Zéro tarif douanier: L’ANAPEX compte mettre en place une Task Force des exportateurs du piment vers la Chine

Dans le but de maximiser les chances des exportateurs des produits agricoles congolais vers la Chine, l’Agence Nationale de Promotion des Exportations (ANAPEX) entend lancer prochainement une Task Force d’abord pour les exploitants du secteur du piment, afin de les mobiliser, structurer les filières et répondre ainsi aux exigences des acheteurs chinois. C’est ce qu’a annoncé Thythy Nsumbu, Directeur en charge du Développement des Produits et de l’Assistance Technique à l’ANAPEX, lors d’un entretien avec la presse au siège de cette institution.

 

A l’instar d’autres pays africains bénéficiaires de la politique de zéro tarif douanier, la République Démocratique du Congo veut donner une nouvelle dimension à ses exportations agricoles vers la Chine. Pour y parvenir, l’ANAPEX mise sur une meilleure organisation des producteurs locaux, la recherche de débouchés commerciaux et la mise aux normes des produits destinés à l’exportation. Au cœur de cette démarche figure la mise en place d’une Task Force consacrée notamment à la filière du piment, considérée comme un produit de diversification à fort potentiel.

« Nous travaillons déjà. Nous ne sommes plus dans les pensées, nous sommes déjà dans l’action », a affirmé Thythy Nsumbu, soulignant que cette initiative répond à l’existence d’un marché chinois susceptible d’absorber d’importantes quantités de produits congolais.

Selon ce responsable de l’ANAPEX, la consommation nationale de piment est estimée entre 35 000 et 40 000 tonnes par an. Toutefois, l’offre exportable n’est pas encore disponible à grande échelle. D’où la nécessité d’organiser la production, de mobiliser les détenteurs de terres agricoles et de réunir les conditions nécessaires pour honorer les engagements commerciaux.

L’ambition est notamment de développer la production du piment bec d’oiseau séché, destiné à répondre aux exigences spécifiques des acheteurs chinois. Cette démarche ne se limite pas à la collecte des produits disponibles sur les marchés locaux. Elle suppose une véritable structuration de la filière, depuis la plantation jusqu’au conditionnement, en passant par la conservation, le séchage et la standardisation.

« Les exigences du client dépendent même de la plantation. Comment vous plantez ? Comment vous conservez ? Comment vous séchez ? Comment vous conditionnez et comment vous exportez ? », a expliqué Thythy Nsumbu, insistant sur l’importance du respect des normes pour accéder durablement au marché international.

 

Rapprocher les producteurs congolais des acheteurs étrangers

 

La Task Force devra également contribuer à rapprocher les producteurs congolais des acheteurs étrangers. D’après les explications de Thythy Nsumbu, plusieurs détenteurs de concessions agricoles, disposant de superficies allant de quelques dizaines à plusieurs centaines d’hectares, ont déjà manifesté leur intérêt pour cette initiative.

L’enjeu est de mettre en relation les terres disponibles, les capacités de production et les débouchés commerciaux identifiés. Le responsable de l’ANAPEX a notamment évoqué un besoin de 30 000 hectares pour atteindre un objectif de production de 50 000 tonnes. Ce chiffre illustre, selon lui, l’ampleur de l’organisation agricole nécessaire pour répondre aux perspectives du marché.

Il a également précisé que les contrats commerciaux évoqués dans ce cadre relèvent d’engagements propres à des entreprises et non d’un contrat unique engageant l’ensemble du pays. Les opérateurs peuvent ainsi se positionner sur différentes filières, notamment le café, le cacao ou d’autres produits agricoles, en fonction des opportunités et de leurs capacités.

Pour l’ANAPEX, la diversification constitue une priorité. Si le café, le cacao, le thé, la vanille et le quinquina figurent parmi les produits traditionnellement exportés par la RDC, le piment, le gingembre et le moringa offrent d’autres possibilités de conquête des marchés extérieurs.

L’objectif est de réduire la dépendance de l’économie congolaise aux matières premières minérales, dont les cours peuvent fluctuer, en valorisant davantage le potentiel agricole national. Thythy Nsumbu estime que les revenus tirés des minerais ne doivent pas détourner le pays des possibilités offertes par l’agriculture et la transformation des produits locaux.

 

Mieux communiquer

 

Au-delà de la production, l’accès effectif au marché chinois nécessite également de résoudre plusieurs difficultés administratives et techniques. Thythy Nsumbu a notamment évoqué les lenteurs dans la circulation des informations entre les institutions concernées, qui ont parfois retardé le traitement des dossiers relatifs aux exportations.

Il a indiqué qu’une commission interministérielle associant notamment les secteurs de l’Agriculture et du Commerce travaille à identifier les blocages et à proposer des solutions. Cette structure a pour mission de suivre les partenariats commerciaux, de faciliter la coordination entre les services publics et de faire avancer les dossiers nécessaires à l’accès des produits congolais aux marchés étrangers.

Selon lui, certaines difficultés provenaient moins de l’absence d’accords que du manque de coordination dans leur mise en œuvre. Il a cité les échanges avec la Chine, pour lesquels des dossiers relatifs à l’accès de différents produits agricoles doivent suivre les procédures d’analyse et de validation requises.

Le responsable de l’ANAPEX a assuré que les institutions concernées travaillent désormais en collaboration afin de faire progresser ces démarches. Il a également annoncé la publication prochaine d’une liste d’opérateurs jugés capables de répondre aux exigences des marchés ciblés.

La sélection, a-t-il expliqué, devra privilégier des entreprises disposant d’une expérience réelle et de capacités suffisantes pour respecter leurs engagements. L’objectif est d’éviter de désigner des opérateurs qui ne seraient pas en mesure de livrer les volumes et la qualité attendus.

 

La Chine bat le record dans l’importation des produits emballés

 

Pour illustrer le potentiel commercial, Thythy Nsumbu a évoqué l’importance des importations chinoises de produits agricoles et alimentaires emballés, qu’il estime à plusieurs milliers de dollars par an. Pour la RDC, l’enjeu consiste à capter une partie de cette demande en proposant des produits conformes aux exigences des acheteurs.

Il a également fait état de perspectives commerciales importantes, évoquant un contrat de l’ordre de 500 millions de dollars conclu par un opérateur, sans présenter celui-ci comme un engagement de l’État congolais. Cette distinction souligne le rôle que peuvent jouer les entreprises privées dans la concrétisation des opportunités commerciales, avec l’accompagnement des structures publiques.

Dans cette dynamique, l’ANAPEX prévoit aussi de poursuivre sa participation aux foires et salons internationaux afin de promouvoir les produits congolais, d’identifier des partenaires et de faciliter la conclusion de contrats.

Thythy Nsumbu a par ailleurs souligné l’importance des facilités d’accès au marché chinois, notamment les mesures relatives aux droits de douane, tout en rappelant que les exportateurs doivent satisfaire aux procédures d’enregistrement et aux exigences applicables à leurs produits.

A travers la Task Force, l’Anapex entend donc transformer les opportunités commerciales en opérations d’exportation concrètes. Le défi sera désormais de coordonner les producteurs, de garantir la qualité des produits et de lever les obstacles qui freinent encore leur acheminement vers les marchés internationaux.

Le Quotidien

Please follow and like us:
Pin Share

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial