2.396,8 FC le dollar : La BCC explique sa stratégie de raffermissement du Franc

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A l’issue de sa 3ème réunion ordinaire pour l’année en cours, le Comité de Politique Monétaire de la Banque Centrale du Congo présidé par M. André Wameso Nkualoloki, Gouverneur, a pris deux décisions importantes : rabaisser le taux directeur de 25,00% à 17,5% et maintenir le dispositif actuel relatif à la réserve obligatoire des banques commerciales. Ces décisions tiennent de l’analyse de l’évolution récente de la conjoncture économique intérieure et extérieure qui se résume comme suit :

Sur le plan international, il est noté un ralentissement anticipé de la croissance mondiale et une décélération prévue de l’inflation en 2025 et en 2026 ; Au niveau national, il y a une appréciation marquée de la monnaie nationale, et une dynamique de l’activité économique et des perspectives de poursuite de la désinflation durant les 12 prochains mois dans un contexte de croissance soutenue en 2026.

Disons que l’embellie actuelle de la conjoncture n’est pas le fruit du hasard. Elle a pour source principale une série d’actions de la BCC, à savoir : l’intervention directe sur le marché des changes intervenue le 18 août 2025 ; l’actualisation du taux de change appliqué au stock cristallisé de la réserve obligatoire sur les dépôts en dollar américain ; le renforcement de la transparence du marché des changes ; l’amélioration de la gestion globale de la liquidité bancaire.

Les effets attendus devraient aller, toutes choses restant égales par ailleurs, dans le sens de la stimulation de la consommation et l’investissement grâce à la baisse escomptée des taux d’intérêts des banques commerciales, à l’attrait de l’emprunt pour le financement des projets ainsi qu’à l’incitation à consommer ou à investir ; soutien à la croissance économique : en facilitant le financement de l’activité économique la baisse du taux directeur, peut, à terme, stimuler la production, l’emploi et les revenus des ménages ; l’amélioration de la liquidité bancaire, l’emprunt auprès de la Banque Centrale étant moins couteux, avec effet bénéfique en termes de facilitation de la distribution du crédit à l’économie ; l’allégement du coût de la dette  publique, la baisse du taux directeur réduisant le poids du service de la dette dans le cas d’un emprunt du Trésor sur le marché intérieur, dégageant ainsi des ressources budgétaires pour d’autres dépenses prioritaires ; un effet de confiance et de signal, la réduction du taux directeur pouvant contribuer à renforcer la confiance des investisseurs et à stabiliser les anticipations économiques ; une contribution à la poursuite du raffermissement du franc congolais et, in fine, au processus de dé-dollarisation de l’économie nationale.

Le Quotidien

Ci-dessous, la séance de questions-réponses entre le Gouverneur de la Banque Centrale du Congo et la presse :

Deux ans et un mois après vous avez maintenu le taux directeur à 25%. Qu’est-ce qui vous a motivé pour le baisser à 17,5% ?

André Wameso : Plus de deux ans que nous avons ce taux directeur à 25%. Il faut savoir pourquoi la BCC a amené son taux directeur à ce niveau-là. C’était parce qu’il y a eu le constat d’une surliquidité en francs congolais qui avait un impact négatif sur notre taux de change. Ça nous ramène à juin 2023 où nous avons constaté que le franc congolais commençait à dévisse par rapport au dollar. La BCC se devait de réagir et le taux directeur, c’est le niveau avec lequel la Banque centrale rémunère les dépôts des banques commerciales en Franc congolais. Il fallait donc un taux suffisamment attractif pour éponger la surliquidité qui avait sur le marché et maintenir un taux de change stable.

Depuis 2023, après le choc de la dépréciation, cet instrument s’est avéré utile pour maintenir le taux de change à un niveau stable. Ça tournait entre 2800 et 2950 un dollar. Avec les décisions prises par la BCC, notamment en ajustant la réserve obligatoire cristallisé en franc congolais en 2021, cela a permis l’accélération du retrait de la liquidité en Franc congolais dans le marché. C’est la principale mesure qui explique aussi la chute du dollar. Ce qui avait plaidé pour un taux directeur de 25% n’avait pas lieu d’être. Quand vous regarder le niveau du taux directeur qui reste à 17,5%, c’est encore un niveau élevé. On a 10% de rémunération du taux d’intérêt réel, ce qui est attractif.

