Une caution passive de la CENCO-ECC ? L’hypothèque de la crédibilité cléricale

Ce mutisme prolongé de la CENCO et de l’ECC plus d’une semaine après face au choix des armes de Joseph Kabila n’est pas un simple temps mort politique. Il s’agit d’une hémorragie de crédibilité pour les institutions religieuses, dont les conséquences risquent de redéfinir durablement leur rôle dans l’espace public congolais.

Les hommes de Dieu sont tétanisés et comme pris dans le piège du deux poids, deux mesures. En observant une telle réserve face à la création d’une structure militaro-politique liée au M23, les Églises s’exposent à l’accusation d’asymétrie morale. Surtout que leurs positions ambiguës tout au long de cette crise ne passent pas inaperçues. Point n’est d’ailleurs besoin de rappeler que pour la première fois, le 17 juillet 2026, à l’issue de l’entretien accordé aux chefs des confessions religieuses à Mont Ngaliema par le président Félix Tshisekedi, le cardinal Fridolin Ambongo s’était dépassé pour reconnaître l’agression du pays par le Rwanda et annoncé la tenue du Dialogue, dont les conditions d’organisation devaient être fixées chemin faisant.

Il va donc sans dire que d’aucuns ne manqueront pas de pointer du doigt que les prélats, si prompts à fustiger les dérives autoritaires ou les faiblesses logistiques du régime de Félix Tshisekedi, bégayent dès lors qu’il s’agit de condamner sans équivoque une démarche insurrectionnelle menée par l’ancien président. De ce fait, ils courent le risque de l’effritement du statut de médiateur impartial dont ils se prévalent et condamnent à jamais la tenue du Dialogue. Ou ils risquent de ne pas y jouer un rôle de premier rang.

En effet, la force historique de la CENCO et de l’ECC résidait et devait continuer à résider dans leur capacité à se positionner au-dessus de la mêlée pour convoquer le Dialogue. En maintenant le flou sur le cas Joseph Kabila ou si elles se ravisent plus tard, elles perdent  et vont perdre leur arbitrage moral. Et ce silence ne peut être interprété que comme une complicité passive ou une complaisance coupable envers un homme qu’elles tentaient de réintroduire dans le jeu politique via un « Dialogue inclusif ».

À l’avenir, toute offre de médiation ecclésiastique sera frappée du sceau de la suspicion. Et le « silence de préservation » de la CENCO-ECC, qui a abandonné autrefois à leur triste sort les populations et les victimes de la chute des villes de Bukavu et de Goma lors de la visite de leurs émissaires dans le chef-lieu de la province du Nord-Kivu, traduit, dans une certaine mesure, la rupture de confiance avec les populations de l’est.

C’est sur le plan pastoral que le coût pourrait être le plus élevé. Les fidèles du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, qui paient le prix de la guerre, attendent de leurs pasteurs une clarté absolue face à quiconque s’allie de près ou de loin avec leurs bourreaux. En restant aphones, les Églises prennent le risque de se déconnecter de leur base meurtrie, qui pourrait y voir une défaillance prophétique majeure au profit des calculs politiques kinois.

En somme, ce silence radio fragilise le magistère moral des Églises. Pour avoir voulu ménager l’acteur politique Joseph Kabila afin de préserver l’idée d’un compromis national, la CENCO et l’ECC se retrouvent aujourd’hui suspectées de cautionner indirectement la violence qu’elles ont pourtant toujours rejetée.

                                                                       Moïse Musangana

 

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