Téméraires, les USA « s’adjugent » finalement la RDC 141 ans après l’ex-A.I.A., ex-E.I.C., ex-Congo Belge, ex-RC, ex-Zaïre ! (suite et fin)

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En voie de récupération par le Processus de Washington, le Processus de Doha voit Américains, Français et Belges autour du Congo grabataire. Les USA estiment venu le moment tant attendu depuis Léopold II. La France revendique son droit de préemption. La Belgique celui de tutelle. Tous ces pays ne vont pas user du devoir d’ingratitude à l’égard du Rwanda ! La veille du sommet du 2 mai 2025 entre la RDC et son voisin de l’Est, il est indiqué de rouvrir la page des relations entre Washington et Léopoldville (lisez Kinshasa). Dans la dernière livraison, ont été abordés les intertitres suivants : « LES USA, BERLIN ET BELGIQUE », « LES USA ET MOBUTU » et « ZAÏRE NO ETAT OU ETAT NÉANT ». Dans la suite, nous en découvrons trois autres intertitres, l’ensemble pour convaincre la partie congolaise de la nécessité d’un débat de clarification franc avec la partie américaine. Contrairement à ce qu’on en pense, Washington va apprécier cette initiative…

Bill Richardson et Rdc intérêt américain en Afrique

De la guerre de l’Afdl en 1996 à celle du M23 en 2025, cela fait exactement 30 ans que la paix a déserté les provinces congolaises frontalières avec trois des quatre pays voisins de la sous-région des Grands Lacs en situation de guerre permanente : *Ouganda, Rwanda et Burundi.*

Des négociations de Lusaka consacrées par la signature de l’Accord de Lusaka en 1999 (source du Dialogue Intercongolais) au double Processus de Nairobi et Luanda en train d’être totalement effacé au profit du double Processus de Doha et de Washington (qui se diluera au profit unique du Processus de Washington) : que de sang et de larmes de tristesse versés par le peuple congolais, particulièrement la population de l’Est. Que de destructions de l’environnement !

Ayant prévu dans son chapitre 8 le déploiement d’une Force internationale, l’Accord de Lusaka servira de référence pour la signature, en 2000, du Sofa (accord de siège) autorisant l’installation de la Monuc devenue Monusco.

Depuis, on en est à la 25ème de la présence de la Mission onusienne en République Démocratique du Congo.

Quel que soit l’état de son bilan, une chose est certaine : son financement annuel est évalué autour d’un milliard de dollars américains avec pour premier contributeur financier les…USA !

Serait-on naïf au point de croire que c’est par esprit dépensier que l’administration américaine (sixième en 25 ans) poursuit ce financement ? Évidemment non !

C’est un *investissement pour l’avenir*.

Devrons-nous nous en étonner ?

Pas du tout.

Et pour cause !

Nous sommes en 1997, précisément le 5 novembre. Pendant qu’à Bruxelles et à Paris se réunissent les * »Amis du Congo »* pour un trust found devant financer la reconstruction de la RDC (ils réuniront péniblement 150 millions de dollars), l’ambassadeur *Bill Richardson* (décédé en 2023) présente notre pays devant le congrès américain. Voici ce qu’il en dit, selon Patrick Mbeko, en page 595 de son ouvrage *“Stratégie du chaos”* : _“La République Démocratique du Congo revêt une très grande importance pour les intérêts des Etats-Unis en Afrique. (…) La RDC est essentielle pour ce qui est des intérêts américains, parce qu’elle est appelée à devenir le moteur de la croissance en Afrique centrale, en raison de sa situation stratégique. La RDC constitue un pont entre les pays en développement de l’Afrique australe et orientale, et des pays pauvres d’Afrique centrale. (…) La RDC offre des possibilités immenses pour ce qui est de son développement économique et des investissements américains : elle possède 13 % des réserves hydroélectriques du monde, 20 % des réserves de cobalt au monde, 18 % des réserves de diamant à usage industriel au monde, 6% des réserves de cuivre du monde, des sols fertiles pour l’agriculture…et enfin la moitié des forêts tropicales d’Afrique_”.

Ainsi, pour Bill Richardson, la RDC, autrefois Zaïre, République du Congo, Congo Belge, E.I.C. et A I.A., est un *intérêt stratégique américain en Afrique*.

Pourtant, ça n’empêchera pas Washington de mettre en jachères tout un État et tout un peuple pendant une quarantaine d’années !

Les USA sortent aujourd’hui le grand jeu pour récupérer leur Congo ?

Qu’est-ce qui va alors expliquer le désengagement des États-Unis entre 1990 et 2025 en termes d’investissements ? L’unique investissement US dans le secteur minier au Katanga (TFM) sera d’ailleurs revendu en 2016 aux…Chinois.

Or, les Chinois sont entrés officiellement dans l’exploitation minière en 2008 au travers du contrat sino-congolais fondé sur le principe « minerais en contrepartie des infrastructures ».

Les connaisseurs sont formels : avant de se tourner vers la Chine, les autorités congolaises avaient proposé la formule aux Américains et aux Européens qui, eux, n’en avaient pas voulu. Affaires, *OUI*! Accompagnement social (par voies de communication, eau, électricité, école, santé etc. aux côtés de l’unité de production), *NON* !

De quoi rappeler les fameux programmes d’ajustement structurel du FMI et de la BM ayant consisté, par exemple, à séparer de Gecamines l’unité de production et la prise en charge sociale. Pourtant, le développement atteint sous la colonisation résultait de la combinaison de ce double pilier. Parenthèse refermée.

