Tribune , Le dialogue national : Une dernière chance pour refonder la République ?

(Par l’Honorable Simon Mulamba Mputu, Député national élu de Tshikapa)80

L’annonce, par le Président de la République de la tenue d’un dialogue national inclusif suscite un débat légitime. Pour certains, il s’agit d’une initiative salutaire destinée à renforcer la cohésion nationale dans un contexte marqué par la guerre, les tensions politiques et les difficultés économiques.

Pour d’autres, ce dialogue risque de rejoindre la longue liste des rencontres politiques dont les conclusions n’ont jamais été pleinement appliquées.

Ces deux lectures traduisent une même réalité : le peuple congolais ne manque plus de dialogues, il manque de résultats.

La République Démocratique du Congo traverse probablement l’une des périodes les plus déterminantes de son histoire récente. L’agression dans l’Est met à l’épreuve notre souveraineté, les attentes sociales demeurent immenses, la gouvernance publique fait l’objet de nombreuses critiques et les institutions sont appelées à renforcer davantage leur efficacité.

Dans un tel contexte, le dialogue ne doit pas être perçu comme une faiblesse politique mais comme un instrument de responsabilité nationale. Encore faut-il que ce dialogue rompe définitivement avec les pratiques du passé.

Le premier impératif est celui de la confiance. Aucun compromis durable ne peut être construit dans un climat de suspicion permanente.

Chaque acteur politique devra accepter que l’intérêt supérieur de la Nation prime, dépasse les intérêts partisans et les ambitions individuelles.

Le deuxième impératif est celui de l’inclusivité. Un dialogue véritable doit rassembler la majorité, l’opposition, la société civile, les confessions religieuses, les autorités coutumières, les femmes, les jeunes, les représentants des provinces, les opérateurs économiques et la diaspora.

Car, la diversité des participants constitue la meilleure garantie de la légitimité des conclusions coulées en résolutions opposables à tous les Congolais sans exception.

Le troisième impératif est celui du contenu. Le dialogue ne peut se limiter à des arrangements politiques.

Les Congolais attendent des réponses aux questions qui affectent directement leur quotidien : la sécurité nationale, l’éducation, la santé, le logement, la pauvreté, le chômage, la réforme des institutions, la lutte contre la corruption, la justice, la gouvernance des ressources naturelles, l’emploi des jeunes, la diversification de l’économie, la modernisation des infrastructures et la qualité des services publics.

La guerre dans l’Est doit naturellement occuper une place centrale, une place de choix.

Au-delà des réponses militaires, il convient de bâtir une stratégie globale associant diplomatie, développement, réconciliation locale et renforcement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.

L’une des principales leçons de notre histoire politique est que les recommandations les mieux rédigées demeurent inutiles lorsqu’elles ne sont pas suivies d’effets, elles ne sont pas totalement mises en œuvre.

C’est pourquoi le dialogue devrait prévoir un mécanisme indépendant de suivi, assorti d’un chronogramme précis, d’indicateurs de performance et d’une obligation de rendre compte devant la Nation.

Les réformes issues du dialogue devront être traduites en lois

Le Parlement devra jouer pleinement son rôle. Il doit cesser d’être une simple caisse de résonnance. Les réformes issues du dialogue devront être traduites en lois, contrôlées dans leur mise en œuvre et évaluées régulièrement afin que les engagements pris ne restent pas de simples déclarations d’intention, des lettres mortes.

Le dialogue représente aujourd’hui une opportunité historique. Il peut contribuer à restaurer la confiance entre les institutions et les citoyens, renforcer la cohésion nationale, consolider la paix et créer un environnement favorable au développement économique. Mais, cette opportunité peut également être loupée si les intérêts particuliers prennent le dessus sur l’intérêt général.

L’avenir de la République Démocratique du Congo ne dépendra pas uniquement de la qualité des débats qui seront organisés; mais, surtout du courage des dirigeants, de la responsabilité des acteurs politiques et de leur capacité à transformer les paroles en actes.

Le peuple congolais meurtri n’attend ni un dialogue de circonstance, ni un partage des responsabilités politiques. Il attend un pacte républicain capable de garantir la paix, la justice, la bonne gouvernance et un développement équitable.

Si ce dialogue parvient à produire des engagements clairs, inclusifs et effectivement appliqués, il pourra marquer un tournant majeur dans l’histoire de notre pays. Dans le cas contraire, il ne sera qu’un épisode supplémentaire parmi tant d’autres dans une succession de rendez-vous manqués.

L’heure est donc venue de faire du dialogue non pas une fin en soi, mais le point de départ d’une véritable refondation de la République.

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