Révision ou changement de la Constitution : Olivier Kamitatu rattrapé par son mensonge
« Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ». Olivier Kamitatu, ancien président de l’Assemblée nationale, ancien ministre du Plan et porte-parole de Moïse Katumbi, tombe sous le coup de cette citation attribuée à Voltaire.
Dans un entretien sur une plateforme numérique sous la modération du journaliste Stanislas Bujakera avec la participation, notamment, du journaliste Eric Wemba, il a voulu tourner en bourrique l’opinion congolaise et internationale au sujet de la révision ou du changement de la Constitution, croyant que celle-ci était devenue dès lors amnésique. A une question d’Eric Wemba de savoir comment pouvait-on procéder en son temps au renforcement du pouvoir du chef de l’Etat sans changer la Constitution ainsi qu’il l’avait exprimé dans un une interview à « Jeune Afrique », Olivier Kamitatu a perdu toute lucidité et cohérence. Il a nié ses propositions faites en toute liberté, et de la manière la plus concise et précise, dans ce média, inventant de la sorte une histoire abracadabrante pour amener les esprits faibles dans les nuages.
A l’en croire, feu Pierre Lumbi, José Endundo, Modeste Bahati et lui-même avaient été à Kingakati pour faire remarquer à Joseph Kabila, alors président de la République, qu’il violait la Constitution en outrepassant ses pouvoirs. Ce qui lui avait valu par la suite son poste dans le gouvernement Matata, parce que considéré comme « non docile ». Aussi, cette audace avait valu au quatuor une menace de la part du président Kabila qui avait laissé entendre que s’ils étaient des militaires, il les auraient fusillés.
Toutefois cependant, Olivier Kamitatu a oublié que les paroles s’envolent et que les écrits restent. Ses propos tenus sur la plateforme numérique sont aux antipodes des confidences faites à « Jeune Afrique », livraison du 10 mars 2010, dans une interview intitulée « Olivier Kamitatu : Il faut plus de pouvoir pour le chef de l’Etat » ; interview réalisée par les journalistes Marianne Meunier et Philippe Perdrix.
En voici quelques extraits (l’intégralité en pièce jointe) :
Jeune Afrique : Comment expliquez-vous l’immobilisme du gouvernement sortant ?
Olivier Kamitatu : Une coalition entraîne toujours des blocages. Mais ceux-ci tiennent aussi à notre Constitution. C’est un copier-coller de la Ve République française. Notre démocratie n’est pas aussi achevée que celle de la France. Le chef de l’État doit avoir plus de pouvoir. Au lieu d’un binôme président-Premier ministre, nous avons besoin d’un leadership fort, avec une autorité bien établie.
Appelez-vous à la suppression du poste de Premier ministre ?
Un régime présidentiel peut effectivement se passer d’un Premier ministre.
La présidentielle et les législatives auront-elles bien lieu en 2011 ?
C’est une exigence. Nous avons un mandat de cinq ans.
Pourtant, une commission d’évaluation de la Constitution examine entre autres questions l’allongement du mandat présidentiel, de cinq à sept ans…
On ne change pas les règles en cours de match. Il reviendra à la chambre issue des prochaines élections de se prononcer s’il y a lieu. Nous constatons en effet que cinq années ne suffisent pas pour reconstruire le pays. À partir de la troisième, la question politique prend le dessus.
Qui dit alors vrai ? Est-ce Olivier Kamitatu à « Jeune Afrique » ou sur la plateforme numérique ?
Le porte-parole de Moïse Katumbi est pris la main dans le sac, en flagrance de mensonge.
Comment ses propositions pouvaient se matérialiser sans changement de la Constitution ? Il plaide pour le renforcement des pouvoirs du chef de l’Etat, de la suppression du poste de Premier ministre et du passage du mandat présidentiel de 5 à 7 ans. Il trouve que 5 ans c’est peu pour reconstruire le pays, parce qu’à partir de la troisième année la question politique prend le dessus.
N’est-ce pas là le déverrouillage de l’article 220 de la Constitution ? Comment peut-il penser que ce qu’il croit être rationnel ne l’est pour Félix Tshisekedi et consorts qu’il accuse de tous les péchés d’Israël ? Pourquoi pense-t-il que les blocages dus à la Constitution dans la gouvernance du pays ne sont valables que quand ils sont évoqués par lui et sa coterie politique ? Il va donc sans dire que le problème pour l’opposition, ce n’est pas la nation, mais plutôt la personne de Félix Tshisekedi.
Par ailleurs, sans condamner le Rwanda reconnu même par les instances internationales comme agresseur de la RDC, il en appelle plutôt au départ de toutes les troupes étrangères du sol congolais, niant au gouvernement congolais le droit de solliciter une aide d’un pays ami en cas d’agression. Il met ainsi sur un même pied d’égalité la présence des troupes rwandaises sur le sol congolais que celle des troupes burundaises. Pis encore, il déclare que les Congolais sont aussi responsables de cette guerre qu’il importe de convoquer le dialogue en vue d’une réconciliation. Et cela sans sanction aucune pour le Rwanda.
Y a-t-il de dessins à faire pour comprendre de quel côté penche Olivier Kamitatu, en ce compris son parti politique, Ensemble, qui est sorti avec fracas de la plénière de la chambre basse pour contester la loi référendaire, pourtant consacrée par la Constitution ? C’est le même Ensemble qui se joint au C64 pour décréter une ville morte aux motifs que l’on veut changer la Constitution ! Paradoxal.
En pièce jointe l’intégralité de l’interview à « Jeune Afrique ».
Moïse Musangana (A partir de Fès, au Maroc)
