Que retenir sur le premier Séminaire sino-africain sur les droits de l’homme ? 

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(Par Dr Prof Antoine Roger Lokongo, Chef de Département des Relations Internationales-

Université Président Joseph Kasa Vubu. Boma.

Le 22 aout 2025, plus de 200 délégués venant de la Chine et de 45 pays africains se sont réunis à Addis-Abeba, capitale de l’Ethiopie et de l’Union Africaine pour participer au premier « Séminaire sino-africain sur les droits de l’homme ». A cette occasion, le livre écrit par le Président Chinois Xi JInping, intitulé « La Promotion et la Protection des Droits de l’Homme » a été présenté. Nous avons eu l’honneur de représenter notre Grand Congo qui peine à devenir vraiment Démocratique et des discussions animées ont été menées autour du thème « Construire une communauté de destin sino-africaine et travailler ensemble à la réalisation du droit au développement ».

Lorsque nous parlons de « droits de l’homme », nous ne faisons pas simplement référence aux principes moraux universellement reconnus ou aux normes de comportement humain établis souvent protégés par les lois nationales et internationales et qui constituent un large éventail de droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, tels que le droit à la vie, à la liberté d’expression, à la protection contre l’esclavage et le droit à l’éducation, etc.

Nous allons plus loin pour souligner que, du point de vue des puissances occidentales, le droit d’accès au sol et au sous-sol africains les intéresse davantage que les droits de l’homme universellement reconnus. De quoi d’autre avez-vous besoin comme preuve pour marteler cette vérité que ce qui se passe au Congo ? En effet, tout se passe comme si, au Congo, ces principes ne s’appliquent pas. Tout se passe comme si le destin de ce pays est de sombrer indéfiniment dans le désordre et le chaos au profit de systèmes d’oppression et d’exploitation locaux, régionaux et étrangers bien connectés.

Un détour par l’histoire démontre que nos ancêtres ont enduré 7 siècles d’esclavage par les Arabes – et le Président Mouammar Kadhafi a été le seul dirigeant arabe à nous présenter des excuses, à nous les Africains noirs, pour ce plus grand crime contre l’humanité – nos ancêtres ont également enduré 3 siècles d’esclavage par les puissances occidentales ! 10 siècles au total ! Et même aujourd’hui, dans ce monde dit moderne, nous avons encore le sentiment d’être enchaînés politiquement, économiquement, militairement, technologiquement et culturellement. De là, nous ne pouvons que tirer les conclusions suivantes :

1. Le plaidoyer de l’Occident en faveur de la protection des droits humains en Afrique ne correspond pas à son propre bilan historique en la matière. Prenons l’exemple du Congo sous Léopold II (…).

2. L’approche actuelle de l’Occident en matière de droits humains en Afrique peut être considérée comme la continuation des schémas passés, car l’Afrique et l’Occident sont encore loin d’une relation fondée sur l’égalité de traitement et le respect. Nous serions surpris que quiconque ne soit pas d’accord avec nous sur ce point.

3. Cependant, un instinct de survie conscient ou intériorisé pousse la majorité des dirigeants africains à s’aligner sur les puissances occidentales. Ils s’attribuent même le titre de champions de la bonne gouvernance alors qu’ils se contentent de défendre les intérêts occidentaux au détriment des peuples africains loin des perspectives promouvant l’unité, l’intégration et l’autonomie de l’Afrique.

4. Ces intérêts sont également liés à la concurrence entre les États-Unis et la Chine en Afrique, notamment la lutte que mènent les États-Unis pour contenir la Chine en Afrique afin de maintenir l’Afrique dans leur sphère d’influence et pour ne pas perdre le contrôle et le monopole sur les ressources stratégiques africaines au profit de la Chine. D’où le discours récurrent, venant de l’Occident, selon lequel : La Chine a contribué de manière significative au développement de l’Afrique dans des domaines tels que les infrastructures, l’éducation et la santé, faisant de la Chine le premier partenaire commercial et source d’investissements directs étrangers de l’Afrique. Cependant, des inquiétudes subsistent quant aux risques de violations des droits humains liés aux droits des travailleurs Africains, au fardeau de la dette, au manque de transparence des investissements, à la destruction de l’environnement et au risque de favoriser l’autoritarisme.

