Suminwa II face à ses choix historiques (Par Nico Minga, Économiste, Auteur et Géostratège)

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La République Démocratique du Congo n’est plus un angle mort de la géopolitique mondiale. Avec 70 % des réserves connues de cobalt, 30 % de celles de lithium africain et un potentiel hydroélectrique estimé à 100 000 MW, le pays détient des atouts décisifs pour la transition énergétique et la recomposition des échanges mondiaux.

Mais ce capital brut ne suffit pas. Sans réformes profondes, la RDC restera prisonnière de son rôle de réservoir passif de matières premières. Le gouvernement Suminwa II doit trancher : reproduire un schéma d’exploitation sans transformation, ou convertir ces ressources en leviers de puissance capables de repositionner le pays sur l’échiquier mondial.

 

Réformer malgré le vacarme

Les réformes déplacent des intérêts établis, créent des résistances et alimentent le vacarme médiatique. Les véritables réformateurs ne sont presque jamais plébiscités dans l’instant. Ils sont souvent incompris, critiqués, parfois combattus. Pourtant, l’Histoire finit par reconnaître leur rôle fondateur.

La valeur du gouvernement Suminwa II se mesurera moins au bruit des critiques qu’à la solidité des acquis transmis : institutions consolidées, infrastructures bâties, économie diversifiée. La majorité silencieuse congolaise attend avant tout ces résultats concrets, plutôt que des débats partisans.

 

La réforme comme signal géopolitique

La RDC évolue dans un monde en recomposition. Les États-Unis sécurisent leurs approvisionnements en cobalt pour l’industrie des batteries ; la Chine verrouille ses corridors logistiques, et l’Europe impose ses normes vertes pour conserver son avantage compétitif.

Dans ce contexte, chaque réforme congolaise devient un signal. Un signal aux investisseurs sur la volonté de gouverner et de stabiliser. Un signal aux partenaires sur la détermination à défendre les intérêts nationaux. Un signal aux citoyens qui traduit l’ambition de rompre avec la dépendance.

Réformer, c’est donc redéfinir la perception internationale. D’un État perçu comme fragile et sous perfusion extérieure, la RDC peut devenir une puissance émergente, capable de négocier d’égal à égal. Elle attire déjà de nouveaux partenaires, du Golfe, d’Asie, d’Amérique latine, et oblige les acteurs traditionnels à revoir leurs approches extractives.

 

Une responsabilité historique dans un temps court

Selon la Banque africaine de développement, le déficit d’infrastructures coûte chaque année près de 3 % du PIB. L’accès limité à l’énergie (moins de 20 % de la population connectée) freine toute industrialisation. L’urgence est claire : investir massivement dans des projets structurants, tout en garantissant la stabilité macroéconomique. Sans discipline budgétaire et monétaire, les réformes s’exposeraient à l’inflation et à la défiance des marchés. Mais combinées à une stratégie d’investissements ciblés, elles peuvent refaçonner durablement l’économie congolaise et renforcer sa crédibilité.

Les grandes transformations ne se jugent pas à l’aune d’un mandat électoral ni des polémiques passagères. Elles s’évaluent dans le temps long avec affirmation d’un agenda souverain. Le gouvernement Suminwa II n’hérite pas d’une tâche ordinaire. Son action sera jugée à sa capacité à sortir la RDC de son rôle de spectatrice pour l’installer comme acteur central de la nouvelle architecture mondiale.

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