Sud-Kivu : l’exode d’Uvira déclenche une urgence humanitaire majeure
Les villages du littoral du Tanganyika sont submergés par un afflux inédit de déplacés venant d’Uvira. Plus de mille ménages exténués s’entassent à Mboko. Entre faim, maladie et désespoir, les habitants lancent un cri d’alarme.
Makobola et Mboko, deux localités paisibles de Fizi, voient leur quotidien basculer depuis l’arrivée de centaines de familles fuyant Uvira. La route poussiéreuse menant vers le sud du lac Tanganyika ne désemplit plus. “Nous avons marché deux jours, les enfants n’avaient rien mangé”, témoigne Lenge, père de famille, tenant son fils endormi dans les bras. L’exode a pris une ampleur inattendue, transfigurant ces localités en zones de détresse.
Sur le terrain, les services des affaires humanitaires tentent d’établir une organisation d’urgence. D’après leur responsable, Kaliata Antoine, plus de mille ménages ont été enregistrés dans le seul site de Mboko, un chiffre qui affole les équipes. “Nous sommes dépassés. Chaque heure, de nouveaux groupes arrivent, affamés et malades”, alerte-t-il, les yeux rivés sur des listes interminables de sinistrés. La priorité : trouver des abris dignes de ce nom.
La population locale fait ce qu’elle peut, mais les ressources manquent cruellement. À Makobola, des familles hébergent les déplacés par compassion. “Comment rester indifférent ? Ils ont fui pour sauver leur vie”, réagit Joséphine, une habitante qui partage ses ustensiles de cuisine avec trois familles hébergées sous son toit. Pourtant, cette hospitalité spontanée frôle rapidement ses limites.
Les risques sanitaires s’accroissent dangereusement dans cette concentration humaine non préparée. Le littoral du Tanganyika fait déjà face à plusieurs épidémies saisonnières. “Nous voyons des cas de diarrhée et de paludisme tous les jours. Les enfants sont les plus touchés”, déclare un infirmier de Mboko. La proximité, le manque d’eau potable et l’absence de latrines aggravent les craintes d’une flambée de maladies.
Pour les déplacés, l’avenir reste flou et angoissant. Beaucoup ont perdu toute trace de leurs proches restés à Uvira. “Nous avons tout laissé derrière nous. Nous voulons seulement que nos enfants survivent”, lance Amina, une jeune mère arrivée avec son bébé dans un foulard noué au dos. Son récit illustre la vulnérabilité extrême de ces familles déracinées.
Face à cette urgence, les appels à l’aide se multiplient et deviennent de plus en plus pressants. “Le temps joue contre nous. Nous demandons une intervention rapide avant que la situation n’échappe totalement au contrôle”, insiste un leader communautaire de Makobola. Le secteur de Tanganyika attend désormais une mobilisation forte pour éviter que cette crise humanitaire ne se transforme en catastrophe.