Nous ne sommes pas d’accord avec ça sur base de notre propre expérience. Nous savons que la politique étrangère des États et leurs relations sont régies par l’intérêt national que chaque État doit objectivement atteindre et protéger. Les États africains devraient donc renforcer leur puissance économique et politique intérieure afin de compenser leurs gains et leurs pertes dans les relations internationales.

Nous savons également que certains Chinois qui s’aventurent seuls en Afrique en dehors de canaux officiels se livrent à de nombreuses activités illégales, notamment des activités minières qui entraînent la destruction de l’environnement. Ce faisant, ces Chinois ternissent la réputation de leur pays en Afrique.

Malgré ces revers, nous sommes convaincus que la Chine a bel et bien établi un héritage important en matière de respect des droits de l’homme en Afrique, par ses actions, ses valeurs et ses contributions.

Tout d’abord, la coopération de l’Afrique avec la Chine repose sur un bénéfice mutuel, une coopération gagnant-gagnant ; elle vise donc à promouvoir les droits de l’homme au-delà de la croissance économique. En Afrique, la Chine applique l’expression « la liberté ne s’arrête pas au comptoir » ; qui souligne que les libertés individuelles s’étendent au-delà des simples interactions transactionnelles et s’étendent au domaine de la responsabilité sociale et du respect d’autrui. Elle suggère que la liberté n’est pas une ressource limitée à revendiquer uniquement pour un gain personnel, mais plutôt une valeur partagée qui nécessite de prendre en compte son impact sur la communauté au sens large. Dès 2013, l’Union Africaine a lancé son Agenda 2063, un plan global à l’échelle continentale visant à guider le développement de l’Afrique au cours des 50 prochaines années, avec la protection des droits de l’homme comme objectif principal. La même année, lors d’une visite en Tanzanie, le Président Chinois Xi Jinping a introduit le principe de sincérité, de résultats concrets, d’amitié et de bonne foi, ainsi que le principe de la recherche du bien commun et des intérêts communs dans le développement des relations de la Chine avec l’Afrique, soulignant que « la Chine et l’Afrique forment depuis longtemps une communauté de destin».

La Chine a soutenu presque toutes les luttes de libération en Afrique. A nos jours, en tant que Président en exécution du Conseil de Sécurité en février 2024, la Chine a réussi à faire adopter à l’unanimité la résolution «2773» par un vote de «15 contre 0», devenant le plus grand dénominateur commun de soutien international en RDC, comme l’a déclaré Monsieur Zhao Bin, Ambassadeur de la Republique Populaire de Chine en RDC. Cette resolution condamne directement le Rwanda pour son soutien à l’offensive du M23 dans l’Est de la RDC et réclame le retrait « immédiat » de ses troupes ainsi que la fin de son soutien à cette rébellion. La résolution appelle également le M23 à cesser les hostilités et invite toutes les parties à conclure un cessez-le-feu.

En plus, la RDC est le premier partenaire commercial et le plus grand pôle d’investissements de la Chine en Afrique

Comme l’a souligné l’écrivain Mozambicain Paulino Checo, la conception africaine des droits de l’homme s’est forgée et affinée au cours de la lutte contre le colonialisme occidental et de la lutte pour l’indépendance nationale, soutenue par la Chine. Les Africains estiment que la capacité du colonialisme à bafouer les droits de l’homme découle en grande partie de son pouvoir de nier le droit d’une nation à l’autodétermination.

 

Colonialisme et l’oppression occidentaux

Pour eux, le droit le plus fondamental – le droit d’une nation à déterminer son avenir politique, économique et social – est le fondement sur lequel reposent les autres droits de l’homme. La Chine et les nations africaines ont toutes deux subi le colonialisme et l’oppression occidentaux. Par conséquent, elles attachent une grande importance à leurs droits humains collectifs durement acquis et comprennent l’importance de leur protection.

La contribution de la Chine au développement national et à l’amélioration du niveau de vie dans divers pays africains garantit une protection adéquate des droits individuels, tels que le droit à la vie et les droits politiques. En contribuant de manière significative au développement de l’Afrique dans des domaines tels que les infrastructures, l’éducation, les centres de formation, l’agriculture et les soins de santé, la Chine façonne et soutient ainsi les droits de l’homme en Afrique. Il s’agit de favoriser la croissance économique et le développement notamment par des investissements massifs dans l’industrie, l’infrastructure et l’éducation pour réaliser le progrès économique et social.

