Ç’est fait : Félix Tshisekedi esquive le Dialogue !

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Son 6ème discours sur l’état de la Nation, il l’a tenu ce lundi 8 décembre 2025 dans un contexte politique, diplomatique et sécuritaire contrasté : tension politique, montée de l’insécurité à l’Est et succès diplomatique à Washington. Il faut avouer que l’attente principale des anti et des pro-Dialogues aura été d’entendre un mot sur ce forum…

Droit dans ses bottes, le Président de la République a entretenu le suspense jusqu’à la fin de son intervention, ses derniers propos étant tirés d’Ésaïe 9 :1 «Mais les ténèbres ne régneront pas toujours», avant d’ajouter «République Démocratique du Congo, lève-toi, sois éclairée car la lumière arrive». Comme pour dire que depuis six ans, le pays est encore dans l’obscurité. De quoi au moins rappeler le maréchal qui assurait ses citoyennes et citoyens d’être, année après année, au bout du tunnel jusqu’à les y laisser un certain 16 mai 1997 !

Ce qu’il veut, il le fait : il n’en démordra pas !

On n’a pas à chercher ailleurs les raisons du silence assimilable au rejet. Ceux qui le connaissent le reconnaissent dans son tempérament fait, paraît-il, d’ obstination. « Ce qu’il veut, il le fait ».

Alors trêve d’illusion : il n’en démordra pas !

En d’autres termes, il n’y aura ni le Dialogue voulu par les « ennemis » du peuple (ne suivez pas mon regard), ni même par celui qu’il fera lorsqu’il le voudra.

Souvenons-nous en !

D’abord le 30 août 2025. Dans son discours à l’occasion de l’ouverture du 2emr Congrès ordinaire de l’Union sacrée de la Nation organisé au Centre culturel pour l’Afrique centrale situé en face du Palais du Peuple, a déclaré clairement :

1.«Je ne me laisserai pas distraire par des initiatives de dialogue qui se tiennent à l’extérieur du pays» ;

2.«Les Congolais n’ont pas besoin d’un facilitateur pour le dialogue» ;

3.«Il n’arrivera jamais de dialogue en dehors de ma propre initiative» ;

4.«J’ai dit, dialogue oui, mais pas avec les Congolais inféodés au dikta» ;

5.«Toutes ces bonnes volontés qui s’efforcent de nous aider à dialoguer entre Congolais, c’est bien, merci pour cela, mais je crois qu’elles ont d’autres chats à fouetter. Qu’elles nous laissent gérer les problèmes du Congo entre Congolais».

6.«Je suis un homme de dialogue. Je vais me servir de cet instrument pour rassembler les congolais et les réunir autour d’un idéal commun ».

Ensuite, en séjour à Bruxelles dans le cadre du 2ème sommet de de Global Gateway Forum, il va renchérir devant la diaspora congolaise en ces termes : «La seule chose que je demande à ces gens, c’est d’abord de nommer l’agresseur clairement, de le condamner. C’est à partir de là qu’on peut dire que ce sont des patriotes. On ne fait pas le dialogue avec les émissaires des agresseurs. Quand ils arrivent à la table de discussion, ils parlent que d’intérêts des agresseurs. Je n’arrive plus en tous cas, à moins qu’on me dégomme, on me tue, mais tant que je serai vivant, ça n’arrive pas».

Ce jour-là, oubliant que lui-même est un produit du dialogue, il va ajouter : «C’est à cause de ça que nous sommes toujours dans le problème. Toutes ces farces qu’ils ont appelées dialogue qui se sont terminées par mixages, brassages, je dis plus jamais. Je veux bien qu’on discute des problèmes du pays, ça ne veut pas dire que cela doit se terminer par des brassages. On introduit dans nos institutions des gens qui sont inféodés à l’étranger, qui ont des nationalités douteuses, des choses comme ça».

Plus de « nous allons faire que nous avons fait »

C’est alors acquis : jusqu’à ce qu’il le voudra, Félix Tshisekedi exclut toute possibilité de Dialogue.

