Réforme de l’ONU : les États membres appellent l’organisation à refléter le monde tel qu’il est

 L’ONU peut-elle encore rester pertinente si elle conserve le visage et les modes de fonctionnement qui étaient les siens lors de sa création, en 1945 ? Alors que la course à la succession d’António Guterres entre dans une phase décisive, le débat sur la réforme de l’organisation, qui s’est tenu le mois dernier à New York dans le cadre de l’Assemblée générale, a fait émerger un constat remarquablement partagé par des États membres pourtant très différents.

La question prend une résonance particulière au moment où les 15 membres du Conseil de sécurité tentent de s’entendre sur le nom du prochain Secrétaire général. Sept candidats sont actuellement en lice pour devenir le dixième titulaire du poste. Après cinq votes indicatifs à bulletin secret, la Costaricienne Rebeca Grynspan fait figure de favorite, sans qu’un consensus se soit encore dégagé. Le candidat finalement retenu par le Conseil devra être recommandé à l’Assemblée générale, à laquelle revient formellement sa nomination.

Au-delà des personnes, la succession de M. Guterres pose ainsi une question plus vaste : quelle organisation le prochain Secrétaire général sera-t-il appelé à diriger ? Pour de nombreux gouvernements, les Nations Unies ne pourront préserver leur crédibilité et leur efficacité que si leurs institutions reflètent mieux les réalités du XXIᵉ siècle.

De la représentation au Conseil de sécurité à l’efficacité des institutions, les délégations sont revenues à maintes reprises sur les liens entre pouvoir, équité et légitimité.

Dans le cadre d’une analyse des principaux thèmes du grand débat annuel de septembre entre les 193 États membres de l’Assemblée générale, ONU Info s’est penché sur plusieurs des discours prononcés à cette occasion.

Comme l’a résumé António Guterres : « L’ONU existe parce que le pouvoir a besoin de règles – et que l’humanité a besoin d’un lieu où le pouvoir doit répondre à des principes ».

Qui a droit à une place à la table ?

La réforme du Conseil de sécurité a occupé une place centrale dans les discussions sur l’avenir de l’ONU.

Les intervenants ont été nombreux à souligner que représentation et légitimité étaient indissociables. L’absence persistante de l’Afrique parmi les membres permanents du Conseil a constitué l’un des principaux fils conducteurs du débat.

Le Kenya l’a formulé sans détour : « L’égalité proclamée dans cette Assemblée s’arrête aux portes du Conseil de sécurité ».

Le Guyana a élargi ce constat au reste du monde : « Nous avons besoin d’un Conseil de sécurité qui reflète les réalités géopolitiques du XXIᵉ siècle, et non les rapports de force de 1945 ; un Conseil qui prenne acte de la multipolarité émergente de notre monde, notamment en accordant une représentation permanente à l’Afrique, ainsi qu’à l’Amérique latine et aux Caraïbes ».

António Guterres a abondé dans ce sens, jugeant le statu quo indéfendable : « Un Conseil de sécurité du XXIᵉ siècle sans siège permanent pour l’Afrique est injuste et indéfendable ».

Le président de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman, a fait écho à ce constat : « On ne peut demander à l’Afrique d’attendre indéfiniment la place qui lui revient de droit au Conseil ».

Un consensus sur la réforme, des désaccords sur la méthode

Si la nécessité d’une réforme a suscité une large adhésion, les solutions proposées par les gouvernements divergent.

L’Espagne est allée le plus loin, réclamant à la fois une représentation régionale plus équitable et la suppression pure et simple du droit de veto : « Nous devons réformer le Conseil de sécurité afin que toutes les régions du monde y soient équitablement représentées et que nous puissions supprimer le droit de veto des membres permanents ».

La Russie, l’un des cinq membres permanents du Conseil, a adopté une position plus prudente. Elle s’est déclarée favorable à « l’élargissement de la représentation de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine », tout en estimant que les réformes ne devaient pas « porter atteinte au caractère intergouvernemental du système des onusien ni éroder les prérogatives du Conseil de sécurité et de ses membres permanents ».