S’agissant de la protection de l’environnement, lors du Sommet de Beijing 2018 du Forum sur la Coopération Chine-Afrique (FOCAC), le Président Xi Jinping a appelé à la création d’un centre de coopération environnementale sino-africain.

La création de ce centre est devenue une plateforme essentielle pour approfondir et enrichir la coopération entre la Chine et le continent sur les questions environnementales. La Chine a formé plus de 1 500 participants africains dans des domaines tels que la gestion environnementale, la lutte contre la pollution, l’économie verte et le changement climatique afin de renforcer les capacités en matière de développement vert.

La Chine a signé 19 protocoles d’accord de coopération Sud-Sud avec 17 pays africains pour lutter contre le changement climatique. En vertu de ces accords, la Chine a fourni des équipements tels qu’un système de microsatellites, une centrale solaire photovoltaïque et plus de 3 000 lampadaires solaires.

L’Afrique doit apprendre de la Chine car la Chine montre la voie, moins fréquentée, vers un plus grand bien-être : donner la priorité aux personnes, et non au capital, défendre et promouvoir les valeurs communes de l’humanité, notamment la paix, le développement, l’équité, la justice, la démocratie et la liberté, et non l’exploitation hégémonique. C’est ce que le Président Xi Jinping a constamment appelé de ses vœux.

Par conséquent, aucun pays n’a autant consolidé sa lutte contre la pauvreté que la Chine, sortant 100 millions de personnes de la pauvreté depuis 2021. La victoire de la Chine dans l’élimination de l’extrême pauvreté est un miracle et revêt une portée mondiale.

 

Espoir et inspiration à d’autres pays dans leur lutte contre la pauvreté

En sortant 100 millions de personnes d’une pauvreté extrême millénaire, la Chine a non seulement atteint les objectifs de réduction de la pauvreté du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies avec une décennie d’avance, mais elle a également donné espoir et inspiration à d’autres pays dans leur lutte contre la pauvreté, notamment en Afrique et dans d’autres pays du Sud. La Chine est ainsi devenue une référence en matière de promotion des droits humains. La Chine a apporté des contributions significatives dans ce sens en réaffirmant la coopération Sud-Sud et l’engagement commun en faveur de la collaboration en matière de politiques publiques dans le domaine des droits humains. …

La Chine a tracé sa propre voie en matière de respect et de protection des droits humains : Grâce à son approche des droits humains centrée sur le développement, la Chine a démontré la nécessité pour les nations de tracer leur propre voie et d’adapter leurs pratiques en matière de droits humains à leurs réalités locales. Il n’existe pas d’approche universelle en matière de respect et de protection des droits humains, car les nations ont des traditions culturelles et politiques différentes qui définissent et défendent la dignité humaine. Pour paraphraser la professeure Isis Paris Maia, chercheuse à l’Université fédérale du Rio Grande do Sul au Brésil, l’approche chinoise considère les droits à la subsistance et au développement économique et social comme fondamentaux, comme les principaux droits humains fondamentaux. Cela signifie que garantir l’accès à l’alimentation, au logement, à l’éducation, aux soins de santé et à l’emploi est considéré comme la première étape essentielle vers la dignité humaine. Concrètement, cela s’est traduit par d’importants investissements dans les infrastructures de communication, de transport, d’énergie et d’assainissement afin d’éradiquer la pauvreté et d’améliorer les conditions de vie.

 

La Chine a démontré qu’une condition nécessaire pour sortir d’une situation d’extrême pauvreté est de parvenir au développement économique et d’en partager les bénéfices avec tous.

Ironiquement, c’est le Président Américain Franklin Delano Roosevelt qui a déclaré que « le premier des droits de l’homme est le droit de manger à sa faim ».

 

Le droit au développement comme étant la clé de la résolution de tous les problèmes liées aux droits de l’homme

Par conséquent, l’approche développementiste de la Chine en Afrique est préférable à l’approche hégémonique et militaire de l’Occident, qui engendre des situations d’inégalités économiques, de pauvreté, de faim, de maladies, de discrimination et de marginalisation, de conflits et d’instabilité, lesquels conduisent à leur tour à des violations des droits de l’homme, notamment le droit au développement et aux opportunités d’emploi.

