Quand le masque tombe : la dérive politique de Jean-Claude Katende face à l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS/Tshisekedi)
Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza
1er Vice-Président et Représentant Adjoint
Fédération de l’UDPS/Tshisekedi aux États-Unis
Expert en Administration publique et Gouvernance politique
La récente sortie médiatique de Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), contre Augustin Kabuya, secrétaire général et président ad intérim de l’UDPS/Tshisekedi, a profondément surpris et déçu une large partie de l’opinion politique congolaise, en particulier les milliers de cadres, militants et sympathisants de ce parti historique.
En insinuant publiquement que les responsables favorables à une révision constitutionnelle devraient « utiliser des arguments qui montrent au moins qu’ils ont été à l’école », le président de l’ASADHO a franchi une ligne rouge dans le débat démocratique.
Loin d’enrichir la discussion nationale sur les institutions, ses propos ont été perçus comme une marque de mépris envers toute une famille politique et intellectuelle.
Pour de nombreux membres de l’UDPS, cette déclaration a suscité incompréhension, indignation et même une certaine angoisse face à ce qui apparaît désormais comme une dérive politique d’un acteur censé incarner la neutralité et la rigueur morale de la société civile.
Une déclaration qui choque et blesse une famille politique
Le débat autour d’une éventuelle révision constitutionnelle en République démocratique du Congo est un sujet sérieux qui mérite réflexion, argumentation et sens des responsabilités. Pourtant, au lieu d’apporter une contribution juridique ou institutionnelle à cette discussion nationale, Jean-Claude Katende a choisi une voie bien différente : celle de la provocation et de la condescendance.
En affirmant que les partisans de la révision constitutionnelle devraient utiliser des arguments démontrant « qu’ils ont été à l’école », il n’a pas simplement critiqué une idée politique. Il a, de fait, insinué que ceux qui défendent cette réflexion serait dépourvue de compétence intellectuelle ou de formation académique.
Une telle formulation, venant d’un juriste et responsable d’une organisation de défense des droits humains, a profondément choqué de nombreux cadres de l’UDPS/Tshisekedi. Car derrière cette phrase se cache une généralisation injuste qui semble ignorer la diversité et la richesse intellectuelle de ce parti.
S’attaquer à Augustin Kabuya, c’est viser toute l’UDPS
Il est important de rappeler une réalité politique fondamentale : lorsqu’un acteur public s’en prend de manière aussi directe à Augustin Kabuya, il ne vise pas seulement un individu. Il touche également l’ensemble d’une organisation politique dont ce dernier incarne la direction et la responsabilité.
L’UDPS/Tshisekedi n’est pas une formation improvisée ni un mouvement dépourvu de pensée politique. Fondé par Étienne Tshisekedi, ce parti a marqué l’histoire de la lutte démocratique en République démocratique du Congo. Pendant des décennies, il a été un espace de réflexion politique, de mobilisation citoyenne et de résistance face aux dérives autoritaires.
Aujourd’hui encore, ses rangs comptent des juristes, des enseignants universitaires, des chercheurs, des économistes et des experts dans de nombreux domaines de la gouvernance publique. Réduire cette réalité à une caricature insinuant un manque d’instruction relève non seulement d’une simplification abusive, mais aussi d’un profond manque de respect envers des milliers de cadres qui participent activement à la vie intellectuelle et politique du pays.
Le paradoxe d’un juriste qui renonce au débat juridique
La surprise suscitée par les propos de Jean-Claude Katende est d’autant plus grande qu’il est lui-même juriste de formation. En tant que président de l’ASADHO, il aurait pu contribuer utilement au débat en développant des arguments juridiques solides sur les limites ou les risques d’une révision constitutionnelle.
Il aurait pu évoquer les principes de stabilité institutionnelle, la protection des dispositions intangibles ou encore les expériences comparées d’autres États africains.
Au lieu de cela, il a préféré recourir à une formule ironique qui ressemble davantage à une attaque politique qu’à une réflexion juridique. Ce choix alimente l’impression grandissante que certaines interventions de la société civile s’éloignent de leur vocation initiale pour se rapprocher d’une posture militante.
Le débat constitutionnel mérite rigueur et responsabilité
La Constitution n’est pas un texte figé pour l’éternité. Dans toutes les démocraties, les constitutions peuvent évoluer pour répondre aux réalités politiques, économiques et sociales d’un pays. La Constitution congolaise elle-même prévoit les mécanismes de sa révision dans le respect des procédures établies.
Discuter d’une réforme institutionnelle ne constitue donc ni un crime politique ni une atteinte à l’État de droit. C’est au contraire une pratique normale dans les systèmes démocratiques.
Ce qui importe, c’est la qualité du débat. Les citoyens attendent des acteurs publics – qu’ils soient politiques ou issus de la société civile – des arguments sérieux, des analyses rigoureuses et des propositions constructives.
Les sarcasmes et les insinuations ne contribuent pas à élever le niveau de la discussion nationale.
La crédibilité de la société civile en question
Cette polémique soulève également une interrogation plus large sur le rôle de certains acteurs de la société civile dans l’espace public congolais.
La force morale d’une organisation de défense des droits humains repose sur sa capacité à conserver une certaine distance vis-à-vis des luttes partisanes. Lorsqu’un responsable de la société civile adopte un langage qui ressemble davantage à celui d’un militant politique, il expose son organisation à des critiques légitimes sur sa neutralité.
Dans le cas présent, la sortie de Jean-Claude Katende donne l’impression d’un acteur engagé dans une confrontation politique plutôt que dans un travail d’analyse ou de médiation.
Une erreur de cible
En réalité, Jean-Claude Katende semble avoir sous-estimé la portée de ses propos. En pensant critiquer une position ou une personnalité, il a provoqué l’indignation d’une base politique large et profondément attachée à l’histoire et aux valeurs de l’UDPS/Tshisekedi.
Pour les militants et cadres de ce parti, les paroles du président de l’ASADHO ne sont pas seulement une critique politique : elles sont perçues comme un mépris collectif.
Pour un débat digne de la démocratie congolaise
La République démocratique du Congo traverse une période où les questions institutionnelles exigent sérieux et responsabilité. Le débat sur la Constitution doit être mené avec hauteur de vue, respect mutuel et sens de l’intérêt national.
Les Congolais attendent des juristes, des intellectuels et des responsables publics qu’ils éclairent l’opinion par des arguments solides et des analyses approfondies.
La démocratie ne se nourrit pas d’insinuations ni de sarcasmes. Elle se construit sur la confrontation respectueuse des idées.
Et sur ce terrain, il est permis de penser que Jean-Claude Katende aurait mieux servi le débat national en privilégiant la rigueur du juriste plutôt que la provocation du polémiste.