Depuis, la production minière au Katanga est à plus de 60 % entre les mains des Chinois.

Marquons ici un petit temps d’arrêt pour révéler la prédiction d’un certain Alexandres Marenches, chef de la DGSE (Sécurité extérieure française).

Au lendemain de la fin de la seconde guerre du Shaba (Katanga) en 1978, il effectue un séjour dans cette province au terme duquel il fait la déclaration selon laquelle la puissance qui va dominer le Katanga va dominer le monde !

Qu’est-elle, cette puissance aujourd’hui ? On y est de plain-pied : c’est la Chine !

La suite ?

La suite est que l’avenir de la sécurité des États-Unis se joue en partie en Afrique. L’aveu est du général Michael Langley lors de sa prise de fonction de commandant de l’Africom, organisme américain ayant pour mission première de _ »coordonner les activités militaires et sécuritaires des États-Unis sur le continent_ ».

De retour d’Allemagne où il avait été visiter justement Africom, Mgr Dominique Uringi du diocèse de Bunia, en Ituri, va annoncer en 2020 la découverte d’une nouvelle carte de la RDC avec *4 États*.

Comme par coïncidence, la 2ème guerre du M23 surgie en mars 2022 a relancé les revendications du Rwanda sur « ses terres intégrées au Congo ». D’où son appel à un Berlin 2. Ce que réfutent les scientifiques congolais dont les universitaires Isidore Ndaywel et Bob Kabamba. A les croire, c’est plutôt le Rwanda, dans sa configuration actuelle, qui détient des terres congolaises.

Et voilà que cette question, pourtant fondamentale pour l’avenir de la RDC et du Rwanda, risque d’être éludée parce que la dynamique en cours à Doha et à Washington pourrait ne pas permettre à Kinshasa d’interpeller les États occidentaux ayant siégé à la Conférence Internationale de Berlin sur l’Afrique en 1885 pour faire triompher la vérité. La vérité pour Kinshasa est que s’il est scientifiquement démontré que c’est le Rwanda qui doit des terres à la RDC, ni Paul Kagame, ni les siens, moins encore l’un ou l’autre de ses successeurs n’osera brandir cette menace. Et les rwandophones – peu importe qu’ils soient Tutsi, Hutu ou Twa qui se retrouveront du côté de la RDC – seront plus en sécurité en étant Congolais que Rwandais.

Ceci de un.

De deux, à Doha, on revoit la France parmi les protagonistes. Dans les réseaux sociaux, plusieurs Congolais se demandent ce qu’elle y fait. La réponse est simple : elle continue de revendiquer son *droit de préemption* obtenu lors de la conférence de Berlin. Elle l’avait brandi en 1908 lorsque l’E.I.C. était devenu une colonie belge. Elle l’avait brandi une nouvelle fois en 1960 lors de l’indépendance du Congo Belge. Elle a toujours été présente dans le Dossier RDC dans toutes les organisations internationales. Résultat : elle ne peut pas être absente de la table où se « reconfigure » la RDC.

Poser la question sur la présence de la France conduit à poser aussi sur celle de la Belgique.

De trois, la Belgique exerce son *droit de tutelle*. Inutile de se montrer grincheux à ce propos. Depuis 1908, Bruxelles reste, pour les Occidentaux, l’interface de référence quand il s’agit de traiter tout dossier Congo.

Pour l’histoire, tous les pays européens et asiatiques détruits pendant la Seconde Guerre avaient été reconstruits grâce au Plan Marshall. Sauf la Belgique, bénéficiaire d’apports financiers considérables de sa colonie. Elle en étai sortie sans dette.

La question essentielle est de savoir où se situent les Congolais au milieu des Américains, des Français, des Belges et même des Rwandais.

Paix à tout prix et non à n’importe quel prix

Coïncidant avec l’annonce du déploiement imminent d’ *Academi* (autrefois Blackwater), société privée créée en 1997 par Erik Prince, le retrait de la Force de la SADC pourrait signifier pour les pays d’Afrique orientale et d’Afrique australe un lâchage de la RDC, désormais livrée à elle-même.

Dans cette probabilité, le Gouvernement devrait s’assurer du bon choix à effectuer et d’y associer le plus grand nombre de forces politiques et sociales en présence. Notamment, dans la configuration institutionnelle en place, le Parlement, cela conformément à l’un ou l’autre des articles du TITRE VI relatif aux * »TRAITES ET ACCORDS INTERNATIONAUX »* de la Constitution. Ou trouver une formule qui fasse consensus.

En effet, c’est maintenant une affaire entre, d’un côté, l’État congolais (reconnu en droit international) et, de l’autre, une société privée (non reconnue en droit international) et dont les actes sur le terrain vont engager Kinshasa seul et non le Gouvernement américain.

Academi va-t-elle collaborer avec les FARDC, les Wazalendo et la MONUSCO ? Va-t-elle combattre la RDF en même temps que le M23-AFC ? Ou plutôt coopérer avec eux pour éviter des accrochages de nature à accentuer l’insécurité à l’Est ?

*La paix à tout prix ne doit pas signifier paix à n’importe quel prix*.

En attendant, il va falloir, après le 2 mai 2025, envisager un *débat de clarification entre Kinshasa et Washington*. Il y a beaucoup sinon trop de zones d’ombres à éclairer et à évacuer si on veut réellement et honnêtement en arriver à un partenariat rassurant et rassuré !

Omer Nsongo die Lema

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