Traçabilité des minerais en RDC : retour aux affaires pour l’ITSCI malgré les risques
L’ITSCI est un mécanisme certifiant une partie de la production de minerais 3T en RDC, afin de garantir un approvisionnement responsable aux clients internationaux. L’organisation a suspendu ses activités en mars dernier au Nord-Kivu en raison de la présence du M23 qui s’est retiré depuis.
L’International Tin Supply Chain Initiative (ITSCI) a annoncé la semaine dernière la reprise de ses activités sur le territoire de Walikale au sein de la province du Nord-Kivu en RDC. Cette décision marquant la fin d’une suspension décidée en mars 2025 intervient alors que les risques de financement de groupes armés non étatiques ayant conduit à suspendre ce mécanisme de traçabilité de la production de minerais 3T (étain, tantale, tungstène) ne sont pas tous écartés.
L’ITSCI indique que ses équipes mènent des évaluations conjointes avec les services publics sur les différents sites de production, afin de reprendre l’étiquetage des lots de minerais. Une fois étiquetés, les minerais seront transportés vers la province du Maniema pour être vendus et exportés. Cependant, l’organisation précise qu’il existe des risques que des « taxes illégales » soient perçues tout au long des itinéraires de transport.
Si l’ITSCI ne précise pas l’appartenance des acteurs percevant ces taxes illégales, d’autres rapports indépendants ont dénoncé ces dernières années la mise en place de barrages par des groupes rebelles en vue de prélever des droits de passage auprès des mineurs. Selon un rapport publié en mars 2024 par l’organisation belge International Peace Information Service (IPIS), 36 % des barrages routiers présents sur les territoires de Walikale et de Masisi au Nord-Kivu sont gérés par des groupes armés non étatiques.
Notons que c’est la présence du M23 sur le territoire de Walikale qui a conduit l’ITSCI à suspendre en mars ses activités. Le groupe rebelle s’est retiré depuis début avril, permettant d’ailleurs à la seule mine industrielle d’étain de la province (Bisie d’Alphamin Resources) de reprendre ses activités. Si l’ITSCI affirme soutenir l’exportation « responsable » de plus de 23 000 tonnes de minerais 3T chaque année, l’organisation fait face à des critiques récurrentes pour les failles présentes dans son système de certification. En 2022, l’ONG Global Witness présentait ainsi le mécanisme de traçabilité comme un outil permettant de « blanchir » des minerais 3T provenant de mines contrôlées par des milices ou obtenus grâce au travail des enfants.
Quoi qu’il en soit, la présence ou non de mécanismes d’approvisionnement responsable ne freine pas la contrebande de minerais en RDC ni leur exportation vers les marchés internationaux. En avril 2025, Global Witness accusait ainsi le négociant européen Traxys de s’approvisionner en coltan provenant de zones sous le contrôle du M23. La crédibilité du système de traçabilité congolais pourrait donc rester fragilisée tant que les failles dans le contrôle des routes et des acteurs impliqués ne seront pas résolues.
Emiliano Tossou