 

On parle de l’appréciation de la monnaie nationale. Qu’est-ce que le petit peuple doit retenir ?

 

André Wameso : Je voudrais d’abord fixer l’opinion sur une chose. Que l’appréciation observée depuis maintenant quelques semaines sur le marché des changes est l’œuvre de la politique monétaire appliquée par la Banque centrale. C’est exclusivement grâce à cette politique monétaire qu’il y a appréciation du taux de change. Quand il y a une dépréciation, il faut savoir quelles sont les causes. Sinon, vous ne saurez pas mettre en œuvre les mesures correctrices pour qu’il y ait appréciation.

Pourquoi le franc congolais en mi-2023 a connu une forte dépréciation face au dollar américain ?

La Banque Centrale a un ratio prudentiel qu’on appelle le coefficient de la réserve obligatoire. Pour faire en sorte que vous et moi allons déposer l’argent auprès des banques commerciales, qu’elles aient une réserve. C’est une mesure permettant de protéger les clients des banques. Avant 2021, cette réserve obligatoire de 12% de dépôt était constituée en Franc congolais. Les banques ont plaidé que si vous voulez protéger les dépôts en utilisant cet instrument, les dépôts sont principalement dans nos livres en dollar. Donc, il faut nous permettre de constituer nos réserves en dollar.

La BCC a accédé à cette demande de l’Association congolaise des banques, a cristallisé les réserves en francs congolais avec un taux de 1999 Fc pour 1 dollar. Ce montant était d’environ 2.300 millions des francs congolais. Nous sommes en fin 2021. Et quand vous regarder, vous aller voir que le taux de change est suffisamment constant, aux alentours de 2000. Nous sommes en 2022 et nous faisons des recettes exceptionnelles. En 2023, ces recettes exceptionnelles avec une marge budgétaire importante s’effritent. Et nous avons la guerre qui augmente les dépenses. A partir de ce moment-là, le franc congolais commence à dévisser. Et il y a accélération de cette dépréciation, parce que les réserves constituées au taux de 2000 pour 1 dollar, avec la dépréciation, ne correspondent plus à répondre aux critères de la réserve. Si vous convertissez ces 2300 milliards en dollar, vous n’avez plus l’équivalent de ce que vous étiez en train de constituer comme réserve. Ça accéléré l’injection de la liquidité sur le marché.

C’est comme si les banques ne respectaient plus le ratio. Cela a eu un effet pervers. C’est comme cela que la BCC a augmenté son taux directeur pour résister.

Quand nous arrivons à la BCC, nous réunissons les experts et nous constatons qu’à cette époque-là, il y a eu surchauffe sur le marché et qu’il n’y avait pas suffisamment de devises. Comme décisions, la BCC injecte 50 millions de dollars. Cette somme, était mise à la disposition du marché pour éviter qu’il y ait trop de francs congolais sur le marché. Quelle était la vraie mesure ? Il n’y avait plus respect de ce coefficient obligatoire. On s’est rendu compte que c’est la cause principale qui fait qu’il y a trop de francs congolais en circulation, que cela devait être le cas si le coefficient était respecté.

Nous avons convoqué une réunion avec l’ACB, nous leur avons expliqué la situation et ils se sont rendus compte qu’il y avait surliquidité sur le marché, soit 900 milliards des francs congolais sur le marché, à cause du non-respect de coefficient obligatoire. La BCC a décidé, le 23 août, de demander aux banques commerciales de reconstituer leurs réserves obligatoires en Francs congolais. Le dollar est un bien et pour fixer le prix d’un bien, c’est l’offre et la demande. A partir du moment où la Bcc a demandé aux banques commerciales de corriger leurs réserves obligatoires. La conséquence c’était de ponctionner les francs congolais du marché.

Nous avons choisi le moment où les entreprises sont obligées de payer une partie de leurs impôts, (dans ce qu’on appelle échéance fiscale), dans la monnaie locale. La BCC a joué sur deux leviers pour déterminer le nouveau taux de change. Nous avons joué sur la demande avec l’ajustement du coefficient obligatoire, nous l’avons fait à un moment où l’offre était importante. Ceci a fait que le franc congolais devienne rare et ce qui est rare est cher.

