ce Décret aurait constitué un bon prélude à l’action menée par la BCC depuis août 2025. Si les orientations prises en ce qui concerne la relance de l’agriculture et le développement de l’agro-business en 2022 – 2023 étaient bien observées et exécutées, la lutte contre la cherté de la vie serait en cours et bénéficierait de l’action de la BCC.



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