C’est vrai que les deux tentatives de 2020 et de 2025 n’ont pas produit le résultat escompté. La première lorsqu’il avait fallu obtenir la rupture de la coalition FCC-CACH. La seconde lorsqu’il a fallu constituer le gouvernement d’union nationale.

Si, avec le premier, il avait réussi à embarquer Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi (qui va se retirer de la nouvelle coalition deux ans plus tard), le premier n’a été rejoint que par Adolphe Muzito. Maigre moisson.

Par conséquent, les «ennemis» que sont les Congolais qui refusent d’intégrer l’Union sacrée ou critiquent la gouvernance institutionnelle de Fatshi Béton sont avertis : ils n’ont qu’à aller se faire voir ailleurs.

L’engagement pris dans son premier discours d’investiture, ils n’ont qu’à en faire ce que bon leur semble.

Pour l’heure, il y a des urgences qu’il circonscrit dans sa rhétorique : «souveraineté sécurité et justice», «économie», «santé, école, énergie, écologique», «unité nationale».

A analyser sa prestation du lundi 8 décembre 2025, il est aisé de noter qu’il y a eu plus de «nous allons faire…» que de «nous avons fait».

Peut-être que l’occasion est-elle venue pour les rédacteurs de ce genre de discours de commencer à recentrer le texte plus sur le volet «Bilan» que sur le volet «Perspectives» qui donne l’impression d’un programme de campagne électorale.

En effet, le discours sur l’état de la Nation est la seule possibilité pour l’Autorité établie de rendre compte de la gestion de l’Etat au cours d’une année donnée, gestion censée basée sur le discours d’investiture contenant les grands axes du mandat.

Bien qu’il ne fasse l’objet d’aucun débat selon l’article 77 de la Constitution, ce message est au moins l’unique, sur toute l’année, qui permette au Président de la République de s’adresser au Congrès alors que le quotidien du pays est assuré par le Premier ministre habilité, lui, à conduire la politique de la Nation, ce aux termes de l’article 91.

On n’a plutôt l’impression qu’on est rentré dans une sorte de « Parti-Etat » qui ne dit pas son nom.

On a cru entendre un ange passer !

En attendant, au travers de son «rejet du Dialogue», Félix Tshisekedi passe en réalité un message clair plus aux siens (Udps-Usn) que vers les autres.

C’est comme s’il leur disait : puisque sous son mandat il n’est pas question de dialogue, c’est que le moment venu, les autres n’auront qu’à l’exclure du leur, à moins de miser sur la jurisprudence Mobutu entre 1991et 1997 ou sur la jurisprudence Joseph Kabila entre 2016 et 2018 !

Pour l’Histoire, le dernier septennat du maréchal obtenu en 1984 arrivait à échéance en 1991, coïncidant avec un processus démocratique enclenché en 1990. Par diverses artifices (dialogues appelés Accords, Conférence nationale souveraine, Conclave politique de Kinshasa et Négociations du Palais du Peuple), il s’était tapé un mandat de 6 ans.

Quant à Joseph Kabila, il était fin mandat constitutionnel en 2016. Le Dialogue, pardon les négociations initiées par la Cenco fin 2016 avaient prorogé le sien en 2018, se tapant un mandat de 2 ans.

Il y a de quoi l’admirer dans sa politique de ne faire aucune concession puisque lui-même n’en a nullement besoin ni pour aujourd’hui, ni pour demain. Il a vraiment frappé fort.

Dire qu’au moment où déclarait peu avant la fin de son discours «Notre histoire nous a appris deux choses simples : nous ne sommes jamais condamnés et nous ne sommes grands que rassemblés», on a cru entendre un ange passer.

Vraisemblablement de Luanda à Washington, de Lomé à Doha, de New York à Bruxelles, de Paris, on simple agir à Harare, d’Addis-Abeba à Kampala, on agit comme si on laissait au plus fort entre Kinshasa et « Goma » de l’emporter en prévision d’un nouveau Doha…

Omer Nsongo die Lema

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