Dialogue national en RDC: Germain Kambinga met en garde contre « un pandemonium institutionnel »
Le débat autour de l’éventualité d’un dialogue national en République démocratique du Congo continue de susciter prises de position et réactions dans la classe politique. Dernière en date, celle de Germain Kambinga, leader du Mouvement centriste congolais, qui a livré une déclaration ferme sur les conditions de légalité d’un tel processus.
« Souhaiter un dialogue sans que les institutions de la République ne lui donnent un saut de légalité serait transformer la République en un véritable pandemonium », a-t-il affirmé, insistant sur la nécessité d’un encadrement institutionnel clair pour toute initiative de concertation nationale.
Dans un contexte politique marqué par des tensions persistantes et des appels récurrents à un dialogue inclusif, le leader centriste rappelle que la Constitution demeure la boussole de toute démarche politique. Pour lui, un dialogue organisé en dehors du cadre constitutionnel ou sans l’aval des institutions légalement établies risquerait de fragiliser davantage l’État de droit.
Selon ses propos, la légitimité d’un dialogue ne repose pas uniquement sur la volonté des acteurs politiques ou sociaux, mais sur sa reconnaissance formelle par les institutions de la République : la Présidence, le Parlement et le Gouvernement. À défaut, prévient-il, le pays pourrait basculer dans une confusion institutionnelle, avec des initiatives parallèles et concurrentes.
La sortie de Germain Kambinga intervient alors que plusieurs voix, tant au sein de l’opposition que de la société civile, plaident pour une grande concertation nationale afin de désamorcer les tensions politiques et sécuritaires.
Toutefois, le leader centriste met en garde contre ce qu’il considère comme des démarches improvisées ou non encadrées juridiquement. Pour lui, un dialogue ne peut être un simple rassemblement politique : il doit s’inscrire dans un cadre légal précis, avec des objectifs définis, un mandat clair et des conclusions ayant une valeur juridique.
« Sans base légale, le dialogue risque de devenir un forum de contestation permanent, sans effet contraignant et sans garantie d’application », soutiennent des analystes proches de son courant politique.
Entre ouverture et prudence
Malgré la fermeté de son propos, Kambinga ne ferme pas la porte à un dialogue. Au contraire, il en reconnaît l’utilité dans certaines circonstances, notamment pour renforcer la cohésion nationale, clarifier des divergences institutionnelles ou consolider le processus démocratique.
Cependant, il insiste sur un principe : le dialogue doit être un instrument de consolidation de la République et non un mécanisme de remise en cause de ses fondements. « On ne peut pas prétendre sauver la République en contournant ses propres règles », résume-t-il en substance.
La question du dialogue national reste sensible en RDC, où l’histoire politique récente a été marquée par plusieurs processus de concertation ayant débouché sur des arrangements institutionnels majeurs. Pour certains, ces dialogues ont permis d’éviter des crises plus graves. Pour d’autres, ils ont parfois fragilisé la stabilité institutionnelle en créant des précédents.
La déclaration de Kambinga relance ainsi le débat sur la méthode : faut-il privilégier un dialogue strictement institutionnel ou ouvrir un espace plus large, au risque d’en diluer le cadre légal ?
En qualifiant un dialogue non encadré de « pandemonium », le leader centriste appelle à la responsabilité collective des acteurs politiques. Son message se veut clair : la stabilité institutionnelle ne doit pas être sacrifiée sur l’autel de l’urgence politique.
Alors que le pays continue de faire face à des défis sécuritaires, économiques et sociaux majeurs, la question n’est plus seulement de savoir s’il faut dialoguer, mais comment le faire sans affaiblir l’architecture républicaine.
Dans la continuité de son propos, Germain Kambinga appelle à une clarification préalable : si dialogue il doit y avoir, celui-ci devrait être convoqué, encadré et garanti par les institutions légalement établies. Cela supposerait, selon plusieurs observateurs, une résolution parlementaire ou une initiative formelle de l’Exécutif définissant les contours, les participants, la durée et les objectifs précis des assises.
Pour le leader centriste, la clé réside dans l’équilibre entre inclusivité et légalité. Un dialogue trop restreint risquerait d’être contesté. Un dialogue trop informel, en revanche, pourrait ouvrir la voie à une remise en cause permanente de l’ordre institutionnel. « La République ne peut fonctionner par des arrangements improvisés », martèlent ses proches.
Derrière la question procédurale se profilent des enjeux politiques majeurs : gouvernance électorale, réformes institutionnelles, sécurité à l’Est du pays, cohésion nationale et climat politique post-électoral. Certains acteurs estiment qu’un dialogue permettrait d’apaiser les tensions et de restaurer la confiance entre majorité et opposition.
Mais pour Kambinga, toute initiative doit éviter de créer un précédent dangereux. Il craint qu’un dialogue non adossé aux textes fondamentaux ne devienne un instrument de pression politique, voire un moyen de contourner les mécanismes démocratiques ordinaires.
Au-delà de la polémique, la déclaration du leader centriste se veut aussi un appel à la maturité politique. Dans un contexte où les attentes sociales sont fortes et les défis multiples, il invite les forces politiques à privilégier la stabilité et la continuité institutionnelle.
Pour lui, la solidité d’une nation se mesure à sa capacité à résoudre ses différends dans le respect des règles qu’elle s’est elle-même données. La Constitution et les institutions ne doivent pas être perçues comme des obstacles au dialogue, mais comme les garantes de sa crédibilité.
La question du dialogue national demeure ouverte. Entre partisans d’une large concertation et défenseurs d’un strict encadrement légal, le débat révèle une tension fondamentale : comment concilier aspiration au consensus et impératif de légalité ?
En lançant l’alerte sur le risque de « pandemonium », Kambinga remet au centre de la discussion la notion d’État de droit. Pour lui, la République démocratique du Congo ne peut se permettre une expérimentation institutionnelle hasardeuse.
Reste à savoir si cet appel sera entendu et si, dans les prochains mois, un cadre formel émergera pour structurer les échanges politiques attendus par une partie de l’opinion. Une chose est certaine : le dialogue, s’il se tient, sera scruté à l’aune de sa légitimité et de sa conformité aux principes républicains.
Corinne Ontande