Il y a une première étape au mois de septembre où nous avons ponctionné 400 milliards, il reste encore 500 milliards à ponctionner dans le marché. Nous pensons que nous sommes dans une période où le franc congolais va continuer à s’apprécier parce que nous avons pris des mesures correctrices. Nous sommes un pays où il y a beaucoup de prophètes de malheur.

Il y a eu aussi autre chose, c’est la réorganisation du marché des changes en augmentant la transparence entre la BCC et les banques commerciales dans la constitution du cours indicatif de notre monnaie. Nous avons travaillé pour éviter l’asymétrie d’informations où chaque banque avait son propre taux. Depuis lors, la différence des taux entre les banques est en train de diminuer et on converge vers le taux d’indicatif de la BCC. 2411 pour 1 dollar.

Les prix sur le marché des biens et services ne suivent pas cette tendance à la baisse

André Wameso : Le contrôle des prix sur le marché n’est pas l’apanage de la BCC. Effectivement, à partir du moment où nous avons une économie qui importe l’essentiel des biens qui sont consommés et que l’importation de ces produits se font dans la devise étrangère, nous devons automatiquement constater une baisse des prix. Quelques biens sur le marché commencent à baisser.

Mais j’ai une explication plus rationnelle. En économie, il y a la rigidité du prix à la baisse. Quand on n’a pas encore bien compris pourquoi le franc congolais s’apprécie par rapport au dollar, on ne peut pas prendre le risque, on a tendance à observer si la tendance de la baisse est durable. Il y a l’effet retard ou la gestion de stock. J’ai entendu des critiques venant même des professeurs d’universités. De manière générale, on n’a pas une éducation financière assez élevée au niveau de notre pays. Nous devrons communiquer de manière à faire comprendre les notions élémentaires pour les aider à épargner et à faire le commerce.

Quel est l’état de vos relations avec les institutions de Bretton Woods, particulièrement le FMI ?

André Wameso : Nos relations sont excellentes. Ils étaient ici le mois dernier. Nous allons bientôt nous déplacer pour les Assemblées d’autonome. Nous échangeons des informations pertinentes liées à la BCC et à l’économie congolaise. Nous recevons l’assistance technique du FMI. Lors de leur stat visite, nous avons eu à les expliquer ce que nous allions faire en matière de politique monétaire pour corriger le coefficient de réserve obligatoire et nous avons prédit que ça allait amener une appréciation notable du franc congolais.

Vous avez gelé certains paiements ?

Ce professeur n’a pas raison, pourquoi ? C’est vrai que mécaniquement, le niveau des recettes en francs congolais va baisser et nous avons des obligations budgétaires, notamment les salaires en francs congolais. Mais cela va nous obliger à réfléchir sur ce que nous devons faire pour améliorer ces recettes et rationaliser nos dépenses. Quand vous regarder le niveau de nos recettes, nous tournons autour de 12 ou 13% de notre PIB. Alors que la moyenne africaine est à 20%.

Nous avons aujourd’hui un PIB de 80 milliards projeté à 85 ou 100 milliards d’ici quelques années, ça veut dire que si nous arrivons à avoir une pression fiscale que nos pays voisins, nous serons aux alentours de 16 à 20 milliards en recettes propres sans appuis budgétaires de la Banque mondiale, de la BAD et d’autres partenaires bilatéraux.

En 2024, pour soutenir le pouvoir d’achat de la population, le gouvernement a eu à consentir des allègement fiscaux, pareil pour les prix des pétroles. Voilà des recettes qui étaient données, parce que le Franc était à un niveau. Maintenant que le Franc a repris, le gouvernement a une marge de manœuvres. Regardons les effets bénéfiques de cette appréciation par rapport au pouvoir d’achat des Congolais. Les Congolais ont perdu 40% de leur pouvoir d’achat à cause de la dépréciation en 2023. Du côté de dépense, s’il y a lieu de rationaliser, surtout d’investir pour qu’on ait encore plus de PIB. La réflexion doit être rigoureuse et regarder les choses de manière globale et scientifique.

Propos rendus par Jean-Marie Nkambua

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