Ce qui est désormais connu sous le nom de « Consensus d’Addis-Abeba sur le droit au développement Chine-Afrique» constitue un instrument international de première importance dans la réalisation du droit au développement qui est un droit de l’homme inaliénable, car la Déclaration affirme le droit au développement comme étant la clé de la résolution de tous les problèmes liées aux droits de l’homme, notamment le pillage des ressources, le commerce inégal ainsi que le retard de développement à long terme et les graves entraves au droits de l’homme qu’elles ont engendrées (pauvreté, guerre et discrimination).

De nombreux problèmes de droits humains, tels que les conflits, les groupes armés et la corruption, sont liés aux effets néfastes de l’extrême pauvreté sur nos sociétés. Armer une jeunesse affamée est facile. Et bien sûr, la Chine vend des armes à des pays africains dans le cadre d’une coopération militaire entre États, notamment avec le Rwanda. Mais une clause doit être signée par les deux parties pour garantir que ces armes ne finissent pas entre les mains de groupes armés. Le non-respect d’une telle clause peut entraîner des sanctions. La Chine a également le droit de réduire le risque financier de ses investissements, pragmatisme oblige.

Mais aussi les conséquences du tribalisme en Afrique, parlons-en. Il existe 56 groupes ethniques officiellement reconnus en Chine. Le plus important est celui des Chinois Han, avec 900 millions de personnes réparties dans toutes les régions du pays. Le plus petit groupe est celui des Hezhen, vivant à l’extrême nord-est, avec moins de 2 000 personnes (chiffres tirés de l’article de Keith Dede dans Asia Society). Le Parti Communiste Chinois (PCC) a uni et dirigé le peuple chinois de tous les groupes ethniques dans un travail acharné pour arracher l’indépendance et la libération nationales, puis pour faire de la Chine un pays un pays prospère et fort et pour lui offrir une vie meilleure.

Malheureusement, comme l’écrit William Mpofu dans la Panafrican Review du 2 mai 2024, il est très difficile d’imaginer l’unité des pays africains alors que les Africains sont si divisés sur des bases tribales dans leurs pays respectifs ! Il est notoire que le tribalisme a engendré un dilemme existentiel en Afrique, où des millions de personnes ont péri dans des génocides comme celui qui sévit actuellement dans l’est du Congo, et où des milliers, voire des millions, ont été déplacées et dépossédées par des violences tribales motivées par des considérations politiques et/ou électorales.

Comme le souligne Calestous Juma, contrairement à la Chine, la plupart des dirigeants africains exploitent souvent la loyauté tribale pour promouvoir leurs intérêts personnels, leurs intérêts particuliers, le clientélisme et le copinage (tous des postes clés occupés par les membres de leurs propres tribus). C’est pourquoi nous n’avançons pas.

Le droit à un développement inclusif, universel, équitable, équilibré, mutuellement bénéfique, rationnelle, ouverte, pacifique, écologiquement amicale, durable et de qualité, centré sur le peuple, c.-à-d dans l’intérêt de la population s’oppose résolument à l’unilatéralisme, à l’hégémonisme et au protectionnisme et promeut la souveraineté, la sécurité et les intérêts de développement de chaque pays.

En somme, la coopération sino-africaine est un moyen efficace de promouvoir la réalisation du droit au développement des deux parties. Elle vise à renforcer les relations d’amitié et de coopération entre la Chine et l’Afrique et à promouvoir la coopération dans le cadre de la co-construction de « la Ceinture et la Route » ainsi que l’Agenda 2063 de l’Union Africaine. Nous apprécions la création d’un « Symposium Chine-Afrique sur les droits de l’homme » suivie de la préconisation de la mise en place des plates-formes institutionnelles telles que le « Réseau de Coopération pour la Recherche sur les Droits de l’homme ».

Nous devons consolider sans cesse les fondements de la communauté de destin sino-africaine par le biais des échanges et de l’apprentissage mutuel, et promouvoir de manière globale le développement et le progrès des causes des droits de l’homme en Chine et en Afrique.

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