Bukavu: Joëlla Mujijima, l’agronome qui transforme les déchets en levier de développement durable
Dans l’Est de la République démocratique du Congo, une jeune femme agronome fait figure de modèle en matière d’innovation environnementale. À Bukavu, au Sud-Kivu, Joëlla Mujijima s’illustre par une initiative qui révolutionne la gestion locale des déchets organiques. Cette diplômée en agronomie transforme les rebuts ménagers en ressources productives au service de sa communauté.
Formée à l’Université Catholique de Bukavu, Joëlla Mujijima a choisi de mettre son expertise scientifique au service d’un défi quotidien : l’accumulation des déchets organiques dans les quartiers urbains. Épluchures, restes alimentaires, feuilles mortes ou déchets de marché deviennent, grâce à son initiative, des matières premières destinées à la production de compost et d’intrants agricoles naturels.
« Travailler avec les déchets n’est pas honteux, c’est un acte d’amour pour ma communauté. Le développement de l’Afrique passera par des solutions locales, inclusives et respectueuses de l’environnement. Nous avons les compétences et la créativité pour transformer nos défis en opportunités durables », a-t-elle déclaré dans les colonnes du magazine Congo Vert.
Un message fort, qui rompt avec les préjugés sociaux souvent associés au traitement des déchets et repositionne cette activité comme un levier stratégique de développement.
Dans plusieurs communes de Bukavu, la gestion des déchets constitue un défi majeur, avec des conséquences directes sur la salubrité, la santé publique et l’environnement. Face à cette réalité, l’approche de Joëlla Mujijima consiste à instaurer un système de collecte sélective des déchets organiques, en collaboration avec des ménages et des petits commerçants.
Ces déchets sont ensuite triés et transformés en compost naturel, utilisé par des agriculteurs locaux pour enrichir les sols, améliorer les rendements et réduire la dépendance aux engrais chimiques coûteux.
Cette démarche s’inscrit dans une logique d’économie circulaire : ce qui était autrefois perçu comme un problème devient une ressource génératrice de valeur, d’emplois et de revenus.
Au-delà de l’impact environnemental, l’initiative contribue à la création d’activités génératrices de revenus pour des jeunes et des femmes impliqués dans la collecte, le tri et la transformation des déchets. Elle favorise également une prise de conscience communautaire sur l’importance du tri à la source et de la protection de l’environnement.
Selon des sources locales citées, plusieurs agriculteurs de la périphérie de Bukavu ont déjà adopté le compost produit par son équipe, constatant une amélioration notable de la fertilité des sols.
Dans une région marquée par des défis sécuritaires et socio-économiques persistants, cette initiative offre un exemple concret de résilience et d’innovation locale.
Le parcours de Joëlla Mujijima illustre le potentiel de la jeunesse congolaise à proposer des solutions adaptées aux réalités locales. Son engagement démontre que la transition écologique ne relève pas uniquement de grandes politiques nationales, mais aussi d’actions concrètes portées par des citoyens engagés.
En valorisant les déchets organiques, elle contribue non seulement à l’assainissement de la ville, mais aussi à la promotion d’une agriculture plus durable et respectueuse de l’environnement.
Face aux résultats encourageants, des observateurs estiment que cette initiative pourrait être étendue à d’autres villes de l’est du pays, voire à l’échelle nationale. La question du soutien institutionnel, du financement et de l’accompagnement technique se pose désormais pour assurer la pérennité et l’expansion du projet.
Dans un contexte où les enjeux environnementaux deviennent de plus en plus pressants, l’exemple de Bukavu rappelle que les solutions innovantes peuvent émerger au niveau local, portées par des femmes et des hommes convaincus que le changement commence par l’action.
À travers son engagement, Joëlla Mujijima envoie un signal fort : la transformation durable de la République démocratique du Congo passe aussi par la valorisation des compétences locales et la capacité à transformer les défis en opportunités.
Corinne Ontande
