Scrutant la politique salariale en RDC: Prof Nico Omeonga lâche : « Si tout dépendait des bonnes intentions, des discours, la RDC serait déjà un paradis salarial »

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Professeur d’universités, économiste et financier, Nico Omeonga évoque dans les lignes qui suivent un sujet d’actualité : la politique salariale adoptée par le gouvernement congolais. A la question de savoir si la politique salariale est l’instrument qu’on attendait pour régler les injustices sociales, ce professeur d’universités répond : « Je pense que la politique salariale, est-ce que c’est une première ? J’en doute. Le problème dans notre pays, il y’a plusieurs tentatives, il y’a plusieurs réformes dans la matière de la politique salariale. C’est la mise en œuvre, le respect de ce qui est dit. Parce que si tout dépendait des bonnes intentions, des discours, ce pays serait déjà un paradis salarial. Mais pourquoi depuis tout ce temps, on prend des initiatives tambour battant mais, c’est dans la mise en œuvre que ça pose problème ? »

Par ailleurs, Nico Omeonga explique que la politique salariale est utilisée dans tous les pays du monde. Il y a ce qu’on appelle SMIG et dans le pays d’où je viens, à Paris, on parle même de SMIC, c’est-à-dire « Salaire Minimum inter personnel pour la Croissance ».

Pour lui, le salaire a d’abord un caractère alimentaire. « Mais donc quand il y’a un bon salaire, il faut que dans cette pyramide », il faut que le salaire permette ne fut ce qu’à résoudre les besoins existentiels, les besoins physiologiques avant d’envisager les besoins de sécurité, d’appartenance, d’actualisation ou d’estime. Mais si on n’arrive pas à résoudre, à satisfaire ne fut ce que les besoins sociaux de base, ça pose problème. Et là, c’est clair dans une politique salariale, il faut d’abord qu’il y ait le SMIG », explique-t-il.

 

Volonté de précariser toutes les couches socio-professionnelles ?

Faisant un clin d’œil à l’entrepreneuriat, Nico Omeonga souligne que même l’entrepreneuriat ne peut bien fonctionner que quand l’Etat fonctionne normalement. Même ceux qui œuvrent dans les privés tiennent compte de l’Etat. « Mais si l’Etat a réussi, comme c’est le cas, à précariser toutes les couches socio-professionnelles, comment allez-vous exiger aux privés et pour la plupart des cas, aux expatriés à faire respecter, à mettre les travailleurs dans des meilleurs conditions de vie ou de travail. L’exemple doit venir d’en haut », insiste le professeur.

Jetant un regard dans sous d’autres cieux, il note que partout ailleurs, « quand quelqu’un termine ses études, la première intention, c’est d’aller à l’administration publique. Mais ici chez nous, on s’en moque. Il y a des gens qui travaillent à la Fonction publique mais qui ne veulent pas s’afficher. Parce qu’ils risquent d’être l’opprobre dans la cité. La raison est simple : on a précarisé la fonction publique. Tous les fonctionnaires aujourd’hui sont réduits à leur plus simple expression.

Signifiant qu’il y a un brin d’espoir avec l’administration congolaise, Nico Omeonga affirme que maintenant qu’il y a cette tentation de moderniser la Fonction publique, de prendre en compte les éléments sociaux des agents et des fonctionnaires de l’Etat, une expérience qui n’est pas la première, « moi je préfère garder silence, observer et voir la mise en œuvre de ce processus », prévient-il.

« Si aujourd’hui, on se met à chanter, à applaudir de deux mains mais quelques jours après, tout vacille, nous risquons de déchanter, d’être désillusionné. C’est pourquoi, je persiste et signe et je pense qu’il faut que nous ayons le sens de l’Etat. On est resté depuis longtemps dans une sorte de chevauchement qui ne dit pas son nom. Je pense qu’un homme d’Etat ne doit pas avoir d’état d’âme. Mais, il doit avoir l’âme de l’Etat pour pouvoir tenir à son discours, à son engagement », conclu ce professeur d’universités, économiste et financier.

Antoine Bolia

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