La confiance se mérite

Un deuxième thème a traversé les débats, celui de la confiance et de la facilité avec laquelle elle s’érode lorsque les règles ne sont pas appliquées de la même manière à tous.

La Hongrie a fait valoir que coopération et intérêt national n’étaient pas nécessairement contradictoires : « Nous estimons que l’intérêt national et la coopération internationale ne doivent pas nécessairement s’opposer », ajoutant que « les Nations Unies ne peuvent pas exiger la confiance. Elles doivent la mériter ».

Plusieurs délégations ont établi un lien entre la confiance du public dans les institutions internationales et l’application cohérente des règles et des principes. Certaines ont dénoncé des traitements inégaux, une application sélective du droit international et l’incapacité à répondre efficacement aux crises.

Une ONU plus légère ?

Alors que l’ONU met en avant son initiative ONU80, destinée à rendre l’organisation plus cohérente, plus efficace et mieux à même de répondre aux défis contemporains, les États ont défendu des conceptions parfois opposées de la réforme de son fonctionnement.

La Suisse et le Costa Rica ont insisté sur la nécessité de définir clairement les priorités, de gagner en efficacité et d’obtenir des résultats mesurables.

Le président de l’Assemblée générale a, pour sa part, souligné le chevauchement de certains mandats, le cloisonnement bureaucratique et la nécessité d’améliorer la coordination à l’échelle des pays.

Plusieurs intervenants ont toutefois mis en garde contre la tentation de réduire la réforme à un simple exercice d’économies budgétaires.

La Chine a estimé que la réforme devait améliorer le fonctionnement des institutions plutôt que se borner à réduire les budgets et les mandats.

Le Guyana a fait valoir que les ressources devaient être à la hauteur des responsabilités confiées à l’organisation.

L’Espagne a réclamé davantage de moyens et une plus grande capacité d’action pour les agences, fonds et programmes des Nations Unies.

Les divergences ne portent donc pas seulement sur les dépenses. Elles touchent à la mission même de l’ONU, à l’étendue de leur autorité et à une question fondamentale : pour obtenir de meilleurs résultats, faut-il renforcer leurs capacités d’action ou, au contraire, circonscrire davantage leur rôle ?

L’ONU est-elle encore à la hauteur de sa mission ?

Une question est revenue tout au long du débat, non pas celle de savoir si les Nations Unies doivent continuer d’exister, mais si elles sont encore capables d’obtenir des résultats.

Le président de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman, l’a formulée de la manière la plus directe : « Hors de ces murs, les gens ne se demandent pas si les Nations unies existent encore. Ils se demandent si elles fonctionnent ». Selon lui, ce sont les populations, et non les procédures, qui doivent primer : « Chaque centime doit être investi de manière à produire des résultats concrets pour les populations que nous servons ».

Les États-Unis ont défendu un modèle différent, fondé sur une réduction du périmètre de l’organisation : « Nous avons réduit le budget de l’ONU pour la première fois de son histoire, en le diminuant de 15 % en 2026 et en supprimant plus de 4 000 postes dans la bureaucratie onusienne », tout en rejetant l’intervention d’instances internationales dans des domaines considérés comme relevant des prérogatives nationales.

Un constat qui rassemble presque tout le monde

Malgré les désaccords sur le droit de veto, les pouvoirs des institutions et les différents modèles de réforme, les délégations sont revenues sans cesse à une même préoccupation.

L’ampleur des problèmes contemporains dépasse désormais les structures conçues pour y répondre, et les États membres doivent s’employer à bâtir une organisation plus solide et plus efficace.

Comme l’a souligné le Guyana : « C’est la raison pour laquelle nous ne devons pas abandonner le multilatéralisme sous prétexte qu’il est imparfait ; nous devons le renouveler parce que l’humanité en a toujours besoin ».

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